Bannon rejette ceux qui le qualifient d’antisémite – tout en continuant à apporter de l’eau à leur moulin
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Bannon rejette ceux qui le qualifient d’antisémite – tout en continuant à apporter de l’eau à leur moulin

Dans une première série d’interviews depuis qu’il a accepté un rôle majeur à la Maison Blanche, le haut-conseiller de Trump continue à faire état de théories conspirationnistes ‘mondialistes’ qui font écho aux habituelles calomnies anti-juives

Stephen Bannon (Crédit : capture d'écran YouTube)
Stephen Bannon (Crédit : capture d'écran YouTube)

WASHINGTON (JTA) — Stephen Bannon, dans ses premières interviews depuis qu’il a été désigné par Donald Trump comme l’un de ses plus proches conseillers à la Maison Blanche, a démenti être antisémite ou être un nationaliste blanc, tout en continuant à avancer des théories conspirationnistes “mondialistes” qui font tristement écho à des siècles de calomnies anti-juives.

“Breitbart est le site le plus pro-israélien au sein des Etats-Unis d’Amérique”, a déclaré Bannon au Wall Street Journal dans une interview postée vendredi, évoquant le site d’information conservateur dont il a été le président-directeur-général jusqu’à ce qu’il rejoigne cet été la campagne du président élu Donald Trump.

Il a qualifié de « plaisanteries » les allégations selon lesquelles il serait colporteur d’antisémitisme, faisant remarquer ses collègues et ses employés juifs.

Les sonnettes d’alarmes actionnées par un certain nombre de groupes juifs, dont la Anti-Defamation League (ADL) et le mouvement de la Réforme, n’ont pas nié la posture favorable envers Israël de Breitbart et de Bannon. Elles se sont toutefois sont concentrées sur les échos donnés à des théories antisémites qui peuvent être trouvées partout ailleurs sur le site et dans les messages communiqués par Bannon pour la campagne de Trump.

Certains critiques ont interpellé Bannon pour au moins deux récentes utilisations sur le site Breitbart du nom “Juifs” que quelques-uns ont considéré comme étant péjoratives, et en raison des affirmations faites par son ex-femme selon lesquelles il était hostile aux Juifs.

Bannon a vigoureusement nié les propos tenus par son ex-épouse. Par ailleurs, les auteurs des articles dénoncés comme étant antisémites ont affirmé être eux-mêmes Juifs, déclarant que leur utilisation des termes était mal interprétée.

Bannon a également, de manière plus conséquente, été critiqué pour avoir avancé, à travers et au cours des dernières semaines de la campagne de Trump, des théories conspirationnistes impliquant des banquiers internationaux, des réunions secrètes et des médias serviles – tous les éléments d’une propagande antisémite classique.

Stephen Bannon quitte la Trump Tower à New York le 11 novembre 2016. (Crédit : AP/Evan Vucci)
Stephen Bannon quitte la Trump Tower à New York le 11 novembre 2016. (Crédit : AP/Evan Vucci)

Lors des derniers jours de la campagne, une campagne publicitaires de Trump diffusée à la télévision a présenté des extraits d’un discours de Trump avançant les théories faisant état d’une conspiration secrète visant à prendre le contrôle du monde et accompagnant les extraits de ces discours des images de trois Juifs célèbres.

Ni Bannon ni l’équipe de campagne n’ont explicitement dénoncé les Juifs en tant que classe.

Les critiques de Bannon ont comparé de tels messages à l’antisémitisme “poli” de la période qui avait précédé l’Holocauste, qui évitait une terminologie anti-juive péjorative et qui, de temps à autres, utilisait Israël comme le moyen permettant de désinvestir les Juifs des sociétés non-juives.

“Que l’antisémitisme soit non-intentionnel du côté de [Trump] ne le rend pas moins dangereux”, a expliqué Cheryl Greenberg, historienne au Trinity College, dans un article datant du 26 octobre consacré à l’influence de Trump et de Bannon sur le phénomène.

« En invoquant ces théories du complot sans nommer les juifs, les idées antisémites sont introduites sans fanfare dans le débat politique ‘mainstream’ tout en envoyant des encouragements à ces nationalistes blancs qui comprennent parfaitement ces implications. Et ainsi, le sentiment et l’activité antisémites peuvent croître sans que rien d’explicite n’ait été mentionné ».

