Au procès du « faux Le Drian », des masques et des dénégations
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Au procès du « faux Le Drian », des masques et des dénégations

Sept hommes sont soupçonnés de s'être fait passer pour l'ex-ministre de la Défense - une escroquerie qui a permis d'empocher plus de 50 millions d'euros

Ce croquis dressé le 4 février 2020, montre Gilbert Chikli (C) et Anthony Lasarevitsch (1er-g) lors de leur procès au palais de justice de Paris. (Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)
Ce croquis dressé le 4 février 2020, montre Gilbert Chikli (C) et Anthony Lasarevitsch (1er-g) lors de leur procès au palais de justice de Paris. (Crédit : Benoit PEYRUCQ / AFP)

« Je n’ai jamais entendu parler d’un masque, ni du prince Albert de Monaco, ni de Jean-Yves Le Drian ! »: au procès de sept hommes soupçonnés de s’être fait passer pour l’ex-ministre de la Défense, l’un des principaux prévenus a clamé à son tour son innocence mardi.

Deux hommes sont considérés par l’accusation comme les cerveaux de cette escroquerie qui a permis à des malfaiteurs d’empocher plus de 50 millions d’euros en usant, notamment, de faux documents et d’un masque de M. Le Drian.

L’un, Gilbert Chikli, 54 ans, condamné en 2015 pour des escroqueries téléphoniques et dont l’histoire a inspiré un film, s’est exprimé avec profusion depuis le début du procès.

L’autre, Anthony Lasarevitsch, 35 ans, était resté plus en retrait. Mardi, il a répondu à la présidente, les mains serrées autour de la barre dans le box, la voix enflant au fil des questions.

Escroquerie en bande organisée, association de malfaiteurs, blanchiment… après avoir lu les chefs de renvoi, la magistrate l’interroge : reconnaît-il sa responsabilité dans ces faits ? « Non », répond-il sans hésiter.

En août 2017, les deux hommes sont interpellés en Ukraine. Dans des téléphones retrouvés sur eux, les enquêteurs découvrent des éléments suggérant la préparation d’une autre arnaque, consistant à usurper l’identité d’Albert II de Monaco.

Dans des messages vocaux, deux hommes discutent de la fabrication d’un masque en « silicone ou latex ». « On a besoin que sur n’importe quelle tête ça marche. En plastique dur, comme les farces et attrapes ». La photo d’un homme, revêtu d’un masque du prince – de piètre qualité -, a aussi été retrouvée.

« Non », affirme M. Lasarevitsch, ce n’est pas lui qui parle dans ces messages. « Non », ce téléphone ne lui appartient pas. Et « non », ce n’est pas lui qui porte le masque sur la photo. Il assure s’être rendu en Ukraine « pour un pèlerinage » : avant d’être arrêté, « je n’avais jamais entendu parler d’un masque, ni du prince Albert de Monaco, ni de Jean-Yves Le Drian ! », lance-t-il.

Gilbert Chikli donnant une interview depuis son domicile d’Ashdod, en Israël, le 29 décembre 2015 (publié avec l’autorisation de i24 News / via JTA)

« Le Gros »

Au cours de l’instruction, un homme, Sebastian Z., a déclaré avoir ouvert des comptes en Pologne avec de faux papiers à la demande d’un donneur d’ordre, surnommé « le Gros », selon lui à l’origine de l’escroquerie au « faux Le Drian ».

C’est lui qui a identifié « Le Gros » comme étant Anthony Lasarevitsch. Renvoyé devant le tribunal, Sebastian Z. ne s’est pourtant pas présenté et il est le grand absent du procès.

Il ne faut accorder « aucun crédit » à ses propos, tempête M. Lasarevitsch.

Pendant deux ans « il ne parle pas de moi, et quand je me fais arrêter avec Gilbert Chikli et que je passe à la télé (…) en une demi-heure, ‘le Gros’ c’est moi », ironise-t-il, affirmant avoir été pris dans un « engrenage médiatique ».

Avant de désigner M. Lasarevitsch, « il a mis en cause trois autres personnes ! » s’énerve Me David-Olivier Kaminski, son avocat. « La vérité, c’est que M. Lasarevitsch n’a rien à voir avec cette escroquerie ».

Les autres prévenus écoutent, calmement, les débats, régulièrement submergés par des joutes verbales entre la défense, les parties civiles et la procureure.

Parmi eux, Abraham Z., 44 ans, surnommé « Berto », est soupçonné d’avoir été la « nourrice » de M. Lasarevitsch et de l’avoir aidé à blanchir de l’argent après son arrestation en 2017.

« J’ai rien à voir avec cette histoire, ça me dépasse complètement », a-t-il dit un peu plus tôt à la barre.

Il a affirmé que la famille de M. Lasarevitsch lui a confié « 25, 30 000 euros » provenant d’une « tsedaka« , soit une « collecte de charité » juive destinée à « payer les frais d’avocats, ses frais familiaux ».

Un autre prévenu, Rudy K. ou « Pitch », a reconnu avoir réalisé des « courses » pour M. Lasarevitsch qu’il considérait comme son « grand frère ». « Je ne lui posais aucune question », a-t-il résumé. « Où on me demandait d’aller, j’effectuais ».

A l’été 2017, il s’est lui aussi rendu en Ukraine, après avoir fait escale en Turquie. N’est-ce pas là qu’il a récupéré le masque d’Albert II ? Il a secoué la tête. « Je me suis promené un peu à Istanbul et je suis reparti. »

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