Bennett signe l’ordre de détention administrative d’un terroriste juif
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Bennett signe l’ordre de détention administrative d’un terroriste juif

Le jeune militant d'extrême-droite avait été ré-arrêté après avoir été libéré de prison pour manque de preuves ; un responsable évoque "une personnalité violente et radicale"

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Eliya Ben David. (Crédit : Yair Oriel)
Eliya Ben David. (Crédit : Yair Oriel)

Le ministre de la Défense Naftali Bennett a signé l’ordre de détention administrative d’un terroriste juif présumé après qu’un tribunal a ordonné sa libération de prison en raison d’un manque de preuves, dans la journée de lundi.

Cette mesure est rarement prise contre des suspects juifs et l’organisation d’aide juridique Honenu, qui représente le jeune homme de 19 ans, a fait savoir que son client était actuellement le seul Juif israélien placé en détention administrative.

Cette pratique est bien plus banale concernant les Palestiniens. Au mois de janvier 2020, 464 d’entre eux se trouvaient derrière les barreaux sans autre forme de procès, selon le groupe de défense des droits humains B’Tselem.

La détention administrative permet l’incarcération pour une période indéfinie des individus soupçonnés de terrorisme, sans qu’ils ne soient jugés. Si les détenus peuvent faire appel de la détention en elle-même devant la Haute Cour de justice ou devant des juridictions inférieures, les suspects ne peuvent avoir droit à un procès en bonne et due forme ou avoir accès aux preuves qui ont été réunies contre eux.

Tandis que l’identité du suspect ainsi que les détails concernant les accusations retenues contre lui avaient été dans un premier temps interdits de publication, la cour de district de Lod a accédé à la requête de Honenu de révéler certains éléments. Dans la nuit de lundi, le jeune homme a donc été identifié comme étant Eliya Ben David, soupçonné d’avoir jeté une pierre sur un véhicule qui s’approchait de lui, blessant modérément un Palestinien à la tête.

Ben David avait été interpelé dimanche dernier par la police, en Cisjordanie. Il avait été ensuite transféré sous la garde des services de sécurité du Shin Bet en vue d’un interrogatoire, a indiqué un porte-parole de Honenu. Pendant ce temps, il lui avait été interdit de rencontrer un avocat – une tactique parfois employée par les forces de l’ordre lorsqu’elles enquêtent sur des dossiers qui, selon elles, présentent un caractère d’urgence en termes de sécurité.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett lors d’une conférence organisée par le journal Makor Rishon au centre de Convention internationale à Jérusalem, le 8 décembre 2019. (Yonatan Sindel/Flash90)

Mais après plus d’une semaine en prison, la cour de district de Lod a ordonné la libération de Ben David en raison du manque de preuves accumulées contre lui. Dans son jugement, le magistrat Ido Druyan-Gamliel a critiqué la gestion de l’affaire par les enquêteurs, disant que « nous ne pouvons pas continuer comme si rien ne s’était passé », ordonnant que le procès-verbal de l’audience soit transféré au bureau du procureur du district de Jérusalem ainsi qu’au Shin Bet et à l’unité des crimes majeurs du district de Judée-Samarie (Cisjordanie) en vue d’une enquête interne.

L’adolescent a toutefois été appréhendé avant même qu’il ne quitte le tribunal après la signature par Bennett d’un ordre de détention administrative qui permettra de placer Ben David en détention pendant 30 jours, sans nécessité de l’amener devant un juge ou de présenter des preuves.

Un responsable de la sécurité qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat a estimé que l’accusé était « une personne radicale et violente, soupçonnée de s’être impliquée récemment dans des activités violentes contre les Palestiniens ».

« La détention administrative est un outil préventif, pas punitif, qui n’est utilisé que dans les cas où il est impossible d’écarter une menace d’une autre façon », a commenté le responsable qui a ajouté que la situation sécuritaire actuellement sensible en Cisjordanie exigeait une telle mesure.

Il y a eu, ces dernières semaines, une recrudescence des violences en Cisjordanie suite à la publication du plan de paix de Trump.

Adi Keidar, l’avocat de Honenu qui représente Ben David, a fustigé Bennett pour la signature d’un ordre qui, a-t-il affirmé, prive son client de ses droits malgré la conclusion des juges concernant l’insuffisance des preuves rassemblées contre le jeune homme.

Keidar a affirmé dans un communiqué que « le système pourtant chargé de faire appliquer la loi est tombé bien bas ».

Des activistes de droite affrontent la police aux abords du tribunal de Rishon Lezion pendant une audience consacrée à de jeunes suspects Juifs impliqués dans le meurtre d’une Palestinienne, le 31 décembre 2018 (Crédit : Flash90)

Dans la nuit de lundi, une vingtaine de militants d’extrême-droite se sont réunis aux abords du domicile de Bennett à Raanana, demandant que le ministre de la Défense revienne sur sa décision. Trois manifestants ont été arrêtés par la police, selon un porte-parole de Honenu, qui a déclaré que plusieurs députés de droite avaient tenté de convaincre le ministre de la Défense de changer d’avis.

Ben David appartient à une famille orthodoxe connue de Nof Hagalil, une ville du nord du pays où son père est le directeur d’une école élémentaire.

Ce placement en détention fait suite à plusieurs autres arrestations rares dans des affaires de terrorisme juif, qui restent largement non résolues en général.

Le mois dernier, le bureau du procureur du district de Jérusalem a mis en examen un activiste juif d’extrême-droite, Dor Oved, qui est accusé d’avoir tenté de commettre un crime de haine dans une ville arabe israélienne.

Oved avait pris un bus depuis sa ville natale de Mevasseret Zion, au nord-ouest de Jérusalem, pour se rendre dans le village voisin d’Abu Ghosh, tard dans la nuit du 4 janvier, selon l’acte d’inculpation. Le suspect transportait un sac dans lequel se trouvaient un couteau, du carburant, un briquet, une bombe de peinture, un spray au poivre et des gants, avait noté l’acte de mise en examen qui précisait qu’Oved avait prévu « d’endommager les biens des résidents d’Abu Gosh en raison de son mobile idéologiquement raciste d’hostilité à la population arabe ».

Une voiture de police qui patrouillait dans le secteur avait remarqué Oved, qui avait éveillé les soupçons en tentant de se débarrasser du couteau qui se trouvait en sa possession. Il avait été appréhendé et interrogé, et n’avait pas eu le droit de rencontrer un avocat pendant une semaine.

Une semaine plus tôt, la cour des magistrats de Petah Tikva avait assigné à domicile trois suspects appartenant à l’extrême-droite israélienne impliqués dans un dossier sécuritaire similaire. Ce jugement avait eu lieu plusieurs jours après que le magistrat Ophir Katavi-Rivlin a réprimandé le Shin Bet pour les tactiques qu’il avait employées pour interroger deux des suspects juifs impliqués, qui avaient été notamment privés de sommeil ou dont les interrogatoires avaient eu lieu au milieu de la nuit.

Le Shin Bet avait pour sa part démenti avoir fait usage de procédures illégales.

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