Au mois selon leurs interviews publiées, ni le Wall Street Journal ni le Hollywood Reporter n’ont poussé Bannon à se prononcer sur ces échos de propagande antisémite au sein de l’entreprise dont il était à la tête – Breitbart – ou dans l’équipe de campagne.

En effet, dans les deux entretiens, Bannon se répète en réaffirmant sa vision du monde dans laquelle des “mondialistes” cherchent à prendre le pouvoir et, une fois encore, volontairement ou invontairement, il invoque les échos des mouvements qui ont pu se montrer hostiles envers les Juifs.

“Je suis un nationaliste économique’, a-t-il déclaré au journal. « Je suis un gars d’America first.” “America First” a été le mouvement isolationniste datant de la Seconde Guerre mondiale qui a dénoncé les appels croissants en faveur de l’implication américaine dans la guerre, appels qui avaient été qualifiés par le groupement de manipulations juives.

Bannon a reconnu, comme il l’avait fait dans le passé, que les nationalistes qu’il admire avaient dans leurs rangs des racistes et des antisémites – mais il a également rejeté ces expressions, croyant que ces éléments quitteront bientôt le mouvement.

“J’ai admiré les mouvements nationalistes dans le monde entier, et j’ai répété à de multiples reprises que les nations fortes font les bons voisinages”, a-t-il expliqué au journal, se référant apparemment aux mouvements dirigés par Nigel Farage au Royaume-Uni et à Marine Le Pen en France, qui, tous deux, ont fêté la victoire de Trump ces dernières semaines. (Farage avait fait campagne aux côtés de Trump et a rencontré le président élu dans les quelques jours qui ont suivi sa victoire).

Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump, à gauche, écoute le président du parti indépendant du Royaume-Uni, Nigel Farage, pendant un meeting de campagne à Jackson, Mississippi, le 24 août 2016. (Crédit : AFP/Jonathan Bachman/Getty Images)
Le candidat républicain à la présidentielle américaine Donald Trump, à gauche, écoute le président du parti indépendant du Royaume-Uni, Nigel Farage, pendant un meeting de campagne à Jackson, Mississippi, le 24 août 2016. (Crédit : AFP/Jonathan Bachman/Getty Images)

« J’ai également répété que le mouvement ethno-nationaliste, éminent en Europe, changera avec le temps. Je n’ai jamais été partisan de ce type de nationalisme.”

Tandis que les mouvements nationalistes européens se sont éloignés ces dernières années d’une rhétorique explicitement anti-juive, les théories au niveau racial restent intégrales dans leurs plate-formes, en particulièrement celles visant les Moyen-Orientaux et, en Europe centrale, les Roms.

Les groupes juifs dans ces pays tendent à se montrer sceptiques face aux affirmations attestant que les mouvements nationalistes se sont distancés de l’hostilité anti-juive.

Dans l’entretien du journal, Bannon a salué le movement “alt-right”, qu’il a défini comme incarnant “des jeunes anti-mondialistes, très nationalistes, terriblement anti-establishment”. Il a également reconnu que l’’alt-right’ présente “certaines connotations raciales et antisémites”. Mais il a voulu également « clarifier », selon le journaliste, qu’il « n’a aucune tolérance envers de tels points de vue ».

Il a également indiqué, comme il l’avait fait dans la description des nationalistes européens, qu’il pensait que les éléments les plus dangereux du mouvement disparaîtront un jour.

Une pancarte de protestation lors d'une manifestation contre la nomination du magnat nationaliste blanc des médias  'alt-right', l'ancien président de Breitbart Stephen Bannon, au poste de haut-conseiller de la Maison Blanche par le président élu Donald Trump, à proximité de la Mairie de Los Angeles, le 16 novembre 2016. (Crédit : AFP/DAVID MCNEW)
Une pancarte de protestation lors d’une manifestation contre la nomination du magnat nationaliste blanc des médias ‘alt-right’, l’ancien président de Breitbart Stephen Bannon, au poste de haut-conseiller de la Maison Blanche par le président élu Donald Trump, à proximité de la Mairie de Los Angeles, le 16 novembre 2016. (Crédit : AFP/DAVID MCNEW)

Il a également expliqué que, tandis que Breitbart offre une plate-forme à l’’alt-right’, ce groupement n’est pas la seule vision représentée dans la publication. « Nous offrons une possibilité d’expression à 10 ou 12 ou 15 courants de pensée”, a déclaré Bannon. « Nous l’avons créé ainsi ».

