Bolton : Trump a donné son feu vert à Netanyahu pour qu’Israël attaque l’Iran
Rechercher

Bolton : Trump a donné son feu vert à Netanyahu pour qu’Israël attaque l’Iran

L'ex-conseiller à la Sécurité nationale américaine écrit dans son livre que Kushner a bloqué les appels de Netanyahu au président contre la rencontre du ministre iranien Zarif

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton, à Jérusalem, le 6 janvier 2019. (Matty Stern/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le conseiller américain à la sécurité nationale John Bolton, à Jérusalem, le 6 janvier 2019. (Matty Stern/ Ambassade des États-Unis à Jérusalem)

Dans une fuite du manuscrit de son prochain livre, l’ancien conseiller américain à la Sécurité nationale John Bolton a déclaré que le président américain Donald Trump avait donné au Premier ministre Benjamin Netanyahu le feu vert pour attaquer l’Iran.

Trump a déclaré à Bolton en juin 2017 qu’il avait déjà promis son soutien à une telle action israélienne lors de discussions directes avec Netanyahu, mais a demandé à Bolton de rappeler au Premier ministre israélien sa position, selon les extraits des mémoires de Bolton à la Maison Blanche, The Room Where it Happened.

Bolton écrit : « J’ai mis en garde Trump contre le gaspillage de capital politique dans une recherche insaisissable de solution au conflit israélo-arabe et j’ai fermement soutenu le déplacement de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, la reconnaissant ainsi comme capitale d’Israël. Concernant l’Iran, j’ai insisté sur le fait qu’il devait continuer à se retirer de l’accord nucléaire et j’ai expliqué pourquoi l’utilisation de la force contre le programme nucléaire iranien pourrait être la seule solution durable.

« Dites à Bibi [Netanyahu] que s’il utilise la force, je le soutiendrai. Je lui ai déjà dit cela, mais dites-lui à nouveau », a dit Trump, sans que je ne l’y incite », poursuit Bolton.

Le président américain Donald Trump, à gauche, rencontre le président sud-coréen Moon Jae-In dans le Bureau oval de la Maison Blanche à Washington, alors que le conseiller national à la sécurité John Bolton, à droite, observe le 22 mai 2018. (Evan Vucci/AP)

L’ancien conseiller américain à la sécurité nationale, un faucon concernant l’Iran, a également décrit les événements du G7 en août 2019, lorsque le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif s’est rendu inopinément à Biarritz pour s’entretenir avec le président français Emmanuel Macron, et que des rumeurs ont circulé selon lesquelles
M. Trump et le ministre iranien des Affaires étrangères allaient se rencontrer.

C’est une mesure à laquelle Bolton et Israël se sont fortement opposés. Mais non, selon Bolton, par le beau-fils du président américain Jared Kushner, qui, selon Bolton, a bloqué les appels téléphoniques de Netanyahu à Trump l’été dernier lorsque le Premier ministre israélien a voulu le persuader de ne pas participer à un sommet avec Zarif.

« Trump a demandé à [Mick] Mulvaney et Kushner ce qu’ils en pensaient. Mulvaney était d’accord avec moi, mais Kushner a dit qu’il voulait cette réunion parce qu’il n’y avait rien à perdre », a-t-il écrit.

Selon le récit de Bolton, Kushner a ensuite activement empêché Netanyahu de joindre Trump pour discuter de la question.

John Bolton, (à gauche), et Jared Kushner, conseiller principal du président américain Donald Trump à la Maison Blanche, (à droite), lors d’une réunion bilatérale avec M. Trump et le président égyptien Abdel Fattah el-Sissi au sommet du G-7 à Biarritz, France, le 26 août 2019. (AP Photo/Andrew Harnik)

