Après l’intervention de Netanyahu, le député controversé de la Knesset annule son duel avec un député jordanien
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Après l’intervention de Netanyahu, le député controversé de la Knesset annule son duel avec un député jordanien

Apprenant l'annulation du "duel" qu'il avait provoqué au pont de passage frontalier du pont d'Allenby, c'est un Yahya Al-Saud furieux qui a déclaré qu'il affronterait Oren Hazan 'dans n'importe quel pays du monde'

Oren Hazan, député du Likud, est assis sur une réplique du trône de fer de la série "Game of Throne" à Tel Aviv, le 5 avril 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Oren Hazan, député du Likud, est assis sur une réplique du trône de fer de la série "Game of Throne" à Tel Aviv, le 5 avril 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Cela aurait pu devenir une note en bas de page connue sous le nom de la Bataille du pont – si des esprits moins excités n’avaient pas pris le dessus. Le législateur le plus controversé d’Israël a frôlé l’affrontement avec un membre du parlement jordanien à la frontière entre les deux pays, mais le face-à-face a été annulé quelques minutes à peine avant qu’il ne débute.

Un député jordanien connu pour ses éclats violents au Parlement avait défié en duel mardi un législateur israélien provocateur, le convoquant mercredi matin sur la frontière entre Israël et la Jordanie.

Dans un contexte de tensions entre les deux pays, l’agitateur Yahya Al-Saud, membre du Parlement jordanien, avait ainsi vivement recommandé au législateur et fauteur de troubles issu du Likud Oren Hazan de le retrouver sur le point de passage frontalier du pont d’Allenby mercredi à 10 heures du matin pour un combat à mains nues, selon un article paru sur le site jordanien JO24.net.

« La chaussure d’un enfant palestinien est plus honorable que ce vaurien et son entité {pays], avait dit Saud, « et la chaussure d’un arabe ou d’un musulman vaut mieux que lui et son entité véreuse, qui n’a ni origine ni religion.”

Hazan avait répondu sur Twitter qu’il serait au rendez-vous.

« J’accepte l’invitation du membre du parlement jordanien à le rencontrer sur le pont. Demain à 10 heures. Je serai au pont d’Allenby pour une discussion en face à face. J’ai une offre qu’il ne pourra refuser », avait-t-il tweeté.

Malgré les rumeurs que cette confrontation serait empêchée par les gardes-frontières à l’endroit prévu, les deux hommes ont publié leurs préparations sur la rencontre de mercredi matin, Hazan postant sur Twitter des photos de lui chez le coiffeur et, plus tard, dans une voiture l’emmenant vers le lieu du rendez-vous, tandis que Saud diffusait en live sur Facebook son trajet vers la frontière.

Qualifiant les liens entre Israël et la Jordanie de « relations cinq étoiles » parce que les groupes, de chaque côté, « ne se rencontrent que dans des hôtels », Saud a indiqué que la confrontation avec Hazan était l’occasion pour lui d’exprimer la véritable opinion du public jordanien sur Israël, dépouillée des diverses subtilités propres à la diplomatie.

« Le peuple jordanien refuse totalement toute relation avec l’entité [israélienne]… Nous sommes aux côtés du peuple palestinien », a-t-il fulminé dans une diatribe qui a duré plus d’une heure et qui n’a été brièvement interrompue que lorsqu’il s’est arrêté pour se soulager dans des buissons sur le côté de la route.

Sur une note conciliatoire rare chez lui, Hazan a affirmé qu’il « venait en paix ».

Mais alors que l’attente sur les réseaux sociaux était devenue frénétique, quelques minutes avant que les deux hommes ne doivent s’affronter sur le pont, Hazan a fait savoir qu’il ne se rendrait pas au rendez-vous à la demande du Premier ministre Benjamin Netanyahu. « Je suis venu aujourd’hui pour une rencontre de paix mais lorsque le Premier ministre me fait une demande, je respecte cette dernière », a-t-il expliqué à la radio israélienne depuis la frontière.

A l’occasion d’une déclaration très inhabituelle, le bureau du Premier ministre a fait savoir que le chef de cabinet de Netanyahu, Yoav Horovitz, avait téléphoné à Hazan et lui avait donné l’instruction de ne pas se rendre au rendez-vous.

