Après les frappes, Israël craint que Trump le laisse seul face à l’Iran
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Après les frappes, Israël craint que Trump le laisse seul face à l’Iran

Jérusalem serait aussi préoccupée par le fait que Poutine pourrait fournir à Assad des systèmes de défense aérienne avancés, réduisant ainsi la suprématie aérienne d'Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump au bureau ovale de la Maison-Blanche, le 5 mars 2018 (Haim Tzach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump au bureau ovale de la Maison-Blanche, le 5 mars 2018 (Haim Tzach / GPO)

Alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fermement soutenu les frappes aériennes dirigées par les Etats-Unis sur la Syrie à la suite de son utilisation d’armes chimiques, les chefs de sécurité israéliens ont clairement indiqué samedi soir qu’Israël craint que l’administration Trump considère maintenant que son travail en Syrie est terminé et laisse Israël seul face aux dangers posés par la présence militaire croissante de l’Iran en Syrie.

Les chefs de la Défense d’Israël s’inquiètent également du fait que le président russe Vladimir Poutine, voyant la Syrie sous l’attaque des Etats-Unis, pourrait fournir au président Bashar el-Assad des systèmes de défense aérienne plus avancés – ce qui pourrait réduire la suprématie aérienne d’Israël dans le ciel de la Syrie et du Liban. Un général russe a indiqué qu’un tel approvisionnement en armes était possible dans des commentaires formulés samedi.

La Dixième chaîne de télévision israélienne a rapporté samedi qu’Israël et les États-Unis ont tenu de nombreuses discussions avant la frappe menée par les États-Unis, que le conseiller à la sécurité nationale de Netanyahu a parlé aux responsables britanniques et français, et que ces discussions reflétaient la profonde préoccupation d’Israël au sujet de l’implication et de la présence croissante de l’armée iranienne en Syrie.

S’exprimant sous couvert de l’anonymat, un haut responsable de la sécurité israélienne a déclaré aux médias israéliens samedi soir : « L’attaque permettra aux Américains de dire, nous avons fait ce qui était nécessaire, et nous nous retirons de Syrie ».

Dans un tel scénario, « Israël reste seul, face à la menace que l’Iran s’installe à la frontière nord », a déclaré la source.

Le président américain Donald Trump a clairement indiqué à plusieurs reprises son objectif de retirer les forces américaines de Syrie dès que possible.

Dans son discours annonçant les frappes aériennes de vendredi, Trump a souligné : « L’Amérique ne cherche en aucun cas une présence indéfinie en Syrie. Alors que d’autres nations augmentent leurs contributions, nous attendons avec impatience le jour où nous pourrons ramener nos soldats à la maison ».

Dans d’autres commentaires sur les inquiétudes d’Israël de se retrouver seul sur la ligne de front, Trump a également déclaré : « Aucune quantité de sang ou argent américain ne peut produire une paix et une sécurité durables au Moyen-Orient. C’est un endroit troublé. Nous essaierons de l’améliorer, mais c’est un endroit troublé. Les États-Unis seront un partenaire et un ami, mais le sort de la région est entre les mains de ses habitants ».

Israël serait également préoccupé par le fait que Poutine pourrait utiliser la frappe menée par les Etats-Unis comme prétexte pour justifier la mise à disposition d’Assad de certains de ses systèmes avancés de défense aérienne, a rapporté samedi soir la chaîne israélienne Hadashot.

Le rapport cite les craintes des services de sécurité israéliens selon lesquelles la frappe aérienne « donnera à la Russie l’excuse pour ignorer les demandes d’Israël et accélérer la fourniture à Assad de systèmes de défense aérienne avancés qui pourraient empiéter sur la suprématie aérienne d’Israël ».

Le président syrien Bashar el-Assad, à gauche, le président russe Vladimir Poutine et le ministre russe de la Défense Sergei Choigou inspectent un défilé militaire lors de leur visite à la base aérienne russe de Hmeimim, dans la province de Lattaquié, le 11 décembre 2017. (Crédit : Mikhail Klimentyev / AFP)

Samedi dernier, un général russe a déclaré que Moscou pourrait en effet envisager de fournir des systèmes de missiles sol-air S-300 à la Syrie et à d’autres pays.

Le colonel-général Sergei Rudskoi a déclaré que la Russie avait « refusé » de fournir ces systèmes à la Syrie, « compte tenu de la demande pressante de certains de nos partenaires occidentaux ». Mais dans le sillage des frappes aériennes alliées, il a déclaré : « nous considérons qu’il est possible de revenir à l’examen de cette question non seulement à l’égard de la Syrie, mais aussi à l’égard d’autres pays ».

Israël a demandé à plusieurs reprises à Poutine de ne pas renforcer les défenses aériennes d’Assad.

L’impératif pour les forces aériennes israéliennes de conserver leur liberté d’opération contre la Syrie et le Liban a été souligné lundi dernier, lorsqu’Israël aurait frappé la base aérienne T-4 dans le centre de la Syrie, où l’Iran aurait construit sa propre base aérienne pleinement fonctionnelle et où il a centré ses opérations de drones d’attaque. La base aurait été protégée, entre autres, par des systèmes de défense antimissile sol-air.

Au moins sept membres de l’armée iranienne ont été tués dans l’attaque, et l’Iran s’est juré de riposter à Israël – ce qui a suscité une alerte accrue de la part de l’armée israélienne dans le nord du pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l’espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence sécuritaire de Munich organisée à l’hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l’Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d’écran)

Tout en refusant de dire s’il a mené l’attaque, Israël a révélé pour la première fois vendredi qu’un drone iranien envoyé depuis T-4 en février était un drone d’attaque qui transportait des explosifs et se dirigeait vers un endroit non spécifié en Israël lorsqu’il a été abattu 30 secondes après être entré dans l’espace aérien israélien.

Israël a perdu un F-16 lors de raids de représailles quelques heures après que le drone a été abattu le 10 février, la première perte d’un avion de combat en 35 ans. L’avion israélien a été touché par des tirs de défense aérienne syrienne et s’est écrasé en Israël ; les deux pilotes se sont éjectés sains et saufs.

Rudskoi a affirmé samedi que les systèmes de défense aérienne existants en Syrie, composés pour la plupart de systèmes fabriqués en Union soviétique, ont intercepté 71 des missiles tirés lors de la frappe menée par les Etats-Unis. Cette affirmation a été catégoriquement rejetée par le Pentagone, qui a déclaré que l’opération conjointe américano-britannique et française « a atteint avec succès toutes les cibles ».

Les responsables israéliens se sont entretenus avec les Américains, les Britanniques et les Français avant la frappe menée par les Etats-Unis vendredi, et ont été avertis à l’avance de l’action elle-même.

La Dixième chaîne a déclaré que les États-Unis et Israël avaient échangé des données de renseignement.

Meir Ben-Shabbat, conseiller à la sécurité nationale (Amos Ben Gerschom / GPO)

Elle a également indiqué que le conseiller à la sécurité nationale d’Israël, Meir Ben-Shabbat, s’est entretenu jeudi avec son homologue britannique et vendredi avec un conseiller présidentiel français de haut rang.

Selon les diplomates occidentaux cités dans le rapport, Israël s’est efforcé de souligner que « l’Iran est le problème » et que les frappes sur les installations d’armes chimiques d’Assad, bien qu’elles soient absolument nécessaires, ne résoudront pas le problème.

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