« A ce moment-là, j’ai reçu un e-mail de Pompeo, qui avait de nouveau parlé à Netanyahu. Netanyahu avait entendu parler de la possible rencontre avec Zarif et insistait pour téléphoner à Trump à 17h30, heure de Biarritz, qui approchait à grands pas. En arrivant à l’hôtel, j’ai reparlé avec Pompeo en attendant de rencontrer Trump dans sa suite. Je lui ai dit que je ferais ce que je pouvais pour répondre à l’appel de Netanyahu, mais j’étais déterminé à faire un effort supplémentaire pour dissuader Trump de rencontrer Zarif. Netanyahu et l’ambassadeur d’Israël Ron Dermer m’appelaient également, alors j’ai demandé à Pompeo de leur dire que je me sentais comme la brigade légère, résultat à déterminer. A l’étage de Trump, je suis tombé sur Mulvaney et Kushner. »

« Kushner était au téléphone avec David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël, pour lui dire qu’il n’allait pas laisser passer l’appel de Netanyahu. (Nous savions maintenant qui bloquait tous ces appels à Trump !) Lorsqu’il a raccroché, Kushner a expliqué qu’il avait mis fin à cette tentative et à une autre de Netanyahu parce qu’il ne pensait pas qu’il était approprié pour un dirigeant étranger de discuter avec Trump de la personne avec laquelle il devait parler.

Ailleurs dans le livre, il a écrit que Trump avait voulu parler à Zarif, entre autres.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, assiste à un forum intitulé « Common Security in the Islamic World » à Kuala Lumpur, en Malaisie, le 29 août 2019. (AP Photo/Vincent Thian)

« Trump se plaignait souvent que les gens du monde entier voulaient lui parler, mais d’une manière ou d’une autre, ils n’y arrivaient pas. Il n’est donc pas surprenant qu’il ait fini par réfléchir à l’ouverture de discussions avec l’Iran. Le ministre des Affaires étrangères de ce pays, Javad Zarif, a donné une série d’interviews à New York en disant que Trump voulait discuter, mais que Bibi Netanyahu, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, et moi-même essayions plutôt de renverser le régime des ayatollahs. Si seulement ».

« Au-delà de cela, le président iranien Hassan Rouhani voulait dialoguer, Poutine voulait dialoguer, tout le monde voulait parler à Trump, mais quelqu’un l’en empêchait. Bien sûr, ni Poutine ni Rouhani n’avaient fait d’effort pour nous contacter, et dans la mesure où Zarif et d’autres ont parlé aux médias, ils ont joué sur la vanité de Trump ».

Israël ne peut pas mener une action militaire contre l’Iran seul

Bien que Washington ait donné à Israël le feu vert pour attaquer les installations nucléaires iraniennes, selon M. Bolton, le président russe Vladimir Poutine – qui est allié à l’Iran en Syrie, mais qui maintient également une coordination militaire avec Israël lors de ses frappes dans le pays contre les combattants soutenus par l’Iran – aurait été sceptique quant à la possibilité qu’Israël prenne des mesures contre Téhéran.

« Sur l’Iran, il s’est moqué de notre retrait de l’accord nucléaire, se demandant, maintenant que les Etats-Unis se sont retirés, ce qui se passerait si l’Iran se retirait ? Israël, a-t-il dit, ne peut pas mener une action militaire contre l’Iran seul car il n’a pas les ressources ou les capacités nécessaires, surtout si les Arabes s’unissent derrière l’Iran, ce qui serait absurde. J’ai répondu que l’Iran ne respectait pas l’accord, j’ai noté la connexion entre l’Iran et la Corée du Nord sur le réacteur en Syrie que les Israéliens avaient détruit en 2007, et j’ai dit que nous surveillions attentivement les preuves que les deux proliférateurs coopéraient en ce moment même », a écrit M. Bolton.

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) tient un bouquet de fleurs aux côtés du Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de leur rencontre au Kremlin à Moscou, le 30 janvier 2020. (Maxim Shemetov/Pool/AFP)

Netanyahu avait insisté auprès de Poutine pour obtenir une frontière permanente entre le Golan israélien et la Syrie, a écrit Bolton, se référant aux discussions du leader israélien lors de ses fréquents voyages à Moscou.

Poutine a clairement indiqué qu’il ne parlait que de « renforcer l’application des lignes de désengagement, et non de véritables ‘frontières », a-t-il rappelé.

