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Ayman Safadi: Pas de négociations avec Israël sur les terres jordaniennes louées

"La seule question sera de savoir comment nous annulerons la location des sites," a déclaré le chef de la diplomatie jordanienne

Le ministre des Affaires étrangères jordanien Ayman al-Safadi lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères au Caire pour discuter des agitations autour de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem le 27 juillet 2017 (Crédit : AFP PHOTO / KHALED DESOUKI)
Le ministre des Affaires étrangères jordanien Ayman al-Safadi lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères au Caire pour discuter des agitations autour de la mosquée Al-Aqsa de Jérusalem le 27 juillet 2017 (Crédit : AFP PHOTO / KHALED DESOUKI)

La Jordanie ne négociera pas avec Israël le renouvellement d’une partie du traité de paix de 1994 qui avait accordé à l’Etat juif l’usage de deux petites zones agricoles situées le long de la frontière, a fait savoir le ministre des Affaires étrangères jordanien Ayman Safadi lundi soir, brisant les espoirs à Jérusalem d’un éventuel renversement de la décision prise par Amman.

Prenant la parole sur une chaîne d’information jordanienne, Safadi a insisté sur le fait que le royaume hachémite ne reviendrait pas sur la promesse faite par le roi Abdallah II de reprendre le contrôle de ces secteurs, qui sont loués à Israël depuis 25 ans.

« Nous ne négocierons pas notre souveraineté sur ces zones », a dit Safadi en évoquant Naharayim, au nord, et l’enclave de Tzofar, dans le désert d’Arava, au sud.

Abdallah a annoncé dimanche que ces deux sites reviendraient à la Jordanie lors de l’expiration du bail conclu avec Israël, l’année prochaine. Les terres en question avaient été cédées à la Jordanie dans le cadre du traité de paix passé entre les deux pays en 1994, mais Amman avait accepté que les agriculteurs israéliens puissent accéder et travailler les terres par le biais d’une location portant sur 25 ans et qui, selon Israël, devait – sans nul doute – être renouvelée à expiration.

A view of the Jordan River, Naharayim, Isle of Peace (photo credit: Shmuel Bar-Am)
Une vue du fleuve Jourdain, à Naharayim, l’île de la paix (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Répondant à l’annonce faite par la Jordanie, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a indiqué dimanche qu’Israël « entrera dans des négociations avec la Jordanie pour prolonger l’accord existant », qui est automatiquement renouvelé à moins qu’une partie ne le dénonce à l’aide d’un préavis d’un an.

Mais Safadi a déclaré qu’Israël n’avait pris aucune mesure pour entrer dans de tels pourparlers et que même si c’était le cas, la Jordanie ne céderait pas.

« Jusqu’à présent, nous n’avons reçu aucune demande officielle pour ouvrir des négociations », a-t-il noté, « mais si nous devions discuter, la seule question qui se poserait serait la manière de mettre en oeuvre l’annulation de cette location de terrains ».

Cette initiative est largement considérée comme résultant des pressions exercés par les partisans d’une ligne dure politique en Jordanie. Ces derniers mois, Amman a été sommé de mettre un terme à ce bail passé avec Israël.

Ainsi, plusieurs manifestations massives ont demandé au gouvernement de « réaffirmer la souveraineté jordanienne » sur les zones concernées et les pressions ont encore gagné en intensité avec un courrier signé par 80 députés, exigeant du gouvernement l’annulation de la location foncière.

Dimanche, les parlementaires jordaniens ont salué la décision prise par le roi. Saleh al-Armouti, critique régulier du souverain, a indiqué que cette initiative était « une avancée positive en faveur de la dignité des citoyens jordaniens et de leur souveraineté sur leur territoire ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (à droite) en Jordanie avec le roi Abdallah II (Crédit : Kobi Gideon/GPO/FLASH90)

Abdallah pourrait également avoir été désireux de se distancer des liens proches entretenus avec Israël dans un contexte de relations tendues entre l’Autorité palestinienne et l’administration Trump – en cherchant à se placer clairement du côté des Palestiniens.

L’année dernière, les relations diplomatiques entre Israël et la Jordanie s’étaient retrouvées dans l’impasse suite à la mort de deux Jordaniens, tués par un gardien de la sécurité israélien au mois de juillet 2017. Ziv Moyal aurait, selon Israël, ouvert le feu dans un geste d’auto-défense après que l’un des deux hommes a tenté de le poignarder.

L’Etat juif et la Jordanie avaient toutefois trouvé un accord pour conclure cette querelle diplomatique au mois de janvier. Le porte-parole du gouvernement jordanien avait indiqué avoir reçu d’Israël une « note officielle » présentant des excuses pour la mort des deux Jordaniens, ainsi que pour le décès d’un magistrat jordanien lors d’un autre incident survenu en 2014.

Au début du mois, le nouvel ambassadeur jordanien en Israël, Ghassan Majali, est arrivé dans le pays et il a présenté ses lettres de créance au ministère des Affaires étrangères – une nouvelle étape vers la restauration des liens entre les deux alliés néanmoins fragiles.

Les forces de sécurité jordaniennes montent la garde alors que les manifestants brandissent des drapeaux jordaniens et scandent des slogans lors d’une manifestation aux abords de l’ambassade israélienne, à Amman, le 28 juillet 2017 (Crédit : AFP Photo/Khalil Mazraawi)

Naharayim comprend, dans ses frontières, le site touristique de l’île de la paix, une île créée de toutes pièces et une centrale hydro-éléctrique située au confluent du fleuve Jourdain et de la rivière Yarmouk.

En 1997, un groupe de sept adolescentes de 5ème et de 4ème scolarisées dans une école de filles de Beit Shemesh visitaient l’île lorsqu’un soldat jordanien avait ouvert le feu, tuant sept d’entre elles et en blessant six. Le tireur, Ahmed Daqamseh, avait été arrêté par d’autres soldats jordaniens.

Un tribunal jordanien avait ultérieurement estimé que Daqamseh était instable psychologiquement et l’avait condamné à la prison à vie. Il a été incarcéré pendant 20 ans et il est considéré comme un héros par de nombreux citoyens en Jordanie.

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