Aviron, tir, tennis en fauteuil : Israël se lance dans les Jeux paralympiques
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JO TOKYO 2020

Aviron, tir, tennis en fauteuil : Israël se lance dans les Jeux paralympiques

Avec 33 athlètes dans 11 sports, le Comité paralympique israélien espère récolter encore plus de médailles cette année aux Jeux de Tokyo qu’à ceux de Rio

La délégation paralympique israélienne à Tokyo pose pour une photo avec Reuven Rivlin, alors président d’Israël, le 23 juin 2021 à Jérusalem. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)
La délégation paralympique israélienne à Tokyo pose pour une photo avec Reuven Rivlin, alors président d’Israël, le 23 juin 2021 à Jérusalem. (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Israël a remporté quatre médailles aux Jeux olympiques cette année, mais ses efforts pour récolter des titres ne sont pas encore terminés. Les Jeux paralympiques débuteront bientôt à Tokyo, et avec eux la chance d’entendre à nouveau la « HaTikvah » sur le podium.

Israël envoie 33 athlètes, dans 11 disciplines sportives et plusieurs catégories de handicap, aux Jeux paralympiques de Tokyo qui commenceront le 24 août et dureront près de deux semaines. La délégation se compose d’une combinaison de visages familiers et de nouveaux talents, dont de sérieux compétiteurs. Et comme pour les Jeux olympiques, chaque membre de la délégation israélienne a lutté pour se qualifier pour une place aux Jeux paralympiques, où s’affronteront plus de 4 000 athlètes de 135 pays.

« Nous avons une très bonne délégation, de très haute qualité – à la fois en ce qui concerne leurs capacités sportives et leur humanité », a déclaré dans une interview téléphonique au Times of Israel Ron Bolotin, directeur général du Comité paralympique israélien et chef de la délégation à Tokyo. « C’est un groupe dont je suis fier de faire partie. »

Le rameur Moran Samuel et le joueur de boccia Nadav Levi seront les porte-drapeaux d’Israël lors de la cérémonie d’ouverture du 24 août, repoussée d’un an en raison de la pandémie de COVID. Alors que les cas de COVID augmentent en Israël, au Japon et dans le monde, les Jeux paralympiques, comme les Jeux olympiques, se dérouleront dans l’ombre du virus. Les athlètes concourront principalement sans spectateurs, et des tests et restrictions limiteront constamment leurs mouvements.

« Les athlètes comprennent qu’ils doivent se concentrer sur les compétitions – c’est ce qui est important et ce sur quoi ils travaillent depuis cinq ans », a déclaré Bolotin. « Pour certains d’entre eux, le retard d’un an a été une bonne chose, et pour d’autres moins. »

Il a reconnu que certains des paralympiens israéliens pourraient être plus à risque de complications liées à la COVID, mais il a déclaré que la délégation était globalement en bonne santé, prudente et prête à concourir.

Moran Samuel pendant sa course à Rio, le 11 septembre 2016. (Crédit : IGOR MEIJER / Autorisation Daniel Rowing Center)

« Nos athlètes sont pour la plupart jeunes, en bonne forme, et ne présentent pas de complications graves », a-t-il déclaré. « Ils sont très prudents, très encadrés, ils sont testés tous les jours, et ils comprennent tous l’importance de se comporter de façon responsable pendant l’entraînement, et j’espère que nous n’aurons pas de surprises. »

Bolotin est lui-même un ancien nageur paralympien décoré. Après avoir perdu une jambe à cause d’une mine terrestre pendant son service dans l’armée israélienne en 1975, Bolotin a représenté Israël à six Jeux paralympiques et a remporté 11 médailles, dont trois d’or.

Cette année, Bolotin a déclaré être convaincu que la délégation participera à l’impressionnante récolte de médailles paralympiques d’Israël.

« C’est une bonne délégation et j’espère qu’ils obtiendront de bons résultats », a-t-il déclaré. « Nos espoirs se concentrent principalement sur des sports qui avaient déjà remporté des médailles à Rio – natation, aviron et tir », dans lesquels Israël a remporté le bronze en 2016. « Ce sont les sports les plus importants pour nous en termes d’espoir de médailles, mais nous avons aussi de très bons athlètes dans d’autres sports. »

Des champions qui reviennent

Deux des médaillés israéliens de Rio reviennent aux jeux cette année dans le but d’ajouter de nouvelles médailles à leur collection. Environ la moitié des membres de la délégation de Tokyo a déjà participé aux Jeux paralympiques.

