Berlin : 10 000 kippas distribuées par les militants dans les parcs dimanche
Rechercher

Berlin : 10 000 kippas distribuées par les militants dans les parcs dimanche

Les gens feront l'expérience de la vulnérabilité des Juifs en Allemagne en portant une kippa, ont expliqué les organisateurs

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Felix Klein dans son discours à la manifestation "Berlin porte une kippah", le 25 avril 2018 (Autorisation BMI)
Felix Klein dans son discours à la manifestation "Berlin porte une kippah", le 25 avril 2018 (Autorisation BMI)

Suite à une série d’actes antisémites en Allemagne et d’importantes démonstrations de solidarité avec la communauté juive de Berlin, les militants de la ville ont distribuer 10 000 kippas aux passants dans les lieux publics de la ville lors d’une autre forme de manifestation dimanche. L’objectif, selon les organisateurs, est une sorte de rassemblement plus personnel et moins politique contre l’antisémitisme dans la ville.

Les kippas seront distribuées par des petits groupes bénévoles de Juifs et de non-Juifs dans les parcs municipaux. Cet événement est complémentaire à la campagne « Berlin porte la kippa » qui a eu lieu mercredi, ont indiqué les organisateurs.

Lors de cet événement, environ 2 000 participants ont arboré la kippa lors d’un rassemblement organisé devant la synagogue de la ville. L’événement de dimanche, appelé « #kippaheadsup », encouragera ceux qui ne sont pas actifs politiquement ou qui connaissent mal la problématique à porter une kippa pour ressentir la vulnérabilité que peut donner le port d’un signe distinctif juif au quotidien.

« Hier, nous avons porté une kippa mais dans un endroit sûr », a commenté Anne, 30 ans, l’une des organisatrices de l’événement dans la journée de jeudi. « Beaucoup de gens n’ont aucun signe ostentatoire qui les marginalise et peut-être pourront-ils être davantage sensibilisés à cela », a ajouté Anne, qui a refusé de donner son nom de famille parce qu’elle occupe une fonction politique au Parlement allemand.

Le groupe, principal organisateur de l’événement – formé de Juifs et de non-Juifs – a fait en sorte que la manifestation soit non-partisane et qu’elle mette uniquement sous le feu des projecteurs les individus sur le terrain. Des initiatives antérieures, et notamment celle de mercredi, ont été politisées dans une certaine mesure par tous les partis, ont expliqué les organisateurs.

Les participants à la manifestation « Berlin porte la kippa », plus de 2 000 juifs et non-juifs portant la calotte traditionnelle en signe de solidarité avec les juifs, le 25 avril 2018 à Berlin, après que l’Allemagne a été secouée par une série d’incidents antisémites. (AFP PHOTO / Tobias SCHWARZ)

« Nous essayons de ne pas étiqueter l’événement au nom de partis politiques. Nous ne voulons pas que les têtes parlantes, nous ne voulons pas que les politiciens l’utilisent », a dit Anne. « Nous ne sommes que des citoyens de Berlin qui avons ressenti le besoin de faire quelque chose ».

Une petite manifestation organisée dans le district de Neukoelln, de la ville, mercredi, au coeur de la communauté musulmane de la capitale, pourrait avoir été mise en place par des provocateurs d’extrême-droite plutôt que par des manifestants désirant sincèrement combattre l’antisémitisme, a noté Anne.

Jannik Schaefer, 29 ans, a expliqué avoir décidé de s’impliquer dans l’organisation de la prochaine manifestation après avoir entendu des propos antisémites dans un bar, la semaine dernière. Le jour suivant, un Syrien de 19 ans a attaqué deux jeunes qui portaient des kippas à Berlin en criant « Yahud » — « Juif » en arabe – alors qu’il frappait l’une de ses victimes avec une ceinture.

Le jeune pris pour cible, un arabe israélien de 21 ans appelé Adam Armush, a posté une vidéo de l’agression sur internet qui est devenue virale, entraînant de larges condamnations. Armush a expliqué avoir mis la kippa pour voir s’il était sûr de marché en public habillé avec un signe distinctif juif.

Suite à l’attaque, le chef du conseil central des Juifs en Allemagne, Josef Schuster, a conseillé à sa communauté de ne pas porter la kippa en public dans une interview accordée à Radioeins.

« J’ai été très déconcerté. Après quelques heures, ce sentiment a persisté. Je ne veux pas vivre dans une ville où c’est la norme. J’ai dit à ma petite amie que j’allais porter une kippa. Elle m’a répondu : ‘Non, ne le fais pas, c’est dangereux’, alors j’ai dit que nous en porterions tous », a expliqué Schaefer.

L’organisateur de l’événement Jannik Schaefer (Autorisation)

Le groupe de quatre ou cinq organisateurs se sont mis en relations par le biais d’amis communs et a commencé à coordonner l’événement avec l’aide des groupes communautaires juifs locaux, ce qui a également permis à faciliter la commande rapide de 10 000 kippas en Israël. Environ 120 bénévoles distribueront les kippas à travers Berlin.

Schaefer, qui n’est pas Juif, a participé au rassemblement massif de mercredi, auquel a également assisté le maire de Berlin Michael Mueller. Il est parti en portant encore sa kippa, a-t-il raconté.

« J’ai me suis posé la question : ‘Est-ce que je l’enlève, ou est-ce que je la garde ?’ et je l’ai gardée. Et dès que vous retournez dans le monde réel où tout le monde n’en porte pas, cela devient une nouvelle expérience, quelque chose qu’il vous faut gérer et ressentir », a-t-il raconté. « Nous voulons sensibiliser les gens, ressentir de l’empathie et nous rapprocher un petit peu », a-t-il conclu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...