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Bennett se sépare de son propre parti, tandis que des députés s’en prennent à Silman

L'ancien Premier ministre quitte Yamina pour permettre à ses alliés de rejoindre d'autres partis ; Silman devra quitter la Knesset si elle souhaite se présenter aux élections

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre de l'époque, Naftali Bennett, et la députée Idit Silman à la Knesset, le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre de l'époque, Naftali Bennett, et la députée Idit Silman à la Knesset, le 13 juin 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’ancien Premier ministre, Naftali Bennett, a annoncé se séparer de son propre parti Yamina afin de permettre à deux législateurs alliés de quitter Yamina et de rejoindre d’autres partis sans avoir à démissionner de leur siège à la Knesset. Mais la députée rebelle du parti, Idit Silman, ne pourra pas bénéficier du même échappatoire.

Dans la mesure où les députés ne peuvent pas être membres de deux partis simultanément, les législateurs en exercice doivent soit quitter leur parti actuel, soit se séparer dans le cadre d’un groupe de membres du parti pour former une nouvelle faction, soit démissionner de leur siège afin de se présenter aux côtés d’une autre formation lors des élections législatives. En vertu de ces règles complexes, tous les cas, à l’exception des démissionnaires, doivent être approuvés par la commission de la Chambre de la Knesset. Le départ d’un parti à titre individuel nécessite l’approbation de toute la faction, tandis que le départ de trois députés en tant que nouvelle faction permet de passer outre l’approbation du parti.

Silman a accéléré le processus qui a conduit à la dissolution du gouvernement sortant en démissionnant en avril de la coalition qu’elle dirigeait. Après que la commission de la Chambre a bloqué lundi sa demande de scission de Yamina – et approuvé la demande similaire des trois autres députés – elle doit maintenant démissionner de son siège à la Knesset et être acceptée sur la liste d’un autre parti si elle souhaite pouvoir se présenter aux élections législatives du 1er novembre.

Pour leur part, Bennett, Matan Kahana et Shirley Pinto, qui appartiennent tous à Yamina, ont retiré leurs trois sièges du parti dorénavant placé sous la coupe d’Ayelet Shaked – qui n’en compte donc désormais plus que quatre. Kahana et Pinto pourront maintenant se présenter aux côtés des partis différents aux prochaines élections législatives.

Le parti Yamina de Shaked s’est associé à Derech Eretz pour se présenter aux prochaines élections sous le nom de parti « Esprit sioniste », dont le score est actuellement inférieur au seuil de 3,25 % des voix nécessaire pour entrer à la Knesset.

Plus tôt dans la journée de lundi, Kahana, Pinto et Silman étaient parvenus à un accord avec Yamina, accord qui leur permettait de quitter le parti individuellement – mais le départ de Silman a été bloqué par plusieurs députés de la coalition au sein de la commission de la Chambre de la Knesset, dont l’approbation était nécessaire pour que la scission procédurale puisse avoir lieu.

Dans un mouvement coordonné par la cheffe de faction du Meretz, Michal Rozin, et par la députée Yisrael Beytenu, Yulia Malinovsky, quatre membres de la coalition au sein du comité ont torpillé l’initiative de séparation officielle entre Silman et Yamina. Si Kahana et Pinto ne faisaient pas partie initialement de ce plan, ils ont finalement décidé de franchir le pas avec Bennett au lieu de quitter Yamina à titre individuel.

« Silman n’a que ce qu’elle mérite », a crié Malinovsky, après la mise en échec de la motion de la commission de la Knesset – une mise en échec dont elle a été l’artisane aux côtés de la députée travailliste Emilie Moatti et des législateurs de Yesh Atid Boaz Toporovsky et Moshe Tur-Paz.

La députée Idit Silman présidant une commission de la Santé de la Knesset, le 7 juin 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Bennett, qui quittera la politique après les élections législatives de novembre, devrait fusionner sa nouvelle faction avec Yamina, et Silman sera finalement la seule à subir les conséquences de cette initiative.

Alors que Silman a refusé de dire quelles étaient les raisons pour lesquelles elle souhaitait rester membre de la Knesset – plutôt que de simplement la quitter – certains législateurs et des sources de Yamina ont déclaré que la députée ne désirait tout simplement pas perdre son salaire, son personnel et ses avantages, notant qu’une campagne faite depuis le perchoir restait préférable.

Le Premier ministre suppléant, Naftali Bennett, témoignant devant la commission d’enquête sur la catastrophe de Nahal Tzafit à Tel Aviv, le 1er août 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Puisque Kahana, Pinto et Bennett ont quitté Yamina sans quitter la Knesset, le parti ne comptera plus que les législateurs Abir Kara, Nir Orbach, Yomtob Kalfon et Silman. La cheffe de la faction, Ayelet Shaked, est ministre, mais elle n’est pas députée.

Amichai Chikli, député de Yamina, avait quitté la Knesset le mois dernier afin de pouvoir se présenter dans un parti existant en novembre, ce qui a permis à Kalfon de prendre sa place et de reconstituer la représentation parlementaire de Yamina.

