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Attentat de Nice : la souffrance des familles, la colère des habitants

La colère est très visible dans les messages déposés par les passants : "Assez de discours !", "Marre des carnages dans nos rues ! ", "Arrêtons le massacre !"

Les gens déposent des fleurs, des bougies et des messages à un mémorial improvisé à Nice le 16 juillet 2016, en hommage aux victimes de l'attaque du 14 juillet sur la promenade des Anglais, qui a tué au moins 84 personnes et fait des centaines de blessés. (Crédit : Giuseppe Cacace/AFP)
Les gens déposent des fleurs, des bougies et des messages à un mémorial improvisé à Nice le 16 juillet 2016, en hommage aux victimes de l'attaque du 14 juillet sur la promenade des Anglais, qui a tué au moins 84 personnes et fait des centaines de blessés. (Crédit : Giuseppe Cacace/AFP)

Deux jours après l’attentat à Nice qui a fait 84 morts, familles éplorées et rescapés criaient une souffrance mêlée de colère, un sentiment partagé par nombre d’habitants exprimant « leur ras-le-bol » après cette nouvelle attaque en France.

« J’ai appelé partout, les commissariats, les hôpitaux, sur Facebook, je n’ai pas trouvé mon fils. Ça fait 48 heures que je cherche. Ma femme est morte, mon fils, il est où ? », lance Tahar Mejri, un Niçois de 39 ans à bout de nerfs, en sortant de l’hôpital pédiatrique Lenval.

Cet établissement, où trente enfants ont été hospitalisés jeudi soir, a mis en place une cellule psychologique. Plusieurs autres cellules similaires ont été mises en place en divers points de la ville.

Depuis la tuerie, trois médecins et trois psychologues se relaient à l’hôpital Lenval de 09H00 à minuit. Plus de 50 familles ont été reçues par la structure de l’hôpital où la plus jeune des victimes toujours hospitalisées a six mois et de nombreux enfants ont moins de cinq ans.

La cellule psychologique de l’hôpital ne cesse de recevoir des appels de parents en quête d’un enfant disparu.

Les éboueurs se rassemblent près des poussettes abandonnées, alors qu'ils se préparent à nettoyer la Promenade des Anglais, le 15 juillet 2016 à Nice, le jour suivant la mortelle attaque. (Crédit : AFP / GIUSEPPE CACACE)
Les éboueurs se rassemblent près des poussettes abandonnées, alors qu’ils se préparent à nettoyer la Promenade des Anglais, le 15 juillet 2016 à Nice, le jour suivant la mortelle attaque. (Crédit : AFP / GIUSEPPE CACACE)

M. Mejri dit ne pas comprendre pourquoi la promenade n’était « pas fermée à la circulation » –en réalité, elle l’était, sur une grande portion. « Quand il y a ce genre de fêtes, c’est toujours fermé. Il y avait de tout, des vieux, des bébés… C’est pas normal. Il y a quelque chose qui va pas! », lance-t-il.

Quelques heures plus tard, sa quête prend fin à l’hôpital Pasteur, dans le nord de la ville, selon une photographe de l’AFP sur place. La terrible nouvelle tombe: son fils est mort. L’homme hurle sa douleur en sortant de l’établissement.

« Ras-le-bol et colère »

Un homme habitant une commune proche de Nice accompagne, lui, sa fille de 13 ans et son ex-femme qui assistaient jeudi au feu d’artifice.

« C’est la première fois qu’elles sortent de la maison depuis » le drame, dit-il à l’AFP. Elles étaient dans le Vieux-Nice, qui jouxte la Promenade, quand elles ont vu « les gens en panique courir dans tous les sens en disant qu’il y a avait des tireurs dans la ville ».

« Ma fille n’arrive pas à parler, sa mère a dû insister pour qu’on vienne », témoigne le quadragénaire.

« On a besoin de voir quelqu’un », témoigne un autre père de famille, venu à l’hôpital pour enfants avec sa femme et ses deux filles, une adolescente et une fillette d’environ six ans. « On a tout vu jeudi soir, le camion est passé à 30 mètres de nous. A quatre secondes près, on se le prenait. Heureusement qu’on s’est déportés », souffle l’homme, pressé de parler à des spécialistes.

Dans les rues de Nice, des habitants criaient, eux, leur « ras-le-bol » et leur colère.

Sur la Promenade des Anglais, près des fleurs, bougies et messages de condoléances, Nicole Autard est venue montrer « sa peine, de toutes les façons possibles ».

« Pour l’instant, on est juste dans la peur, le ras-le-bol et la colère », explique-t-elle, encore estomaquée du mode opératoire du tueur, le Tunisien Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, qui a lancé un camion de 19 tonnes sur la foule le soir de la fête nationale.

« C’est imparable », souffle-t-elle, disant se sentir « à la merci » de ces actes difficiles à anticiper.

Face à ce nouveau drame, qui suit ceux de janvier et novembre 2015, elle dit ressentir « une colère », sans savoir « contre qui la diriger ».

La colère est également très visible dans les messages déposés par les passants : « Assez de discours ! », « Marre des carnages dans nos rues ! « , « Arrêtons le massacre ! », peut-on ainsi lire.

Danièle Rousseille, elle aussi, se dit « révoltée ». « On veut que ça s’arrête », explique cette retraitée. Elle craint qu' »on arrive à une guerre civile » et attribue clairement la responsabilité « aux fanatiques », à « toutes ces religions » qui « nous disent comment on doit s’habiller » sans nommer clairement l’islam.

« On accueille tout le monde », déplore Pierrette, l’une de ses amies, visant elle clairement l’immigration, dans une ville où le parti d’extrême droite Front national a obtenu 36,09% des voix au second tour des élections régionales en décembre 2015.

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