Rechercher
Analyse

Bennett dissout la Knesset pour sauver les implantations, sur fond de nouveaux défis

Le choix de recourir aux élections et passer en phase de transition n’est pas vraiment une surprise, après un an de luttes incessantes. La bataille en vue des élections commence

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre Naftali Bennett (G) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d'une conférence de presse conjointe à la Knesset à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)
Le Premier ministre Naftali Bennett (G) et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid lors d'une conférence de presse conjointe à la Knesset à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/FLASH90)

Bien que la décision du Premier ministre Naftali Bennett de clore le chapitre sur son gouvernement, lundi soir, ait surpris bon nombre de ses partenaires au sein de la coalition, les raisons en sont claires pour tous.

Bennett et le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid – qui succèdera Bennett comme Premier ministre de transition une fois la Knesset dissoute – ont dirigé ensemble ce qui aura été la coalition gouvernementale la plus inclusive d’Israël.

Cette alliance improbable de huit partis représentait tous les horizons électoraux, gauche, droite, centre et Arabes d’Israël, unis par le désir de priver Benjamin Netanyahu d’un nouveau mandat de Premier ministre. Hélas, a coalition a fait face à de profondes divisions idéologiques dès son premier jour, il y a un peu plus d’un an.

L’alliance a jeté un voile pudique sur ses différences, plutôt que de chercher à les surmonter. La stratégie a fonctionné un temps, mais le poids des divisions sur des questions importantes s’est avéré au final trop lourd à porter pour certains députés ou certains partis.

La coalition a buté sur des questions ou des circonstances où l’idéologie l’a emporté sur la sécurité. Nombre de différends ont tourné autour de questions sur lesquelles les nationalistes de Yamina et les tenants de la sécurité se sont opposés aux islamistes conservateurs de Raam, par exemple à l’occasion des émeutes dans le Neguev, de la loi interdisant aux Palestiniens mariés à des Israéliens d’obtenir la résidence permanente, des troubles à Jérusalem ou encore de la prorogation de la loi permettant d’appliquer la loi israélienne aux résidents d’implantations, goutte d’eau qui a résolument fait déborder le vase.

La Knesset avait jusqu’à la fin du mois de juin pour proroger la loi dite des résidents d’implantations avant qu’elle ne devienne caduque, pour la première fois depuis sa promulgation, en 1967. La dissolution du gouvernement avant l’expiration du délai légal aura pour effet de proroger automatiquement la loi six mois.

Bien que Bennett ait cité la loi sur les implantations comme motif immédiat de dissolution, il était déjà clair que les jours du gouvernement étaient comptés.

En avril, la coalition était passée d’une mince majorité de 61 à 60 députés au départ de son ex-présidente, la députée Yamina Idit Silman. En cours de route, il avait un temps perdu le soutien du parti islamiste Raam, ainsi que d’une députée arabe du Meretz. Alors que ces derniers revenaient à de meilleurs sentiments, c’est un autre député du parti Yamina de Bennett – Nir Orbach – qui quittait le navire, la semaine passée, en signe de protestation contre l’incapacité de la coalition à adopter le projet de loi sur les implantations. Le mandat de Bennett prend fin avec une coalition minoritaire, forte de seulement 59 députés.

Le leader de l’opposition et le chef du parti du Likud, Benjamin Netanyahu, lors d’une déclaration aux médias à la Knesset, à Jérusalem, le 20 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La décision de Bennett de mettre un terme à ses fonctions à ses conditions est fidèle au style de l’ancien commandant militaire, explique l’ex-député Yamina, Yomtob Kalfon, peu après l’annonce inattendue du Premier ministre.

« C’est logique, c’est très militaire », ajoute Kalfon, expliquant que la mentalité de Bennett était de « diriger », et non « d’être dirigé ».

Mais où la décision de Bennett conduit-elle le pays maintenant ?

Prochaines étapes

Selon Bennett et Lapid, le gouvernement devrait présenter un projet de loi pour dissoudre la Knesset la semaine prochaine, mais il n’est pas exclu qu’il le fasse plus tôt. Appuyé par le gouvernement, le projet de loi pourrait être adopté à l’issue de seulement trois lectures.

Dissoudre la Knesset et organiser de nouvelles élections peut se faire très rapidement, a indiqué l’expert en droit Chen Friedberg, de l’Institut israélien de la démocratie.

« Cela peut se faire en un jour si la coalition le souhaite », a-t-il précisé.

Normalement, les projets de loi soumis par le gouvernement passent en première lecture, avant examen par une commision en vue des deuxième et troisième lectures. Ces deux dernières lectures ont souvent lieu simultanément, et à l’issue de la troisième lecture, le projet devient loi.

