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Brooklyn: Des infirmières écrivent une longue lettre aux anti-vax ultra-orthodoxes

Ce pamphlet de 140 pages évoque des questions soulevées pendant l'épidémie de rougeole mais ses auteures espèrent qu'elles auront un nouvel impact face à la COVID-19

Un panneau mettant en garde la communauté juive ultra-orthodoxe contre une épidémie de rougeole devant une parmacie du quartier de Williamsburg, le 10 avril 2019. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)
Un panneau mettant en garde la communauté juive ultra-orthodoxe contre une épidémie de rougeole devant une parmacie du quartier de Williamsburg, le 10 avril 2019. (Crédit : Spencer Platt/Getty Images/AFP)

(New York Jewish Week via JTA) — Avant que la grande majorité des habitants de New York aient seulement entendu le mot de « coronavirus », une autre crise sanitaire effrayante avait dominé l’information locale : l’épidémie de rougeole de 2019 – qui avait présenté finalement un certain nombre de similarités avec la pandémie qui s’est abattue aujourd’hui sur le monde.

En 2019, quand 1 282 cas de rougeole avaient été rapportés aux États-Unis – un chiffre sans précédent depuis 1992 – le plus grand nombre de cas s’était concentré dans les communautés orthodoxes mal vaccinées de New York et dans les secteurs extra-urbains. A ce moment-là, et comme aujourd’hui, la plus grande partie des rabbins avait encouragé les fidèles à aller se faire vacciner et les leaders communautaires s’étaient indignés face à ce qu’ils avaient considéré comme une focalisation antisémite sur l’idée que les Juifs étaient les responsables de la propagation de la maladie.

Le nombre de vaccinations R-O-R (Rougeole, oreillons, rubéole) avait ensuite augmenté dans les communautés, mais une minorité bruyante de Juifs orthodoxes avait rejoint le mouvement plus général des anti-vax. Ils avaient organisé des réunions à Brooklyn et à Monsey, New York, pour dénoncer les dangers imaginaires de la vaccination. L’une des campagnes anti-vax les plus visibles des ultra-orthodoxes avait été un pamphlet tape-à-l’œil d’une quarantaine de pages qui avait été publié par une organisation, la PEACH (Parents Educating & Advocating for Children’s Health).

Aujourd’hui, plus de deux ans plus tard, c’est une réfutation détaillée des affirmations contenues dans le pamphlet qui a été soumise par un groupe d’infirmiers orthodoxes, l’EMES (Engaging in Medical Education with Sensitivity). L’EMES a fait campagne en faveur du vaccin pendant l’épidémie de rougeole ; son pamphlet est malicieusement intitulé PIE, l’acronyme de Parents Informed and Educated, et il fait 144 pages. Il offre des informations fondamentales et basées sur les faits sur les vaccins et leurs bénéfices.

Mais il y a une maladie qu’il n’aborde pas : la COVID-19. Blima Marcus, présidente d’EMES, diplômée en soins infirmiers, qui a un doctorat, explique que toutes les données nécessaires pour la rédaction de PIE ont été rassemblées avant la pandémie. Toutefois, parce que l’EMES s’appuie sur les employés du secteur de la santé qui ont été vivement critiqués au cours des 18 derniers mois et qui font exclusivement du bénévolat au sein de l’organisation, le pamphlet n’a été publié et distribué qu’en ce mois de décembre.

Marcus espère que ce document épais arrive encore au bon moment – en particulier alors que le scepticisme à l’égard du vaccin contre la COVID-19 a renvoyé certains dans les rangs du mouvement anti-vax plus largement.

« L’hésitation face aux vaccins infantiles est énorme et je pense qu’elle peut avoir beaucoup empiré avec cette pandémie de désinformation actuelle », confie-t-elle au New York Jewish Week qui, il y a un an, avait évoqué ses efforts de lutte contre les Infox dans le contexte de la crise sanitaire. « Je pense que les gens ont commencé en affichant un certain scepticisme face à la vaccination contre le coronavirus, et qu’ensuite beaucoup d’entre eux sont allés vraiment beaucoup plus loin. Et nous savons aussi qu’à cause de la pandémie, un grand-nombre de rendez-vous vaccinaux réguliers ont été annulés ».

Le pamphlet de l’EMES n’a pas encore été publié à un format numérique, mais il a été envoyé par l’organisation à environ 30 000 adresses dans des quartiers de Brooklyn à forte population ultra-orthodoxe, comme Borough Park. Marcus espère que d’autres communautés paieront l’EMES pour de nouveaux envois du pamphlet, de manière à ce que le groupe puisse couvrir ses coûts.

Selon une courte vidéo consacrée au pamphlet qui a été partagée par Marcus sur Twitter, des sections sont consacrées à chaque vaccin recommandé – avec notamment des statistiques portant sur leur efficacité – avec des préconisations sur le meilleur calendrier d’immunisation. Le document s’attaque aux Infox les plus communes sur les vaccins et cite ses sources.

« Ce que nous espérons, c’est que les gens vont réaliser qu’on leur a menti en quelque sorte, et qu’ils ont été trompés par ces mouvements de désinformation », explique Marcus. « Et ainsi, ce que j’espère vraiment, en ce qui me concerne, c’est que les gens qui sont tombés dans le piège ou qui commencent peut-être aujourd’hui à accorder leur confiance aux mauvaises sources vont réaliser qu’il y a des réponses à leurs questions ».

L’EMES a réfléchi à publier les mêmes matériels sur la COVID mais hésite néanmoins à le faire en raison des changements constants de la situation épidémique. La rougeole, en contraste, n’a pas fait de réapparition significative aux États-Unis depuis 2019.

« Nous essayons tous de livrer des messages nuancés », déclare-t-elle. « Le problème, si on parle de la COVID, c’est qu’un grand nombre de données changent et qu’il peut donc être difficile d’aborder certaines questions si nous écrivons un document au mois de septembre et qu’il y a des changements au mois de juin suivant ».

Capture d’écran montrant Blima Marcus, infirmière et activiste pro-vaccination dans la communauté juive orthodoxe de New York. (Capture d’écran)

Marcus et les autres activistes ont enduré le harcèlement des anti-vax – une fois encore après avoir écrit son post Twitter au sujet du pamphlet. Elle savait que cela arriverait et elle ne s’attend guère à ce que cela cesse. Mais elle espère que son document pourra servir à ceux qui tentent de persuader leurs proches de la nécessité de faire confiance aux conseils donnés par les autorités sanitaires.

« Ce matin encore, on m’a dit d’aller brûler en enfer », raconte-t-elle. « C’est parfaitement normal. Pendant l’épidémie de rougeole, on avait reçu un message, sur le répondeur, de quelqu’un qui nous avait traités de ‘Judenrat’ [un terme qui désigne les Juifs qui avaient été dans l’obligation de collaborer avec les nazis pendant la Shoah] mais vous savez, si on a des choses comme ça, on a aussi beaucoup de remontées positives ».

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