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Aux frontières d’Israël, la guerre du brouillage GPS

Une start-up locale a fourni à l'armée des moyens de gérer le brouillage du GPS du Hamas ; le pays s'est aussi apparemment employé à brouiller les systèmes de navigation de ses adversaires

Illustration : Un soldat israélien préparant le lancement d'un drone près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 9 janvier 2024. (Crédit : Leo Correa/AP Photo)
Illustration : Un soldat israélien préparant le lancement d'un drone près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d'Israël, le 9 janvier 2024. (Crédit : Leo Correa/AP Photo)

Omer Sharar venait tout juste de produire une nouvelle technologie anti-brouillage GPS lorsque le Hamas a attaqué Israël. Depuis, son équipe travaille « jour et nuit » pour empêcher les mini-drones de l’armée israélienne d’être interceptés à Gaza.

Aux frontières d’Israël se joue depuis des années une guerre de drones longtemps menée par l’Etat hébreu, un des principaux exportateurs mondiaux de ces appareils volants qui permettent de surveiller ou frapper des ennemis.

Si l’armée israélienne dispose de technologies de pointe, le Hamas, au pouvoir depuis 2007 à Gaza, a développé ces dernières années un arsenal de mini-drones bon marché qu’il charge d’explosifs.

Le 7 octobre, le groupe terroriste islamiste palestinien les a utilisés pour larguer des explosifs sur des postes d’observation militaires jalonnant la barrière hypersécurisée encerclant la bande de Gaza.

Ainsi, 3 000 terroristes armés ont fait irruption en Israël pour mener une attaque brutale au cours de laquelle ils ont tué près de 1 200 personnes. Les terroristes ont également pris en otage 253 personnes, pour la plupart des civils, et les ont emmenées à Gaza.

Après cette attaque sans précédent, l’armée israélienne a lancé la plus vaste offensive dont l’objectif vise à détruire le Hamas, à l’écarter du pouvoir à Gaza et à libérer les otages.

Nourris à l’intelligence artificielle (IA), les drones israéliens patrouillent en continu le ciel de Gaza pour désigner chaque jour aux soldats une multitude de cibles à abattre.

Un soldat israélien prépare le lancement d’un drone près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, mardi 9 janvier 2024. (Crédit : AP Photo/Leo Correa)

Brouillage et usurpation

Mais il y a plus : les soldats ont déployé dans les kibboutz attaqués (pour vérifier si des terroristes s’y trouvaient encore), puis à Gaza, des mini-drones de surveillance volant à basse altitude et capables d’entrer dans des édifices ou des tunnels pour repérer des « menaces ».

Les systèmes GPS (géo-positionnement par satellite) permettent à un objet de se repérer via des signaux transmis par des satellites. A l’approche du sol, le signal est plus faible et donc plus facile à brouiller.

Le Hamas utilise des brouilleurs de signaux pour tenter de perturber les mini-drones. D’où le recours par l’armée israélienne à des technologies permettant de protéger le signal GPS, comme celle développée par Omer Sharar, cofondateur de la start-up InfiniDome, basée dans le nord de Tel-Aviv.

Des hommes armés masqués du Hamas palestinien défilent avec un drone à l’arrière d’un camion dans les rues de la ville de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 27 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Yousef Masoud)

« Cela faisait longtemps que nous travaillions sur notre technologie GPS Dome 2. Notre premier lot de production est vraiment arrivé vers septembre. En terme de timing (…) c’était parfait », dit-il, sans pour autant se réjouir de l’attaque du Hamas.

« Au début de la guerre, le tiers de notre équipe a été appelé dans la réserve, car nous avons chez nous des opérateurs de drones et des officiers ».

« Dès le samedi (7 octobre), nous avons foncé au bureau et commencé à faire des tests finaux (…) afin d’aider nos soldats sur le terrain », explique-t-il.

Depuis le début de la guerre, sa technologie sert à empêcher le brouillage de mini-drones et des infrastructures au sol, précise le patron de la start-up.

Omer Sharar, CEO of Caesarea-based start-up InfiniDome, holds up a GPS jammer during an interview with associated company Safran, formerly Orolia, published November 2, 2021. (Screen capture: Youtube/Safran, used in accordance with Clause 27a of the Copyright Law)

Le site spécialisé GPSJAM, qui compile les données de perturbation des signaux de géolocalisation en accès libre, fait état d’un niveau faible de perturbation le 7 octobre autour de Gaza.

Mais le lendemain, les perturbations ont augmenté autour de Gaza, mais aussi le long de la frontière israélo-libanaise.

Israël a perturbé la navigation GPS « de façon proactive pour différents besoins opérationnels », a indiqué l’armée les jours suivants, informant la population que cette mesure pouvait perturber les applications utilisant la géolocalisation.

Exemple ces dernières semaines: un journaliste de l’AFP à Jérusalem apparaissait comme étant à Medinat Nasr, en Egypte, sur Google Maps. Un autre se trouvant à Jénine, en Cisjordanie, apparaissait sur Waze comme étant à l’aéroport de Beyrouth.

Du Hamas au Hezbollah

L’équipe du professeur Todd Humphreys, de l’université du Texas à Austin (Etats-Unis), qui traque les signaux GPS au Moyen-Orient depuis des années, a identifié une tendance étrange après le 7 octobre : la brève disparition sur les écrans d’avions s’approchant d’Israël.

Mode opératoire utilisé : le spoofing, technique qui permet de diffuser de faux signaux GPS.

Contacté par l’AFP, le professeur Humphreys a dit avoir « analysé » des données de « satellites en orbite basse » jusqu’au 2 janvier dernier.

Il en a conclu qu' »Israël semble s’engager dans le spoofing GPS » pour se défendre. Ses « faux signaux » ont par exemple trompé les appareils dans le nord d’Israël « en leur faisant croire qu’ils se trouvaient à l’aéroport international Beyrouth-Rafic Hariri ».

La guerre à Gaza a ravivé les tensions le long de la frontière entre le nord d’Israël et le Liban, théâtre d’échanges de tirs quotidiens entre l’armée israélienne et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, ennemi n°1 de l’Etat hébreu.

Sur cette image publiée par l’armée le 17 février 2022, un drone appartenant au groupe terroriste libanais du Hezbollah est vu après avoir été abattu par des troupes à la frontière avec le Liban. (Forces de défense israéliennes)

Le Hezbollah a des capacités militaires supérieures au Hamas grâce à ses drones plus sophistiqués et ses missiles de précisions qui peuvent atteindre jusqu’à la pointe sud d’Israël, selon son chef Hassan Nasrallah.

Dans la banlieue de Tel-Aviv, Omer Sharar et son équipe apprennent « chaque jour de l’ennemi » à Gaza, mais ont aussi de plus en plus les yeux rivés sur le Liban, un théâtre d’opération potentiellement « encore plus explosif ».

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