Le projet de loi sur la dissolution de la Knesset doit être soumis à la commission de la Chambre des représentants de la Knesset, dirigée par le parlementaire renégat Orbach.

Si la Knesset était dissoute la semaine prochaine, les élections pourraient être organisées à la fin du mois d’octobre, le 25 ou peu après. La date précise sera fixée dans le projet de loi de dissolution, ajoute Friedberg.

Le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et le ministre de la Défense Benny Gantz assistent à une séance plénière à la Knesset, le 23 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il existe un délai minimum de 90 jours entre la dissolution de la Knesset et les élections, avec le risque de faire coïncider les élections avec les fêtes du Nouvel an juif. Pour en tenir compte, la date du scrutin serait reportée à fin octobre ou début novembre, le 25 octobre étant la toute première possibilité.

Une fois la Knesset dissoute, le plénum sera clos et le gouvernement passera en mode intérimaire. Certaines sessions extraordinaires pourront être convoquées, mais de manière générale, en-dehors de ces cas exceptionnels, la Knesset ne se réunira pas.

« Après la dissolution, la Knesset cesse ses fonctions », ajoute Friedberg.

Toutefois, les députés conservent leur poste jusqu’à la prestation de serment de la prochaine Knesset.

L’opposition a-t-elle dit son dernier mot ?

Le choix de la semaine prochaine comme moment pour dissoudre la Knesset répond à un arbitrage fin permettant de maximiser le temps pendant lequel l’actuel gouvernement peut encore se maintenir au pouvoir, fût-ce à titre intérimaire, et de déjouer les tentatives de l’opposition d’imposer un gouvernement alternatif via une procédure législative complexe, connue sous le nom de motion de censure constructive.

Le Likud a manifestement cherché à s’assurer les soutiens nécessaires à cette motion, qui éviterait de repasser aux urnes tout en le ramenant au pouvoir. La décision de Bennett et Lapid pourrait contrecarrer les plans du Likud, qui aura toutefois une dernière occasion de soumettre sa motion, demain mercredi, pour succéder au gouvernement de Bennett et Lapid, sans élections.

Actuellement, l’opposition compte 55 sièges répartis entre le bloc religieux de droite du Likud et six autres du parti majoritaire de la Liste arabe unie, qui ne soutiendra pas un gouvernement dirigé par Netanyahu.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked tient une conférence de presse à l’aéroport international Ben Gourion, annonçant de nouveaux critères d’admission des réfugiés, le 13 mars 2022. (Crédit : Roy Alima/Flash90)

Toutefois, et c’est important pour le bloc dirigé par le Likud, le gouvernement compte nombre d’ex-membres et alliés du Likud qu’il tente de rallier pour obtenir les six voix nécessaires à l’obtention des fatidiques 61 voix. Netanyahu, dans des propos tenus lundi soir à propos de la disparition de la « pire coalition jamais formée » en Israël, n’a pas exclu la possibilité d’un gouvernement alternatif.

Des députés du parti Yamina de Bennett, parmi lesquels Abir Kara, se sont déclarés favorables à la formation d’un gouvernement de droite au sein de l’actuelle Knesset. Le parti Tikva Hadasha de Gideon Saar aurait été en pourparlers avec le Likud, plus tôt ce mois-ci, mais le refus de l’opposition de soutenir son projet de loi sur les implantations aurait nui aux négociations.

Les membres de ces deux partis de coalition redoutent l’éventualité d’une nouvelle campagne électorale, que leurs opposants de droite pourraient mettre à profit pour dénoncer leur partenariat avec les Arabes et les forces de gauche du gouvernement actuel, susceptible de leur couter leur siège à la Knesset.

Autre éventualité, certes un peu tirée par les cheveux, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked pourrait elle aussi changer de camp. Si Shaked, actuellement en déplacement officiel à l’étranger, fait vite, elle peut démissionner de son poste ministériel et retourner à la Knesset sous 48 heures en vertu de la loi dite norvégienne. Cela permettrait de se débarrasser de la députée Yamina Shirly Pinto, qui n’est pas considérée comme une possible renégate, et permettrait à Shaked d’apporter sa voix à un gouvernement alternatif, si elle le souhaite.

Manifestement inquiet des possibles machinations de Shaked, Netanyahu et d’autres encore, la coalition aurait décidé, lundi soir, de ne pas laisser le temps à Shaked de mettre ce plan à exécution et renforcer un possible gouvernement alternatif. Selon le porte-parole du président de la Knesset, Mickey Levy, les députés souhaiteraient voter dès ce mercredi pour en finir avec la 24e Knesset.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...