8 ministres protestent contre la réponse du gouvernement au terrorisme
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8 ministres protestent contre la réponse du gouvernement au terrorisme

Le ministre de l’Education a critiqué le Premier ministre, l’accusant de passer plus de temps à discréditer ses opposants politiques qu’à lutter contre le terrorisme

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett lors d'un rassemblement contre les attentats actuels contre des Israéliens, en Cisjordanie devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 16 décembre 2018 (Autorisation)
Le leader du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett lors d'un rassemblement contre les attentats actuels contre des Israéliens, en Cisjordanie devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 16 décembre 2018 (Autorisation)

Dimanche, neuf ministres du gouvernement, dont Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi, et quatre autres ministres du Likud, ont participé à une manifestation contre le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ils l’accusent de faire preuve de faiblesse dans la lutte contre le terrorisme en Cisjordanie.

Bennett s’est exprimé lors d’une manifestation devant le Bureau du Premier ministre. Il a accusé Netanyahu de ne pas réussir à protéger les Israéliens contre les attaques terroristes. Il s’en est ensuite pris au Premier ministre lors d’une réunion du cabinet pour sa politique sécuritaire.

S’adressant à une foule d’environ 200 activistes de droite qui demandent une réponse plus forte aux récentes attaques terroristes en Cisjordanie, le ministre de l’Education a dit que les « responsables de la sécurité… ont choisi les droits des Palestiniens aux dépens de la sécurité des Israéliens ».

Bennett a déclaré que Netanyahu s’est nommé lui-même ministre de la Défense il y a deux semaines – un poste que le chef de HaBayit HaYehudi convoitait – et qu’il a « promis de changer sa politique, de prendre le dessus » sur les ennemis d’Israël.

« Cela n’a toujours pas eu lieu », a attaqué Bennett devant une banderole où l’on pouvait lire « Nous ne resterons plus silencieux car nous en avons marre de mourir ».

« Bibi, démissionne, on ne veut plus de toi ! », criait le foule, utilisant le surnom du Premier ministre.

La manifestation, à laquelle participait huit autres ministres dont quatre ministres du Likud, suivait d’autres manifestations organisées jeudi et samedi soir, après une semaine d’attaques en Cisjordanie.

Jeudi, deux soldats israéliens ont été tués, et un troisième gravement blessé. Une femme israélienne a été sérieusement blessée dans une attaque terroriste à proximité de l’implantation de Givat Assaf. Dimanche dernier, sept Israéliens ont été blessés dans une attaque terroriste qui s’est produite à proximité de l’implantation d’Ofra. Une femme enceinte, qui avait été touchée dans l’attaque, a perdu son bébé mercredi.

Dans ses commentaires publics à l’ouverture de la rencontre du cabinet, Netanyahu a dit que le gouvernement a répondu aux attaques en prenant « des mesures fermes pour [renforcer] la sécurité des implantations ».

« Nos forces ont localisé et tué deux des terroristes, le troisième s’est rendu de lui-même. Nous essayons de trouver le quatrième et de faire pareil avec lui », a déclaré le Premier ministre.

Une fois les caméras parties, Bennett s’en serait pris à Netanyahu, le rendant responsable de la recrudescence des attaques et d’une flambée potentielle de violences graves et régulières dans la région.

Après qu’Ayelet Shaked, ministre de la Justice et numéro deux de HaBayit HaYehudi, a annoncé qu’elle s’abstiendrait au vote à la Knesset cette semaine pour confirmer Netanyahu comme ministre de la Défense, Bennet a dit au Premier ministre, « Vous ne pouvez pas être ministre de la Défense, l’agitation en Cisjordanie pèse sur Tsahal ».

Shaked, qui a aussi attaqué Netanyahu dans son propre discours à la manifestation, a déclaré lors de la rencontre du cabinet que « Bennett devrait être ministre de la Défense ».

Dans un échange dur impliquant plusieurs ministres, d’abord rapporté par Hadashot TV et ensuite confirmé au Times of Israël par une source de la coalition, Netanyahu a répondu : « vous deux faites quelques chose d’inapproprié qu’il ne faudrait pas faire. Les responsables de la défense agissent comme il convient ».

Faisant référence à la promesse non réalisée de Bennett de quitter la coalition s’il n’était pas nommé ministre de la Défense, Netanyahu l’a provoqué : « On connaît déjà vos ultimatums ».

Bennett a rétorqué : « C’est dommage que vous ne luttiez pas contre le terrorisme comme vous le faites contre vos propres ministres ».

