Assistants d’eurodéputés FN : Le Pen accepte de voir les juges, Aliot échappe à la police
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Assistants d’eurodéputés FN : Le Pen accepte de voir les juges, Aliot échappe à la police

17 élus FN européens, dont Marine Le Pen ou son père, sont visés par l'enquête en France, ouverte en 2015, qui porte sur au moins une quarantaine d'assistants

Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), au soir du premier tour des élections législatives, à Paris, le 11 juin 2017. (Crédit : Denis Charlet/AFP)
Marine Le Pen, présidente du Front national (FN), au soir du premier tour des élections législatives, à Paris, le 11 juin 2017. (Crédit : Denis Charlet/AFP)

Marine Le Pen, mise en cause dans l’enquête sur les assistants parlementaires d’eurodéputés FN, a annoncé jeudi avoir pris rendez-vous avec les juges, dont elle avait décliné la convocation pendant la présidentielle, alors que son compagnon Louis Aliot a refusé le matin-même un rendez-vous similaire avec la police.

« Oui, le rendez-vous est déjà pris » avec les juges, a répondu Marine Le Pen à l’AFP qui l’interrogeait sur le souhait des juges de l’entendre dans cette enquête.

La date ? « Ça regarde les juges et moi », a-t-elle ajouté.

Jusqu’ici, la chef du FN avait refusé de rencontrer les juges, arguant le 10 mars de son immunité d’eurodéputée pour rejeter une convocation en vue de sa possible mise en examen pour abus de confiance au sujet des salaires versés à sa cheffe de cabinet au FN, Catherine Griset, elle-même mise en examen pour recel.

Marine Le Pen avait ensuite promis pendant la campagne qu’elle satisferait aux demandes de la justice une fois présidentielle et législatives passées, ne s’épargnant toutefois pas d’être vivement épinglée par Philippe Poutou lors du débat à 11 candidats le 4 avril : le candidat NPA à la présidentielle avait opposé l’immunité parlementaire utilisée par Mme Le Pen à l’absence d' »immunité ouvrière » pour protéger d’autres justiciables.

17 élus FN européens, dont Marine Le Pen ou son père Jean-Marie Le Pen, sont visés par l’enquête en France, ouverte en 2015, qui porte sur au moins une quarantaine d’assistants.

Le FN est soupçonné d’avoir mis en place un système pour rémunérer ses permanents ou des cadres avec des crédits européens, en les faisant salarier comme assistants de ses eurodéputés.

Le Parlement européen, qui s’appuie sur l’enquête en cours et les rapports du gendarme anti-fraude de l’UE, l’Olaf, estime son préjudice potentiel à cinq millions d’euros, pour la période du 1er avril 2012 au 1er avril 2017.

Élue dimanche dans le Pas-de-Calais, Marine Le Pen voit son immunité de députée française prendre la place de celle d’eurodéputée. Elle ne peut donc être contrainte à se rendre à une audition dans ce dossier, mais peut librement s’y présenter.

Pas de ‘fuite’ d’Aliot

Jeudi, pourtant, son compagnon Louis Aliot a lui refusé de se rendre une même audition demandée cette fois par les policiers de l’office anticorruption (OCLCIFF) de Nanterre, faisant valoir sa nouvelle immunité parlementaire de député des Pyrénées-Orientales.

« Il ne va pas prendre la fuite, il répondra aux questions posées le moment venu quand les questions de droit seront levées », a assuré à l’AFP son avocat Marcel Ceccaldi.

Le vice-président du FN a en effet indiqué à l’AFP que serait déposée sous peu une demande d’annulation de la convocation « pour inconstitutionnalité », avec dépôt d’une question prioritaire de constitutionnalité. Cette QPC vise un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme de 2009 (arrêt Kart c. Turquie), a indiqué à l’AFP Gilbert Collard, autre député FN et avocat.

Cette levée d’immunité est « obligatoire » pour que Louis Aliot puisse répondre aux questions, a argué le numéro 3 du FN Nicolas Bay sur BFMTV.

« Louis Aliot refuse de légitimer ce qui relève de l’instrumentalisation de l’action judiciaire », a aussi justifié son avocat en évoquant un « écran de fumée » au moment où trois ministres issus du MoDem, dont François Bayrou, ont démissionné suite à des accusations sur des irrégularités dans les emplois de collaborateurs au Parlement européen.

Une autre enquête préliminaire a en effet été ouverte en mars pour « abus de confiance », visant 19 eurodéputés de tous bords, dont deux du parti centriste, à la suite d’une dénonciation de l’eurodéputée FN Sophie Montel, elle-même concernée par la procédure FN.

Depuis, le parquet a lancé le 9 juin une enquête pour « abus de confiance et recel de ce délit » consacrée uniquement au MoDem, qui avait envoyé six élus au Parlement de Strasbourg entre 2009-2014.

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