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Attentats de l’AMIA et de Burgas: les US appellent à faire front contre le Hezbollah

Au mémorial de l’attentat de Buenos Aires de 1994, un dirigeant juif a affirmé que 28 ans plus tard, une enquête montrait que l’Argentine laissait toujours entrer des terroristes

Des proches des victimes d’un attentat à la bombe au centre communautaire juif de l'AMIA, qui a tué 85 personnes et en a blessé 300, brandissent des photos lors du 28e anniversaire de la tragédie, à Buenos Aires, en Argentine, le 18 juillet 2022. (Crédit : Luis ROBAYO / AFP)
Des proches des victimes d’un attentat à la bombe au centre communautaire juif de l'AMIA, qui a tué 85 personnes et en a blessé 300, brandissent des photos lors du 28e anniversaire de la tragédie, à Buenos Aires, en Argentine, le 18 juillet 2022. (Crédit : Luis ROBAYO / AFP)

Les États-Unis ont appelé, lundi, les pays du monde entier à intensifier leur action contre le groupe terroriste libanais Hezbollah, alors que l’on commémorait l’anniversaire de deux attentats meurtriers perpétrés par le groupe, à vingt ans d’intervalle.

Le 18 juillet 1994, une camionnette remplie d’explosifs fonçait sur l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA), le centre communautaire juif à Buenos Aires, tuant 85 personnes et en blessant des centaines d’autres dans ce qui demeure l’attentat le plus meurtrier de toute l’histoire du pays.

Dix-huit ans plus tard, une bombe placée à bord d’un bus de touristes israéliens au départ de l’aéroport de Burgas, en Bulgarie, explosait, tuant cinq Israéliens plus le chauffeur de bus bulgare, et faisant une quarantaine de blessés.

Rappelant la responsabilité de l’Iran dans ces attentats, le département d’État américain a appelé davantage de capitales à rejoindre « la dizaine de pays d’Europe, d’Amérique du Sud, d’Amérique centrale et du Pacifique [qui] ont pris des mesures, édicté des interdictions ou des restrictions » contre le Hezbollah.

« Le meurtre impitoyable de civils doit cesser », a déclaré le porte-parole du Département d’Etat, Ned Price, dans le communiqué. « Nous invitons le plus grand nombre de pays à prendre des mesures similaires, afin d’empêcher le groupe et ses soutiens, à Téhéran, de menacer la paix et la sécurité du monde. »

Ces propos font suite au déplacement au Moyen-Orient du président américain, Joe Biden, pour des réunions axées sur le renforcement des pays de la zone contre les agressions iraniennes. Au cours du voyage, Biden et le Premier ministre Yair Lapid ont signé une déclaration commune, à Jérusalem, dans laquelle ils se sont engagés à « travailler avec leurs partenaires pour faire face à l’agression et aux activités déstabilisatrices de l’Iran, qu’elles soient directes ou intermédiées par des mandataires et organisations terroristes telles que le Hezbollah, le Hamas et le Jihad islamique palestinien ».

Ce n’est pas la première fois que le département d’État appelle à agir contre le Hezbollah, mais il n’avait jusqu’à présent jamais lié la date anniversaire des attentats à un appel à renforcement des sanctions.

Un rabbin passe devant une pancarte sur lequel on peut lire « Mémoire et justice », aux côtés des noms des victimes d’un attentat à la bombe au centre communautaire juif de l’AMIA, à l’occasion du 28e anniversaire de la tragédie, à Buenos Aires, en Argentine, le 18 juillet 2022. (Crédit : Luis ROBAYO / AFP)

À Buenos Aires, des centaines de personnes se sont rassemblées à proximité de l’ancien bâtiment de l’AMIA, en mémoire aux victimes, afin de demander instamment que les responsables soient traduits en justice.

Ce n’est un secret pour personne que l’Iran et le Hezbollah sont liés à l’attentat. Sur la base des enquêtes du procureur juif argentin Alberto Nisman, six Iraniens et un Libanais ont été inscrits sur la liste des personnes les plus recherchées d’Interpol depuis 2007.