Doron Shaziri, âgé de 54 ans, se rend à Tokyo pour ses huitièmes Jeux paralympiques consécutifs, dont six où il a remporté des médailles. Shaziri, qui a perdu sa jambe en marchant sur une mine près de la frontière libanaise pendant son service dans l’armée israélienne, a déjà huit médailles paralympiques à sa collection.

Le tireur Doron Shaziri participe aux Jeux paralympiques de Rio en 2016. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

Moran Samuel, une rameuse qui a remporté une médaille de bronze à Rio il y a cinq ans, revient également cette année pour défendre – ou améliorer – sa médaille. Samuel, âgée de 39 ans, est devenue paralysée après un accident vasculaire cérébral ; elle a également remporté une médaille de bronze aux Championnats du monde d’aviron 2019 à Ottensheim, en Autriche.

Le joueur de tennis en fauteuil roulant Shraga Weinberg, âgé de 55 ans, a participé aux quatre derniers Jeux paralympiques ; il a remporté l’argent en double avec Boaz Kremer à Pékin en 2008, et le bronze en double avec Noam Gershony à Londres en 2012. Weinberg est né paralysé, ainsi qu’avec des anomalies de la densité osseuse, et utilise un fauteuil roulant depuis sa naissance.

« Je suis ravi, c’est un rêve qui devient réalité », a déclaré Weinberg à Ynet après avoir obtenu sa place aux Jeux de Tokyo en juin. « Tout cela après cinq ans de travail acharné et deux années difficiles de coronavirus. Il n’y a pas de nouvelle plus réjouissante que celle-ci. »

Pour Pascale Berkovitch, Tokyo sera ses quatrièmes Jeux paralympiques, après avoir participé à Pékin, Londres et Rio. Cette fois-ci, cette femme de 53 ans qui a perdu ses deux jambes dans un accident de train, concoure en para-canoë, après avoir précédemment représenté Israël en aviron et en cyclisme.

Le joueur de tennis Shraga Weinberg concourt pour une médaille de bronze aux Jeux paralympiques de Rio 2016. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

Des parcours inspirants

Les nageurs jumeaux Mark et Ariel Malyar concourent tous les deux pour Israël cette année. Les frères de 21 ans sont nés avec une paralysie cérébrale et ont commencé à nager à l’âge de 5 ans dans un but thérapeutique. Aux Championnats du monde de paranatation 2019 – déplacés de Malaisie à Londres après que la Malaisie a refusé d’autoriser les athlètes israéliens à participer –, Mark a remporté une médaille d’or et une médaille d’argent et établi un record du monde, tandis qu’Ariel est rentré les mains vides.

Mais Mark affirme que les deux jumeaux – qui concourent dans différentes classes de handicaps – se soutiennent mutuellement. « Je pense que c’est cool qu’il y ait des frères jumeaux dans la délégation », a-t-il déclaré au journal Davar en 2019. « Je pense que, quand nous étions plus jeunes, il y avait plus de compétition entre nous, mais maintenant il y en a moins. »

Alexander Alekseenko est né en Ukraine il y a 37 ans avec une infirmité motrice cérébrale et a ensuite contracté la polio dans son enfance. Ses parents ont été tués dans un accident quand il avait 12 ans, et il a grandi en grande partie dans un orphelinat – mais il n’a rien laissé de tout cela se mettre en travers de ses rêves. À 17 ans, en Ukraine, il est entré dans les sports paralympiques professionnels et a accumulé une série d’exploits en tant que lanceur de poids et de javelot, et a remporté plusieurs médailles lors d’événements internationaux.

En 2017, Alekseenko, sa femme et sa fille ont emménagé en Israël, entre autres parce que les responsables paralympiques ukrainiens ne l’encourageaient pas à continuer de concourir, vu son âge. Plus tôt cette année, en compétition pour Israël, il a remporté une médaille d’argent au Grand prix mondial de para-athlétisme au lancer de poids. Alekseenko a déclaré qu’il serait ravi de ramener une médaille pour Israël aux Jeux paralympiques de cette année.

