Bagdad va détruire la maison d’un Juif qui avait aidé à fonder l’Irak moderne
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Bagdad va détruire la maison d’un Juif qui avait aidé à fonder l’Irak moderne

Le ministère du Tourisme du pays critique la décision de démolir la maison centenaire de Sassoon Eskell et songe à une affaire de corruption

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Sir Sassoon Eskell, juif de Bagdad qui a été le premier ministre des Finances de l'Irak et un acteur crucial de la fondation du royaume. (Crédit : Wikipedia)
Sir Sassoon Eskell, juif de Bagdad qui a été le premier ministre des Finances de l'Irak et un acteur crucial de la fondation du royaume. (Crédit : Wikipedia)

La municipalité de Bagdad a annoncé vendredi qu’elle démolirait puis donnerait à un promoteur la maison, âgée de 100 ans, du Premier ministre des Finances de l’Irak, Sir Sassoon Eskell. Un responsable du ministère irakien du Tourisme et des Antiquités a fustigé la décision, une « violation » de la loi.

La participation d’Eskell, qui est né dans une famille juive aristocrate de Bagdad en 1860, a été cruciale dans la fondation des lois du gouvernement irakien et de son infrastructure financière.

La municipalité de la capitale irakienne a déclaré dans un communiqué de presse que la maison d’Eskell « n’est pas un site patrimonial selon les règlementations du département du patrimoine », a annoncé samedi le site irakien Assabah al-Jadeed.

« La maison a été construite il y a 100 ans sur la rue Rashid, dans le centre de Bagdad, et est à présent accordée à un citoyen pour y investir », continue le communiqué, soulignant que « l’investissement est fait en accord avec la loi. »

Sir Sassoon Eskell, juif de Bagdad qui a été le premier ministre des Finances de l'Irak et un acteur crucial de la fondation du royaume. (Crédit : Wikipedia)
Sir Sassoon Eskell, juif de Bagdad qui a été le premier ministre des Finances de l’Irak et un acteur crucial de la fondation du royaume. (Crédit : Wikipedia)

Mais Saïd Hamza, directeur du département d’enquête des sites patrimoniaux du ministère, a accusé la municipalité de « violer la loi » en donnant la maison d’Eskell pour un investissement.

« Qui à la municipalité de Bagdad ne considère pas la maison comme un site patrimonial ? », aurait-il demandé, suggérant qu’il pourrait plutôt s’agir d’une affaire de corruption.

Hamza a ajouté que la maison d’Eskell était composée de deux parties : l’une qui doit être attribuée au ministère des Finances, et l’autre qui devrait être rendue à son petit-fils, Albert Sassoon Eskell.

Eskell, qui a été fait chevalier par le roi George V en 1923, a été un personnage crucial de la fondation de l’Etat irakien en 1920, et a été cinq fois ministre des Finances du pays avant sa mort en 1932. Il a également été député pour Bagdad au premier Parlement du royaume, puis a été réélu sans interruption jusqu’à sa mort.

Quand Winston Churchill a convoqué la conférence du Caire en 1921 pour discuter de ce qui adviendrait l’Irak, la Jordanie et Israël, Eskell était l’un des deux Irakiens à déterminer le destin de son pays et à choisir son roi.

Eskell était si bien considéré pour sa rigidité financière et son honnêteté que son prénom a été transformé en verbe signifiant « rigoureux dans la comptabilité », a annoncé Assabah al-Jadeed.

La célèbre écrivain anglaise Gertrude Bell a écrit avec admiration sur la personnalité et les talents politiques d’Eskell.

De droite à gauche, assis : Winston Churchill, Herbert Samuel. Au premier rang : Gertrude Bell, Sir Sassoon Eskell, le maréchal Edmund Allenby, Jafar Pasha al-Askari. Photographie prise à al Conférence du Caire, en 1921. (Crédit : Wikipedia)
De droite à gauche, assis : Winston Churchill, Herbert Samuel. Au premier rang : Gertrude Bell, Sir Sassoon Eskell, le maréchal Edmund Allenby, Jafar Pasha al-Askari. Photographie prise à al Conférence du Caire, en 1921. (Crédit : Wikipedia)

« L’homme que j’aime vraiment est Sasun Eff. [Eskell]. Il est de loin l’homme le plus capable du Conseil. Un peu rigide, il a adopté le point de vue de l’avocat constitutionnel et ne permet pas vraiment d’indulgence aux conditions primitives de l’Irak, mais il est sincère et désintéressé au plus profond. Il n’a pas seulement une capacité réelle, mais aussi une grande expérience, et je me sens touchée et presque honteuse devant l’humilité avec laquelle il demande, et est guidé par, mon avis », a écrit Bell en 1920.

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