Bennett : annexer un bloc d’implantations majeur de Cisjordanie
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Interview

Bennett : annexer un bloc d’implantations majeur de Cisjordanie

Bien qu' "imparfait", le chef du parti HaBayit HaYehudi explique que le plan de s’approprier le Gush Etzion est une approche "raisonnable, saine"

Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)
Le ministre de l'Éducation, Naftali Bennett, à la Conférence diplomatique du Jerusalem Post, à l'hôtel Waldorf Astoria à Jérusalem, le 18 novembre 2015 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

NEW YORK – Naftali Bennett, le chef du parti israélien HaBayit HaYehudi, a eu quelques maux de tête ces derniers temps.

Plus tôt cette semaine, un des membres de son parti à la Knesset, Yinon Magal a démissioné au milieu d’accusations qu’il aurait harcelé sexuellement plusieurs femmes qui travaillent pour lui.

La semaine dernière, le Premier ministre Benjamin Netanyahu aurait reprimandé Bennett parce qu’il aurait dit à un groupe de chefs d’implantations qu’il avait tiré une « balle proverbiale entre les deux yeux de Bibi » pour contrecarrer toute discussion de retraits israéliens unilatéraux de la Cisjordanie, un choix de mots particulièrement mauvais étant donné que l’assassinat du Premier ministre Ytzhak Rabin avait eu lieu il y a 20 ans le mois dernier.

Alors quand Bennett est arrivé à New York cette semaine dans un voyage éclair rempli d’entretiens télévisés, de rencontres avec des Juifs Américains et de visites d’écoles juives (Bennett est à la fois le ministre de l’Education et des affaires de la Diaspora d’Israël), cela a dû lui faire une bouffée d’air frais.

J’ai rencontré Bennett mercredi et nous avons la question de savoir pourquoi il croit qu’Israël devrait annexer l’implantation d’Etzion en Cisjordanie, pourquoi il pense que les juifs réformés et conservateurs devraient se trouver aux côtés d’Israël et pourquoi il s’est détourné des réformes ultra-orthodoxes qu’il soutenait lorsqu’il a été élu pour la première fois à la Knesset en 2013

Voici une version condensée de notre conversation :

Uriel Heilman : A quoi ressemble votre vision de la solutions au conflit israélo-palestien ?

Naftali Bennett : Ma vision est que la Palestine doit avoir une autonomie sur stéroïdes tandis que nous appliquons la loi israélienne dans les territoires contrôlés par Israël en Judée et Samarie [la Cisjordanie]. Qu’est-ce que cela signifie ? Les Palestiniens votent pour eux-mêmes. A part la sécurité, ils gouvernent et contrôlent tous les aspects dans les zones : éducation, économie, infrastructure.

Ils disposent d’une liberté totale de mouvement à l’intérieur de la Judée et Samarie.

Dans le même temps, nous menons un effort international d’investissement massif pour l’infrastructure. Ce que je suggère, c’est moins qu’un État palestinien dans le sens primaire où la souveraineté signifie le contrôle de la sécurité et la liberté d’importer des armes, et c’est quelque chose que nous ne pouvons simplement pas accepter.

Alors pourquoi n’utilisez-vous pas la terminologie qui a été employée dans le passé : un État palestinien démilitarisé ?

C’est une créature qui n’existe pas selon le droit international. Vous ne pouvez pas forcer un État à être démilitarisé. Même si un État signe un traité où s’il s’engage à être démilitarisé, il n’y a pas de moyen d’annuler la création de l’État s’il viole le traité. Le terme ‘État palestinien démilitarisé’ est un oxymore.

Le terme ‘État palestinien démilitarisé’ est un oxymore,

Naftali Bennett

Votre vision est-elle tenable à long terme ?

Quelle est l’alternative ? Mon approche est un plan imparfait. Je ne suggère pas que nous allons chanter kumbaya. L’approche que je propose est raisonnable et saine. Au Moyen-Orient, nous n’avons pas le luxe de nous laisser aller à la fantaisie.

Si cela dépendait de moi, je n’attendrais pas.

Je commencerais avec le Gush Etzion [le bloc d’implantations en Cisjordanie à proximité de Jérusalem] et j’appliquerais la loi et la souverainneté israélienne sur le Gush Etzion en premier.

Annexion ?

Oui, Nous avons fait cela deux fois avant, les deux fois de manière unilatérale : à Jérusalem en 1967 et avec le Golan en 1981. Je ferais cela en 2015 également.

Alors votre point de vue est : nous devons nous soucier de ce qui est bon pour Israël, pas pour le reste du monde ou les Palestiniens.

Mon plan est également le meilleur de loin pour les Palestiniens.

Si nous devions accepter les demandes palestiniennes d’un état, il deviendrait au final un état du Hamas. Si Israël devait arrêter d’opérer dans les zones A et B [les zones palestiniennes de la Cisjordanie], en quelques jours Abu Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] serait renversé par le Hamas. Abu Mazen et le Fatah survivent grâce aux baïonettes de l’armée israélienne.