Le paralympien israélien Alexander Alekseenko participe au lancer de poids. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

« Si je parviens à remporter une médaille pour l’État d’Israël, je serai aux anges », a-t-il déclaré dans une récente vidéo promotionnelle pour le Comité paralympique israélien. « J’aime Israël et je veux représenter Israël aux Jeux olympiques. »

Bien qu’il s’agisse des premiers Jeux paralympiques de Michal Feinblat, ce n’est pas sa première expérience olympique. En 2004, elle a représenté Israël en judo aux Jeux d’Athènes, la seule judokate féminine d’Israël cette année-là. Trois ans plus tard, alors qu’elle s’entraînait pour les Jeux de Pékin 2008, Feinblat s’est gravement blessée à l’épaule, nécessitant plusieurs interventions chirurgicales, causant des lésions nerveuses permanentes et mettant fin à sa carrière de judokate. Près d’une décennie plus tard, Feinblat a rejoint l’équipe d’aviron paralympique à la demande de son collègue rameur paralympique Samuel, et elle concourra au sein de l’équipe mixte de quatre.

« Parfois, je me demande pourquoi je fais ça, j’ai déjà été aux Jeux olympiques », a déclaré Feinblat au Yediot Aharonot en 2019. « Mais il y a quelque chose d’addictif – l’adrénaline vaut la peine de se lever le matin… Le sport paralympique a été comme un médicament pour moi. »

Pour la première fois cette année, le badminton fera une apparition aux Jeux paralympiques, et Israël envoie Nina Gorodetsky, 40 ans, pour y participer. Et s’il s’agit des débuts paralympiques de ce sport, Gorodetsky – qui est en fauteuil roulant depuis un accident de voiture qui l’a laissée paralysée à 17 ans – a déjà un CV international impressionnant. Elle et Amir Levi ont remporté l’or en double mixte aux Championnats d’Europe de para-badminton 2018, et elle a remporté le bronze en simple féminin au para-badminton international de 2020.

Nina Gorodetsky, concurrente en badminton aux Jeux paralympiques, s’entraîne en Israël. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

Une délégation de la diversité

Bien qu’Israël n’ait pas encore envoyé d’Arabe israélien aux Jeux olympiques, sa délégation paralympique est particulièrement diverse. Trois des paralympiens israéliens de cette année sont Arabes et un autre est le premier athlète druze à participer aux Jeux paralympiques.

Elham Mahamid, 31 ans, est originaire d’Umm al-Fahm et vit désormais à Hadera. Mahamid, née avec une déficience visuelle sévère, a commencé à jouer au goalball à l’adolescence. C’est là qu’elle a rencontré son mari, Michael Rozin, également malvoyant. Malgré quelques hésitations au sein de leurs familles, Michael s’est converti à l’islam pour épouser Elham, et les deux ont maintenant un bébé, Amir.

Elham affirme être très fière de concourir au niveau international sous le drapeau israélien. « Je pense que le sport est une chose pure et qu’il n’est pas nécessaire de mélanger politique et sport », a-t-elle déclaré au Comité international paralympique plus tôt cette année. « Je suis très fière en tant qu’athlète de représenter mon pays. Nous avons un objectif en tant qu’équipe – c’est de gagner toutes les compétitions auxquelles nous participons. »

Iyad Shalabi, âgé de 34 ans, est né sourd à Shefa-Amr. Quand il avait 12 ans, il est tombé d’un toit et est devenu paralysé de la poitrine aux pieds. Ce seront les quatrièmes Jeux paralympiques où Shalabi représente Israël en tant que nageur. Bien qu’il n’ait pas encore remporté de médaille paralympique, Shalabi a fait sensation aux Championnats d’Europe de paranatation plus tôt cette année, lorsqu’il a remporté une médaille d’or et battu un record du monde.

Bashar Halabi, originaire de Daliyat al-Karmel et âgé de 25 ans, deviendra le premier Druze à participer aux Jeux paralympiques lorsqu’il entrera dans l’eau à Tokyo à la fin du mois. Halabi est né prématurément et, après des complications pendant l’accouchement, il est resté paralysé de la taille aux pieds. Ce sont les premiers Jeux pour Halabi, et il raconte que le chemin a été long et laborieux.

« Les handicapés sont traités comme des citoyens de seconde zone, mais c’est du bidon », a-t-il déclaré à Israel Hayom l’année dernière. « Je travaille dur et je réussis parce que j’ai beaucoup d’espoir – comme n’importe qui. »

Le nageur israélien Iyad Shalabi et son père, Yousef, aux Jeux paralympiques de 2016 à Rio. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

Une rude concurrence

Alors qu’Israël rencontre de plus en plus de succès aux Jeux olympiques au fil des années, ses exploits aux Jeux paralympiques ont diminué. Aux Jeux paralympiques de 1988, Israël a remporté 45 médailles, mais juste 13 en 2004, et seulement 3 en 2016 à Rio. Au total, Israël détient 375 médailles paralympiques dont 123 médailles d’or, contre 13 au total dont 3 médailles or aux Jeux olympiques.