Après des semaines de négociations avec Shaked, l’ancien ministre des Affaires religieuses, Kahana, a choisi dimanche de s’aligner sur le Parti du Camp national, une union de centre-droit formée par le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, et le chef de Tikva Hadasha, Gideon Saar.

Une source proche de Kahana a déclaré que l’un des points de friction majeur était que l’ancien ministre n’était pas satisfait que Shaked se soit engagée à garder les sièges du parti Esprit sioniste hors d’un éventuel gouvernement de droite étroite dirigé par le leader de l’opposition, Benjamin Netanyahu.

Le ministre des Affaires religieuses, Matan Kahana, lors d’une conférence du groupe ‘Besheva’ à Jérusalem, le 1er août 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que certaines informations et une source de Yamina ont déclaré lundi que Kara envisageait également de se séparer du parti, Kara et son porte-parole ont démenti ces affirmations.

Orbach, qui dirigeait la réunion de la commission de la Chambre qui a traité les demandes de scission d’avec le parti, a plaisanté sur la question de savoir s’il appartenait toujours à la faction Yamina.

« Je n’en suis plus sûr », a déclaré Orbach, le président de la commission, en réponse aux commentaires de ses collègues législateurs sur son statut au sein de la formation.

Silman et Orbach avaient accéléré l’effondrement de la coalition qui dirigeait l’État d’Israël. Silman avait donné l’impulsion initiale en faveur de la dissolution, et l’ancien Premier ministre Bennett avait indiqué que l’intention d’Orbach de voter en faveur de la dissolution de la Knesset avait été un facteur décisif dans sa décision de mettre fin à son gouvernement. Orbach, qui espère également être nommé à terme ministre du Likud, n’a pas dit s’il se joindra au parti Esprit sioniste lors des élections législatives de novembre.

Yamina, des sources du Likud et les médias israéliens affirment tous que Silman est une « fiancée potentielle » dans le cadre d’un mariage arrangé par le Likud avec le parti Sionisme religieux. Après avoir été courtisée par l’opposition, les sources du Likud disent que le parti veut trouver une solution élégante pour « prendre soin » de Silman, sans nécessairement lui donner une place réservée sur la liste – déjà bondée – du Likud.

Silman a nié l’existence d’un tel accord lors d’un entretien avec le Times of Israel, tandis qu’un porte-parole de Bezalel Smotrich, leader du parti Sionisme religieux n’était, a priori, pas disponible pour répondre à une demande de commentaires.

La députée Shirly Pinto lors d’une réunion de la commission de la Chambre de la Knesset, à Jérusalem, le 25 avril 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

D’autres députés ont également démissionné de la Knesset à l’approche des élections, mais avec des conséquences moins spectaculaires pour leurs anciens foyers politiques.

Lundi, l’ancien député de Yisrael Beytenu, Eli Avidar, a démissionné afin de diriger son parti naissant mais déjà baptisé, Israel Hofshit (« Israël Libre »).

« Aujourd’hui, je m’engage dans une nouvelle aventure. Je me sens dans l’obligation de rendre mon siège le plus tôt possible, car si cette restitution est une étape légale nécessaire, c’est aussi la chose la plus correcte et la plus morale à faire », a déclaré Avidar.

Bien qu’il soit techniquement interdit d’appartenir à deux partis simultanément, les législateurs sont amenés à changer de parti au cours de la période précédant les élections et les adhésions se chevauchent.

Après avoir annoncé que son nouveau parti porterait le nom d’Israel Hofshit, au début du mois d’août, Avidar avait été critiqué par une ONG israélienne portant le même nom en hébreu.

Le député Eli Avidar à l’ouverture de la session d’été de la Knesset, à Jérusalem, le 9 mai 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au début du mois, Michal Shir, députée de Tikva Hadasha, avait démissionné de son siège pour rejoindre la liste Yesh Atid du Premier ministre Yair Lapid. Elle a été remplacée lundi par le candidat dont le nom suivait sur la liste de Tikva Hadasha, le nouveau député Mishel Buskila.

Gadi Yevarkan, législateur du Likud, a également démissionné au début du mois d’août pour briguer une place réservée aux immigrants sur la liste du Likud, plutôt que de participer à la primaire ouverte. S’il s’agissait d’un pari qui aurait pu lui ouvrir la voie à une réelle place à la Knesset, la place réservée aux immigrants a été remportée par le Canadien-Israélien Dan Ilouz. La place de Yevarkan a été accordée lundi à Tali Ploskov.

Si les députés dissidents conserveront leur liberté politique, ils ne bénéficieront pas d’un financement électoral. Pour respecter la date limite de financement, ils auraient dû se séparer de leur formation au plus tard trois jours après la dissolution de la Knesset, le 30 juin.

Lundi, les partis constitutifs de Yahadout HaTorah, Degel HaTorah et Agudat Yisrael, se sont, eux aussi, théoriquement séparés, mais ils conserveront leur financement, car les formations politiques peuvent conserver leurs fonds au-delà de la date limite fixée pour les législateurs individuels.

Un porte-parole du leader de Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, le président de Degel HaTorah, a déclaré que la scission était une procédure préélectorale de routine visant à assurer le contrôle des financements accordés et non le signal que les partis seraient prêts à s’aligner dans des courses séparées.

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