Attention Netanyahu : Soutenir aveuglément Trump met en péril les liens bipartisans vitaux pour Israël
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Opinion

Attention Netanyahu : Soutenir aveuglément Trump met en péril les liens bipartisans vitaux pour Israël

S’accorder sur une feuille de route avec le nouveau président est crucial. Laisser Israël être perçu comme l’allié qui ne critique pas un leader si imprévisible et qui suscite tant de divisions, pourrait bien mener le pays au désastre

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

NEW YORK — Benjamin Netanyahu semble considérer Donald Trump comme son ‘rêve américain’ réalisé.

Mercredi, dans le Bureau Ovale, Netanyahu s’attend à rencontrer un président américain sans illusions sur la voracité idéologique et territoriale de l’Iran et qui ne croit pas une seule seconde que les ayatollahs radicaux puissent être modérés par de douces paroles et des allègements de sanctions.

Un président américain qui considère Israël comme un allié courageux dans ce trou noir maléfique incarné par le Moyen Orient. Un président américain qui respecte la force – et, par extension, qui apprécie la puissance de projection et d’accumulation – d’un état juif redynamisé.

Et Netanyahu pourrait bien avoir raison.

Mais Benjamin Netanyahu est à la tête d’un peuple avisé.

Et le peuple d’Israël, lorsqu’on lui avait demandé qui il aurait choisi lors des élections américaines pour diriger les Etats Unis, avait préféré Hillary Clinton avec une avancée significative – même s’ils avaient pu dire dans certains sondages qu’ils estimaient que Donald Trump serait un président plus favorable à Israël.

Comment comprendre cette contradiction apparemment inexplicable ?

C’est très simple : Les Israéliens pensaient qu’ils sauraient dans quelle direction ils iraient avec Clinton à la présidence : ce ne serait peut-être pas formidable mais, tout du moins, cela ne serait probablement pas non plus désastreux.

En ce qui concerne le président Trump, ils avaient envisagé qu’il puisse être le meilleur des alliés en vertu du soutien qu’il apporterait à Israël. Mais le doute a persisté.

Et le caractère imprévisible d’un président qui n’avait jamais fait ses preuves, qui, jusqu’à présent, était connu pour n’avoir jamais mis les pieds en Israël, les avait inquiétés.

Lorsque l’on est un petit pays qui tente de trouver une stabilité au sein d’une région en proie à des émeutes perpétuelles, violentes, savoir très exactement où en sont les choses avec le tout premier de vos alliés, votre allié existentiel, est d’une nécessité cruciale.

‘Les défis internationaux de l’Amérique ne peuvent se régler par la multiplication dramatique de décrets’

Depuis trois semaines, le président Trump s’efforce d’administrer les traitements les plus rapides aux maladies perçues de l’Amérique, ces traitements qu’il avait promis durant sa campagne électorale.

Et pourtant, il trouve cette thérapie frustrante. C’était très prévisible. Indépendamment de votre niveau de vigueur et de détermination, la protection de l’Amérique et du monde libre face au terrorisme islamique radical ne se fait pas du jour au lendemain en imposant une interdiction sur une sélection douteuse de pays musulmans.

L’Etat islamique ne pourra pas être détruit en un mois. L’Iran ne va pas retourner humblement dans sa boîte parce que vous avez opté pour un ton plus belliqueux et réimposé de mineures sanctions. Une nouvelle manière de penser les choses depuis longtemps.

Mais un grand nombre des défis internationaux auxquels l’Amérique doit faire face – tout comme les difficultés que le pays rencontre au niveau national – ne pourra pas se régler par une multiplication dramatique de décrets.

Le diable est dans les détails. Et la sagesse, entre les extrêmes.

Et alors que Trump veut croire que les complexités qu’il a rencontrées si rapidement ne sont que la fabrication de juges, législateurs, journalistes à la fois menteurs, non-patriotes et facteurs de division, disons-le : ces complexités sont réelles. Ses prédécesseurs ont pu venir à bout d’un certain nombre et les autres devront être résolues, et il ne suffira pas seulement d’en parler.

S’il veut réussir.

Ce qui nous ramène à Netanyahu et à Israël.

On peut s’attendre et espérer que la première rencontre avec le président Trump sera en effet sensiblement chaleureuse et amicale, ce qui contrasterait avec un grand nombre de rencontres précédentes entre Netanyahu et Obama, qui étaient pour le moins tendues – avec une tension perceptible dans les sourires figés, un langage corporel maladroit et des guerres de mots occasionnelles.

Mais à l’écart des caméras, une stratégie intime, détaillée et coordonnée devra se construire et se mettre en place.

Le président américain Barack Obama, à droite, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 novembre 2015 (Crédit : AFP / SAUL LOEB)
Le président américain Barack Obama, à droite, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pendant une réunion dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 9 novembre 2015 (Crédit : AFP / SAUL LOEB)

Les deux parties s’inquiètent de l’accord sur l’Iran mais l’Amérique n’était pas le seul signataire et les Iraniens sont d’ingénieux adversaires. Comment, alors que cet accord inapproprié est en place, l’Amérique de Trump peut-elle déjouer les ambitions nucléaires de l’Iran qui sont restées intactes ?

Le médiateur Trump se délecte à l’idée de parvenir à négocier l’accord le plus dur de tous, celui d’apporter la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Netanyahu veut éviter un seul état binational entre le fleuve et la mer, mais il croit aux activités d’implantations.

Il sait que le discours narratif des Palestiniens est plus hostile que jamais envers Israël, il craint le terrorisme et – c’est pire – celui qui pourrait s’enraciner dans les territoires d’où Israël se retirerait.