Hazan a ajouté qu’il demanderait au ministère des Affaires étrangères d’organiser une rencontre dans les règles avec Saud dans le futur.

Le député Yahya Al-Saud dans sa voiture, en route pour une rencontre prévue avec le législateur israélien Oren Hazan au point de passage frontalier du pont d'Allenby (Capture d'écran : Facebook)
Le député Yahya Al-Saud dans sa voiture, en route pour une rencontre prévue avec le législateur israélien Oren Hazan au point de passage frontalier du pont d’Allenby (Capture d’écran : Facebook)

Le législateur jordanien, apprenant la décision de Hazan alors qu’il était encore filmé en direct, a déclaré que s’il ne pouvait pas rencontrer « ce cochon » à la frontière, il affronterait Hazan « dans n’importe quel pays du monde… Personne ne peut me dire où aller ».

Dans une tirade furieuse regardée par plus de 11 000 personnes, Saud a suggéré que si la rencontre avait eu lieu, Hazan aurait pu être blessé. « Netanyahu a ressenti la colère des Jordaniens et il a agi sagement en n’ouvrant pas la frontière à ce clochard », a-t-il dit.

Les tensions entre Jérusalem et Amman ont été croissantes récemment suite au meurtre de deux Jordaniens par un gardien de sécurité israélien à l’ambassade d’Amman, apparemment après avoir été attaqué par l’un d’entre eux. Après qu’une photographie du Premier ministre Benjamin Netanyahu lui donnant une accolade chaleureuse à son retour en Israël a été diffusée, le roi Abdallah de Jordanie a fait savoir que l’incident aurait des retombées diplomatiques.

Le 23 juillet, alors que la Jordanie et Israël étaient à couteaux tirés en raison de la fusillade, Hazan avait réprimandé le royaume hachémite sur Twitter.

« Il semblerait que nos voisins à l’est, en Jordanie, que nous aspergeons d’eau et dont nous protégeons le c…l jour et nuit, ont besoin d’être un peu rééduqués », avait-il écrit.

C’est ce tweet qui aurait apparemment été à l’origine de la provocation en duel de Saud.

Saud est connu pour son comportement violent. En 2013, il a été impliqué dans une querelle avec un autre député, Qusay al-Damissi. Dans une vidéo de l’incident, Saud s’en prend physiquement à son adversaire et apparaît également en train de brandir un couteau. Plus tard, un autre membre du parlement, Talal al-Sharif, devait ouvrir le feu sur Damissi aux abords de l’institution.

En 2014, Saud avait été critiqué pour avoir agressé verbalement une femme membre du parlement, hurlant « Assieds-toi, Hind ! » à plusieurs occasions en direction de Hind al-Fayez, tout en maudissant le quota de femmes qui, avait-il clamé, était la seule raison pour laquelle elle avait été élue.

Pour sa part, Hazan, une personnalité au parfum de scandales, a également son lot de controverses.

Le législateur, qui est entré à la Kneset lors des dernières élections, est considéré comme l’enfant terrible du parlement israélien.

Peu de temps après son entrée en politique, la Deuxième chaîne avait fait savoir que Hazan était un ancien propriétaire de casino en Bulgarie où drogues dures et prostitution étaient autorisées. Il avait poursuivi en justice le journaliste Amit Segal pour diffamation, mais la cour avait rejeté l’essentiel de la plainte.

Le législateur du Likud Oren Hazan, lorsqu'il était gestionnaire de son casino. (Capture d'écran : Deuxième chaîne)
Le législateur du Likud Oren Hazan, lorsqu’il était gestionnaire de son casino. (Capture d’écran : Deuxième chaîne)

Hazan a été également soupçonné d’avoir agressé un haut-responsable de la municipalité de la ville d’Ariel, en Cisjordanie, en 2014 lors d’un apparent conflit qui aurait porté sur une dette. Après le gel de son compte en banque par la ville, Hazan s’était rendu aux bureaux de la municipalité où il aurait insulté le directeur avant de s’en prendre physiquement à lui.

La semaine dernière, Hazan a été réprimandé encore une fois par la Commission d’éthique de la Knesset pour insultes contre des législatrices, le groupe l’avertissant que ses écarts de conduite continus pourraient entraîner une longue suspension.

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