Des habitants d’implantation et des activistes de droite protestent contre les attentats contre les Israéliens en Cisjordanie devant le bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 16 décembre 2018 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Quand Yisrael Katz, ministre des Transport, a pris la défense de Netanyahu, affirmant qu’il faisait un « super boulot », Shaked lui a dit ainsi qu’au Premier ministre d’ « arrêter les conneries ». Elle a ajouté que Katz essayait de se faire bien voir par Netanyahu car il voulait lui-même être nommé ministre des Affaires étrangères, un autre poste actuellement tenu par Netanyahu. Le Premier ministre a promis qu’il céderait ce poste à un autre ministre en janvier.

Après la réunion très tendue, le Likud a publié un communiqué : »Bennett a commencé la journée avec une manifestation contre le gouvernement auquel il appartient lui-même. Il a ensuite poursuivi avec un caprice enfantin lors de la rencontre du cabinet dans une tentative désespérée afin d’obtenir le portefeuille de la Défense ».

HaBayit HaYehudi a publié son propre communiqué déclarant que « Netanyahu est paralysé par la peur des juristes et du procureur général. L’ennemi a compris cela et n’a donc plus peur ».

« Au lieu de combattre contre HaBayit HaYehudi, poursuivait le communiqué, le temps serait venu pour que le Premier ministre en finisse avec ‘la fausse justice et la fausse morale’ pour lutter contre le terrorisme ».

Ces propos suivent de récents plaidoyers de Bennett qui estime que l’armée est dorénavant trop inquiète des aspects juridiques de la guerre pour combattre avec efficacité. Au rassemblement de dimanche matin, Bennett a clamé qu’une conséquence de cette préoccupation était l’incapacité de Netanyahu à mener à bien les démolitions des maisons des terroristes immédiatement après un attentat commis.

Ari Fuld, poignardé à mort par un terroriste palestinien aux abords d’un centre commercial de Cisjordanie le 16 septembre 2018. (Crédit : Facebook)

L’armée israélienne a fait savoir dimanche qu’elle avait l’intention de sceller le domicile d’un terroriste palestinien qui avait mortellement poignardé au mois de septembre un ressortissant américano-israélien, Ari Fuld. Samedi, les militaires ont démoli l’habitation d’un Palestinien qui avait été accusé d’avoir tué un soldat, le sergent Ronen Lubarsky, au début de l’année. L’armée avait actionné des explosifs dans l’immeuble de quatre étages habité par la famille d’Islam Yousef Abu Hamid dans le camp de réfugiés d’al-Amari, à proximité de Ramallah.

Bennett, aux côtés de Shaked, a appelé Netanyahu à tenir une promesse qu’il avait faite au préalable : celle de détruire les habitations dans un délai de 48 heures après les attentats, et de ne pas attendre des mois pour ce faire. « Faites ce que vous avez dit que vous feriez », a-t-il lancé.

Dans son allocution, Shaked a estimé que le gouvernement devait faire « de nombreuses, très nombreuses choses jamais réalisées auparavant », notant la nécessité d’empêcher les versements faits par l’Autorité palestinienne aux familles de terroristes et l’autorisation de construire davantage dans les implantations de Cisjordanie.

En plus de Bennett et de Shaked, le ministre de l’Agriculture Uri Ariel du parti HaBayit HaYehudi a assisté au rassemblement. Le ministre du Tourisme Yariv Levin, le ministre de l’Environnement Zeev Elkin, le ministre de la Science Ofir Akunis et celui des Affaires sociales Haim Katz — tous membres du Likud – étaient également présents. Les ministres Eli Cohen et Yoav Gallant du parti Koulanou ont également pris la parole.

Les deux leaders de HaBayit HaYehudi ont aussi demandé l’avancée d’une législation qui exigera de l’Etat de légaliser 66 avants-postes situés dans les profondeurs de la Cisjordanie.

Le projet de loi est connu comme Loi dite de régulation 2 et cherche à régulariser la situation des communautés installées au-delà de la Ligne verte depuis plus de 20 ans, au vu du gel par la Haute cour de justice de la Loi dite de Régulation qui avait été adoptée au mois de février 2017.

Las de la gestion par l’Etat de sa proposition, à la veille du deuxième anniversaire de son approbation par la Knesset, Bezalel Smotrich, de la formation HaBayit HaYehudi, a présenté la loi de Régulation 2, qui se concentre sur les avants-postes illégaux construits sur des terrains considérés comme appartenant à l’Etat plutôt que sur des terres privées palestiniennes.

Après la rencontre du cabinet, la commission des Lois a voté en faveur d’un soutien de la coalition au texte lors de sa lecture préliminaire à la Knesset.

Jacob Magid a contribué à cet article.

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