Un exemplaire de « The Room Where It Happened », de l’ancien conseiller à la sécurité nationale John Bolton, est photographié devant la Maison Blanche, le 18 juin 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

M. Bolton a également évoqué les retombées de l’annonce surprise de M. Trump, de retirer les troupes américaines de Syrie en octobre 2019, ce à quoi Israël était fortement opposé. « L’ambassadeur d’Israël Ron Dermer m’a dit que c’était la pire journée qu’il avait connue jusqu’à présent dans l’administration Trump », a-t-il écrit.

Les extraits du livre confirment également les fréquentes frappes israéliennes en Syrie sur des cargaisons d’armes destinées au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah soutenu par l’Iran et à d’autres milices soutenues par l’Iran. Bolton a également parlé de la mission de l’agence de renseignement israélienne du Mossad pour récupérer des archives nucléaires de l’Iran, qui a vu Israël signaler d’autres sites secrets comme étant des installations nucléaires dissimulées par le régime.

« En Israël, j’ai fait le point sur la situation en Iran. M. Netanyahu et son équipe se sont concentrés sur les dernières informations recueillies lors du raid audacieux d’Israël sur les archives nucléaires de l’Iran, et de l’inspection subséquente du site de Turquzabad par l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui a révélé la présence d’uranium traité par l’homme. Ce n’était pas de l’uranium enrichi, mais peut-être du yellowcake (oxyde d’uranium sous forme solide), et certainement des preuves contredisant les affirmations répétées de Téhéran selon lesquelles il n’avait jamais eu de programme d’armement nucléaire. L’Iran avait essayé de nettoyer Turquzabad, comme il avait essayé de nettoyer Lavizan en 2004 et les chambres d’essai d’explosifs de Parchin entre 2012 et 2015, mais il avait encore échoué ».

Netanyahu a également déclaré qu’il était sceptique quant au plan de paix de Kushner

Selon les révélations de Bolton, divulguées la semaine dernière, Netanyahu avait également des réserves sur Kushner en tant qu’architecte du plan de paix israélo-palestinien.

Netanyahu « était également dubitatif quant à l’attribution à Kushner de la tâche de mettre fin au conflit israélo-palestinien. Il était suffisamment politicien pour ne pas s’opposer publiquement à cette idée, mais comme la plupart des gens dans le monde, il se demandait pourquoi Kushner pensait qu’il réussirait là où des gens comme Kissinger avaient échoué ».

Jared Kushner, conseiller principal de la Maison Blanche, (au centre arrière plan), écoute lors d’un événement avec le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, le 28 janvier 2020, l’annonce du plan très attendu de l’administration Trump pour résoudre le conflit israélo-palestinien. (AP Photo/Susan Walsh)

Suite à la publication des allégations de Bolton sur Kushner la semaine dernière dans les médias américains, le bureau du Premier ministre a déclaré jeudi que Netanyahu « a une confiance totale dans les capacités de Jared Kushner et dans sa détermination et rejette toute description contraire. Kushner a grandement contribué à faire avancer la paix au Moyen-Orient ».

Le communiqué du bureau du Premier ministre a crédité Kushner d’avoir formulé le plan de paix de la Maison Blanche, d’avoir contribué aux décisions de Trump de déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem et de reconnaître la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, et d’avoir fait progresser les relations d’Israël avec le monde arabe.

« Avec ces seuls résultats et sous la direction du président Trump, Kushner a déjà accompli ce que d’autres avant lui n’avaient pas réussi à faire. Nous sommes convaincus qu’en travaillant ensemble, nous pouvons parvenir à la paix durable et sûre que nous souhaitons tous », a déclaré le communiqué, qui ne mentionne pas directement les affirmations de Bolton.

Le livre de Bolton, intitulé The Room Where It Happened » : A White House Memoir, doit être publié mardi par Simon & Schuster.

Un juge fédéral a statué samedi que M. Bolton pouvait procéder à la publication de son livre révélation malgré les efforts de l’administration Trump pour bloquer la publication en raison des craintes que des informations classifiées puissent être dévoilées.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...