Pour autant, ces Iraniens peuvent toujours se déplacer librement. En janvier dernier, une apparition publique du responsable iranien Mohsen Rezaei, à l’occasion de l’investiture du président nicaraguayen, a provoqué la colère en Argentine et suscité une réaction forte de la part de son ministère des Affaires étrangères, qui a qualifié la présence de Rezaei « d’affront à la justice argentine et aux victimes de l’attentat ».

Rezaei, ex-chef des Gardiens de la Révolution islamique, une milice paramilitaire iranienne, est recherché par l’Argentine et figure sur une « notice rouge » d’Interpol en raison de ses liens avec l’attentat.

On reproche même à l’actuelle vice-présidente argentine, Cristina Kirchner, d’avoir tenté de dissimuler l’implication de l’Iran dans l’attentat. Une plainte avait été déposée contre elle en janvier 2015 par Nisman, retrouvé mort dans son appartement quelques heures seulement avant de présenter des preuves contre la présidence de l’époque. Elle a été lavée de tout soupçon en 2021.

Cette année, la commémoration de l’attentat de 1994, la première depuis que Kirchner a été lavée de tout soupçon, a réuni des représentants gouvernementaux de moindre rang. Y ont pris part le ministre argentin de l’Éducation, Jaime Perczyk, ainsi que le secrétaire d’Etat au Culte, Guillermo Oliveri, qui, d’après les informations de terrain, « ont fait profil bas ».

Le président argentin Alberto Fernández, qui n’a pas assisté à la commémoration, a écrit sur Twittter : « 28 ans après l’attaque contre l’AMIA, nous sommes toujours là. Pour les 85 personnes assassinées ce matin-là, pour leurs familles et pour toute l’Argentine. »

Dégâts occasionnés par l’attentat contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA) à Buenos Aires, en Argentine, le 18 juillet 1994. (Crédit : AFP)

À l’occasion de cet événement, le président nouvellement élu de la communauté juive d’Argentine, Amos Linetzky, a établi un lien entre l’attentat perpétré il y a près de 30 ans et une récente enquête des autorités argentines sur un avion-cargo – et son équipage iranien et vénézuélien – cloué au sol en Argentine depuis juin.

« Cette récente affaire montre que l’Argentine est la même qu’il y a 30 ans. Nos frontières sont encore perméables », a déclaré Linetzky dans son discours, indiquent les médias argentins.

Sans jamais mentionner Kirchner dans son discours, Linetzky a critiqué l’unité chargée d’enquêter sur l’attentat d’il y a trente ans, qu’il a remise en question pour n’avoir donné aucune information ces derniers mois.

« À quoi passez-vous donc vos journées ? », a-t-il demandé.

Cecilia Incardona, procureure qui dirige l’affaire en Argentine, concentre l’enquête sur le pilote iranien de l’avion, Gholamreza Ghasemi, et ses liens possibles avec le terrorisme international.

Selon un document publié par le bureau d’Incardona cette semaine, le FBI aurait déclaré dans un rapport remis au juge fédéral argentin Federico Villena, en charge de l’affaire, que Ghasemi était PDG de Qeshm Fars Air, qui, selon le Département du Trésor américain, fournit un soutien matériel à la Force Qods des Gardiens de la révolution iraniens et à la compagnie aérienne iranienne Mahan Air.

Des proches des victimes d’un attentat à la bombe au centre communautaire juif de l’Association mutuelle israélite d’Argentine (AMIA) brandissent des photos lors du 28e anniversaire de la tragédie, à Buenos Aires, en Argentine, le 18 juillet 2022. (Crédit : Luis ROBAYO / AFP)

Selon une récente information d’Axios, une réunion organisée, fin juin, par le Département d’État américain, à laquelle ont pris part des représentants de 30 pays, parmi lesquels Israël, l’Arabie saoudite, quatre autres États du Golfe et des pays d’Amérique latine, a évoqué les initiatives déployées de par le monde pour lutter contre les activités illicites du Hezbollah.

La réunion s’est tenue en Europe, première initiative de cet ordre menée par les États-Unis pour lutter contre le groupe terroriste à l’échelle mondiale.

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