Vous avez exprimé votre tristesse et vos meilleurs sentiments à la famille de Yinon Magal lorsqu’il a démissioné, mais vous n’avez rien dit aux femmes qu’il aurait harcelées. Y-a-t-il quelque chose que vous voulez dire aux victimes présumées ?

J’ai dit tout ce que j’avais à dire publiquement sur ce sujet, il y a une semaine. Pourquoi ne parlons-nous pas d’éducation ?

Que voulez-vous me dire à propos de l’éducation ?

Nous faisons l’histoire. Pour la première fois, les Arabes apprennent l’hébreu dès la crèche ; jusqu’à maintenant, ils commençaient en CE2.

Le manque de la connaissance de la langue constitue l’une de plus grandes difficultés pour l’accès à l’emploi de Arabes.

Depuis le début d’Israël, les classes comptaient 40 enfants. Nous mettons en place une grande réforme où tous les élèves du CP sont maintenant dans des classes d’environ 28 enfants.

D’ici cinq ans, cela sera la taille moyenne dans toutes les écoles élémentaires.

Nous faisons un investissement massif dans l’éducation STEM. Pour Israël, conserver sa place incroyable en tant que plus grande concentration d’entreprises dans le domaine de la haute technologie après la Silicon Valley, nous avons besoin de plus d’ingénieurs et de mathématiciens. Nous avons trop d’avocats.

Et comment améliorer le système d’éducation ultra-ortohdoxe ?

De plus en plus d’Ultra-orthodoxes cherchent à aller à l’université, de plus en plus d’Ultra-orthodoxes veulent trouver un emploi. La communauté ultra-orthodoxe se rend compte que c’est dans leur intérêt de commencer à travailler. Nous allons le faire, mais mon approche est sans coercition, pas par la force, mais en rendant une meilleure éducation disponible. Je crois que c’est la façon de faire avancer les choses.

La coercition n’est-elle pas le seul moyen de faire enseigner des sujets comme les mathématiques et l’anglais dans des écoles ultra-orthodoxes ? Dans le dernier gouvernement, vous étiez un soutien ferme des réformes ultra-orthodoxes, y compris l’incorporation des ultra-orthodoxes dans l’armée. Pourtant le gouvernement actuel a reculé devant la plupart de ces réformes.

Je suis le plus grand soutien du travail et du service dans l’armée des ultra-orthodoxes. La question est comment. Nous devons être intelligents ici, pas seulement avoir raison. Etre intelligent signifie inciter les ultra-orthodoxes au travail et au service, pas les forcer.

Dans le dernier gouvernement, lorsque vous étiez ministre des affaires religieuses, vous avez parlé de faciliter les conditions de conversion et aussi les mariages non orthodoxes. Y-a-t-il eu des avancées sur ces questions ?

La réalité politique est que ce gouvernement est formé et basé sur une coalition d’ultra-orthodoxes qui n’acceptera aucun mouvement sur quelque question que ce soit sur la religion et l’état.

Alors je ne m’attends pas au moindre changement dans cette coalition, ni dans le futur avec des ultra-orthodoxes. Je pense que quiconque cherchant à être Premier ministre sait qu’il faut une coalition avec les ultra-orthodoxes.

Comment faites-vous la promotion d’Israël et renforcez-vous les relations Diaspora-Israël lorsque les juifs américains réformés et conservateurs voient leurs propres rabbins et convertis discrédités en Israël ?

C’est un problème. Mais c’est un État superbe dont chaque juif dans le monde peut être fier, avec toutes ses imperfections. Parlons ensemble. Nous avons beaucoup à apprendre de la Diaspora, tout particulièrement concernant l’ouverture, la tolérence de tous bords.

Partagez-vous le point de vue de certains dirigeants israélines qu’il n’y a pas de futur pour la Diaspora juive ?

Non. Depuis l’exile de Babylone, il y a toujours eu une puissante Diaspora. Bien sûr, j’aimerais bien que les Juifs fassent leur alyah, mais je suis bien conscient de beaucoup ne le feront pas. Et si dans le passé, nous considérions les Juifs américains soit comme des porte-monnaie ou comme une source d’alyah, je vais changer tout cela. Nous n’avons pas besoin de donations.

Israël est un état fort puissant et indépendant avec une économie puissante. Maintenant, les rôles sont inversés. Israël doit investir une partie de son budget, des centaines de millions de dollars israéliens, en partenariat avec des Juifs ici aux Etats-Unis, pour renforcer le lien entre les Juifs américains et Israël pour conserver la connexion des Juifs avec le judaïsme.

De tous les problèmes auxquels l’Etat d’Israël fait face, y compris l’Iran, des questions de sécurité, les ultra-orthodoxes, certainement dans le top 3 de la liste des choses qui me font perdre le sommeil se trouve le futur des Juifs d’Amérique. Nous devons agir. Dans 200 ans, on posera à chacun d’entre nous la question : en 2015, quand vous avez vu le rapport Pew [sur les Juifs aux Etats-Unis], qu’avez-vous fait pour garder les Juifs juifs ?

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