Bannon a également cherché dans l’interview qu’il a accordée au Hollywood Reporter à faire la distinction entre le nationalisme qu’il revendique et le suprémacisme blanc, mais il a immédiatement enchaîné avec des théories concernant les « mondialistes » désireux de continuer à contrôler la classe ouvrière.

« Je ne suis pas un nationaliste blanc, je suis un nationaliste. Je suis un nationaliste économique », a-t-il dit.

« Les mondialistes ont vidé de sa substance la classe ouvrière et ils ont créé une classe moyenne en Asie. Le problème maintenant, ce sont ces Américains qui cherchent à ne pas se faire b…er. »

Dans son entretien avec le Journal, Bannon a souligné les domaines dans lesquels Breitbart s’est tenu aux côtés d’Israël.

Aaron Klein, directeur du bureau de Jérusalem du site Breitbart News. (Crédit : autorisation)
Aaron Klein, directeur du bureau de Jérusalem du site Breitbart News. (Crédit : autorisation)

“J’ai Breitbart Jerusalem, dirigé par Aaron Klein avec environ 10 journalistes là-bas. Nous avons été leaders pour arrêter ce mouvement BDS” — boycott, divestment and sanction — “aux Etats-Unis,; nous sommes les premiers à rapporter les cas de jeunes étudiants juifs qui sont harcelés sur les campus américains, nous avons été les premiers à donner des informations sur le terrible fléau vécu par les Juifs en Europe.”

L’organisation sioniste d’Amérique (ZOA) et la coalition juive républicaine ont toutes les deux défendu Bannon contre les accusations d’antisémitisme, notant le contenu pro-israélien de Breitbart.

Peter Beinart, un auteur juif libéral critique d’Israël mais qui a néanmoins défendu le pays face aux attaques de l’extrême-gauche, a indiqué que soutenir Israël et le sionisme n’excluait pas nécessairement l’antisémitisme.

Beinart, prenant la parole le 15 novembre sur CNN au sujet de Bannon, a cité comme exemple le gouvernement polonais de qui, avant la Seconde Guerre mondiale, avait encouragé l’émigration juive dans le pré-état de Palestine en tant que moyen visant à réduire sa population juive.

« Pendant 100 ans, vous auriez pu trouver un exemple après l’autre de gens qui ont trafiqué avec l’antisémitisme tout en soutenant l’état d’Israël. »

Alan Dershowitz ( Crédit: Gidon Markowicz/Flash90)
Alan Dershowitz (Crédit : Gidon Markowicz/Flash90)

L’avocat Alan Dershowitz, défenseur régulier d’Israël et des causes juives, a expliqué à Breitbart Jerusalem qu’il n’avait vu “aucune preuve d’antisémitisme personnel du côté de Bannon.”

“Je pense que le problème, de manière plus vaste – et c’est une question aujourd’hui très compliquée – c’est comment vous évaluez une personne qui, elle-même, pourrait ne présenter aucune caractéristique négative mais qui en appelle très largement à des gens pour qui c’est le cas”, a poursuivi Dershowitz, décrivant une problématique qu’il constate à droite comme à gauche de l’échiquier politique.

« Et je pense que la même chose est probablement vraie chez certains conservateurs très à droite qui en appellent [intentionnellement] ou par inadvertance à des individus qui ne s’accordent pas avec certaines valeurs qu’ils ont probablement eux-mêmes ».

Dans un nouveau document d’information consacré à Bannon et publié sur son site Internet, l’ADL concède que “nous n’avons pas connaissance d’éventuelles déclarations antisémites faites par Bannon lui-même », malgré les allégations de son ex-épouse. Elle reconnaît aussi que le bureau de Breitbarts Jerusalem a été inauguré sous sa présidence.

“Toutefois”, continue ce document, « Bannon s’est essentiellement désigné lui-même comme le tuteur du mouvement ‘alt-right’. Sous son intendance, Breitbart a émergé comme source des visions extrêmes entretenues par une minorité qui se fait entendre, qui répand la bigoterie et promeut la haine ».

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