Bolotin a déclaré que les raisons de la baisse significative au fil du temps étaient multiples – et nombre d’entre elles découlent de développements positifs.

« Dans les années 60, 70 et même 80, Israël était l’un des pays avec le plus grand contingent de jeunes blessés dans les guerres – la guerre du Kippour, la guerre des Six Jours, la guerre d’usure », a déclaré Bolotin au Times of Israel. Aujourd’hui, a-t-il expliqué, Israël a heureusement moins de guerres, mais les traitements médicaux ont également progressé de sorte qu’un rétablissement complet est plus souvent obtenu. Seuls trois membres de la délégation de cette année sont des vétérans de Tsahal qui ont été blessés.

L’apogée paralympique d’Israël dans les années 60 et 70, a ajouté Bolotin, correspondait également à l’âge d’or en compétition de la génération des survivants de l’épidémie de polio des années 1950. De plus, a-t-il remarqué, Israël a été l’un des pionniers des Jeux paralympiques, à l’époque où seulement quelques dizaines de pays y participaient. En 1968, lorsqu’Israël a accueilli les Jeux paralympiques à Tel Aviv, le pays a remporté 62 médailles – en compétition contre seulement 27 autres nations. En 2008, à Pékin, Israël n’a remporté que six médailles paralympiques en affrontant 145 autres pays.

« Le monde n’en était qu’à ses balbutiements dans ce domaine, mais de nos jours, les Jeux paralympiques sont devenus très professionnels et de nombreux pays participent et investissent beaucoup d’argent », a déclaré Bolotin. « Le monde progresse, et une partie du problème réside dans le fait qu’aujourd’hui, il faut travailler avec [les athlètes] dès leur plus jeune âge pour les préparer aux Jeux olympiques et paralympiques. Il n’y a heureusement plus beaucoup de blessés dans l’armée israélienne, il y a de meilleurs traitements médicaux, moins de guerres, il n’y a plus de polio – nous devons donc simplement repérer les enfants et adolescents concernés dans tout le pays. C’est notre avenir. »

Bolotin a déclaré que l’investissement d’Israël dans ses athlètes paralympiques par rapport à ses athlètes olympiques progressait constamment.

« Il y a une grande amélioration, surtout depuis les années où j’étais athlète, dans les années 70, 80 et 90 », a-t-il déclaré, notamment des accords de parrainage de Telma, Keter et Bank Hapoalim pour les paralympiens, entre autres. « Il y a eu une amélioration très spectaculaire, même si ce n’est toujours pas tout à fait équivalent. » En revanche, il fait remarquer que le montant qu’un athlète reçoit de l’État pour une médaille aux Jeux olympiques ou paralympiques « est identique, et cela depuis plusieurs années ».

La rameuse israélienne Pascale Bercovitch participe au paracanoë aux Jeux paralympiques de 2016 à Rio. (Crédit : Keren Isaacson / Comité paralympique d’Israël)

Il est indéniable que les Jeux paralympiques ne reçoivent pas une couverture médiatique équivalente en Israël. La chaîne sportive israélienne a acheté les droits de diffusion des Jeux paralympiques comme elle l’a fait pour les Jeux olympiques, mais on s’attend à ce que la couverture soit bien moins complète. Et tandis que la chaîne a envoyé plus d’une dizaine de membres de son équipe aux Jeux olympiques de Tokyo, aucun d’entre eux n’y reste pour couvrir les Jeux paralympiques.

Bolotin reconnaît la disparité de couverture en Israël, mais, selon lui, elle ne concerne pas seulement les Jeux paralympiques.

« Les autres sports olympiques ressentent la même chose », a-t-il déclaré. « En permanence, c’est le football, le football, le football, le basket-ball, puis une fois tous les quatre ans, on couvre les sports olympiques. »

Il pense que la tendance de la couverture médiatique en Israël « va dans la bonne direction », bien qu’il ait déclaré que le Comité paralympique du pays débattait constamment « de la poule et de l’œuf ».

« Les exploits favorisent la couverture médiatique, et la couverture favorise les exploits », a-t-il déclaré.

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