Au centre de tout cela, il ne souhaite pas être perturbé par un Naftali Bennett d’extrême-droite ou un Yair Lapid issu de la droite modérée pendant encore de nombreuses années.

Alors comment réconcilier toutes ces ambitions conflictuelles et garantir les meilleurs intérêts pour Israël et les Etats-Unis ?

Les accords passés par George W. Bush avec Israël (notamment la reconnaissance des blocs d’implantations tout en excluant toute construction effectuée en dehors de leurs frontières) pourraient être des modèles instructifs.

Quant aux obstacles à un accord de paix, Trump – déterminé à refonder les conventions passées entre les Etats-Unis et les Nations unies – pourrait influer sur le gonflage artificiel du nombre de réfugiés palestiniens par l’instance mondiale.

Aussi, les deux gouvernements devraient commencer à travailler ensemble au plus vite et s’ouvrir aux autres nations pour bâtir une stratégie visant à marginaliser les narratifs des islamiques radicaux – qui sont disséminés par les leaders politiques, religieux, les éducateurs et les réseaux sociaux – et qui sont en train de nourrir les prochaines vagues de terroristes qui touchent Israël, l’Amérique et presque tous les autres pays.

Il y a un vrai travail à faire. Il ne s’agit pas uniquement de s’approprier une rhétorique qui ne ressemblerait qu’à du bavardage, ou d’émettre des critiques qui ne font que diaboliser.

La crainte, toutefois, est que la vision à court-terme, une certaine superficialité et des inquiétudes politiques étriquées ne viennent à prévaloir, ce qui serait faire un pari imprudent en termes de soutien à long terme de l’état juif sur l’échiquier politique en Amérique.

Parce que les signes qui sont d’ores et déjà perceptibles sont que Netanyahu, loin de parvenir à remplir le rôle de l’homme d’état, du conseiller d’expérience auprès d’un président novice et impétueux, se permet d’être aveuglé par les réussites – contre toute-attente – de Trump, cherchant à imiter les tactiques du président.

De manière dramatique, il semble prêt à placer le gouvernement israélien dans l’ombre de celle de Trump.

C’est ainsi que nous avons dorénavant un Netanyahu qui tweete « à la Trump » sur cette « idée formidable » qu’est la construction du mur au Mexique, qui s’en prend aux médias coupables, selon lui, d’avoir rapporté très exactement ce qu’il a dit, et fabriquant des théories conspirationnistes sur une presse gauchiste, bolchévique, assassine qui chercherait à le faire inculper pour corruption (tout en attendant des Israéliens qu’ils oublient que son prédécesseur Ehud Olmert, qui est actuellement en prison pour corruption, était adoré par la gauche au moment de sa chute).

Ron Dermer, ambassadeur israélien aux Etats-Unis, sur CNN, le 26 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran)
Ron Dermer, ambassadeur israélien aux Etats-Unis, sur CNN, le 26 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran)

Et de manière plus préjudiciable encore, nous avons l’ambassadeur de Netanyahu aux Etats Unis qui offre son sceau d’approbation casher à cette personnalité problématique qu’est Steven Bannon, ce Premier ministre qui ne dit pas un mot sur une interdiction d’entrée aux Etats Unis qui concerne des populations entières, et sur le refus honteux de corriger un communiqué rédigé lors de la journée Internationale de l’Holocauste où le génocide spécifique de la population juive a été oublié.

Le bien-être d’Israël réside toutefois dans une relation stable, fiable avec les Etats Unis, indépendamment de qui occupait le Bureau ovale l’année dernière, de qui l’occupe cette année ou de qui l’occupera l’année prochaine.

Permettre à Israël d’être considéré comme l’allié servile et sans être critique d’une administration – sans même parler d’une administration qui divise tellement les Américains – constituerait une erreur.

Lors de ses trois premières semaines à la Maison Blanche, Donald Trump est devenu le président américain le plus choquant de mémoire d’homme et le pays tourbillonne.

Trump a prouver sa capacité à dénaturer les faits, a montré un mépris pour le rôle vital tenu par les médias en tant qu’observatoires quotidiens de la démocratie, et un irrespect envers le système judiciaire qui est en train de plonger une partie de l’Amérique dans un désarroi horrifié et qui, il faut le souligner, dépasse allègrement tout ce qui a pu être tenté face à des problèmes similaires – au moins jusqu’à présent – par les hauts-responsables en Israël.

Benjamin Netanyahu pourrait bien penser que Donald Trump est l’incarnation de son rêve américain. Trump pourrait défier les critiques et même surpasser les attentes de ses partisans mais il pourrait également devenir le cauchemar absolu de l’Amérique, laissant derrière lui une traînée de ruines. Personnalité d’unité, président consensuel ? Trump ne l’est absolument pas.

Si Netanyahu place Israël servilement et aveuglément aux côtés de l’administration Trump, il risque fort de s’éloigner d’autres dirigeants américains ultérieurs.

Il aura alors profondément sapé le soutien américain bipartisan en faveur d’Israël, avec des impacts bien plus graves que n’en avait créé le discours où il avait défié Obama lorsqu’il avait dénoncé l’accord iranien au Congrès en mars 2015.

Et il approfondira – surtout – la désaffection d’une partie non négligeable de la communauté juive américaine pour Israël.

Et lorsque le balancier politique américain basculera encore, ce qui est une certitude, les conséquences pour les liens israélo-américains seront dévastateurs.

Pour utiliser le simple mot qui fait trembler Netanyahu, ce mot qu’il redoute plus que tous les autres, Israël sera affaibli.

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