Caricatures de Mahomet : des Israéliens arabes et des Palestiniens manifestent
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Caricatures de Mahomet : des Israéliens arabes et des Palestiniens manifestent

Des regroupements épars ont eu lieu, suivis par une manifestation devant l'ambassade de France pour dénoncer le soutien de Macron aux dessins ; mobilisation à Ramallah

Des manifestants arabes israéliens portant le masque pour cause de coronavirus tiennent des panneaux représentant le président français Emmanuel Macron sous les traits d'un chevalier médiéval des Croisades lors d'une manifestation contre la défense, par ce dernier, des caricatures de Mahomet, près de l'ambassade de France à Tel Aviv, le 27 octobre 2020. (Crédit :  JACK GUEZ / AFP)
Des manifestants arabes israéliens portant le masque pour cause de coronavirus tiennent des panneaux représentant le président français Emmanuel Macron sous les traits d'un chevalier médiéval des Croisades lors d'une manifestation contre la défense, par ce dernier, des caricatures de Mahomet, près de l'ambassade de France à Tel Aviv, le 27 octobre 2020. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Des groupes épars d’Israéliens arabes et de Palestiniens ont manifesté, mardi, pour la deuxième journée consécutive, condamnant ce qu’ils considèrent comme des propos « offensants » tenus par le président français Emmanuel Macron à l’égard de l’islam et des représentations du prophète Mahomet.

Ces mouvements de protestation ont été organisés aux abords de l’ambassade française à Tel-Aviv et dans d’autres secteurs tandis que les Palestiniens, en Cisjordanie, sont également descendus dans les rues, joignant leurs voix aux dizaines de milliers de musulmans qui, du Bangladesh à Istanbul, se sont massivement rassemblés contre Macron, qualifiant de « ligne rouge » ce qu’ils considèrent comme des insultes faites au prophète.

Macron a déclaré, la semaine dernière, qu’un enseignant décapité à proximité du collège où il travaillait « a été tué parce que les islamistes veulent notre avenir ».

Le professeur d’histoire, Samuel Paty, a été assassiné après avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet pendant un cours consacré à la liberté d’expression. Les représentations visuelles de Mahomet sont strictement interdites selon la majorité des interprétations de la loi islamique.

« Nous ne renoncerons pas aux caricatures », avait ajouté le chef de l’État, qui avait affirmé que « jamais » les islamistes n’auraient « l’avenir de la France ».

Le président français Emmanuel Macron lors d’un discours sur la lutte contre le séparatisme à la préfecture de Seine Saint-Denis, à Bobigne 2020. (Crédit : Ludovic MARIN / various sources / AFP)

Ces paroles prononcées par Macron avaient entraîné de vives réactions dans le monde, et certaines entreprises des mondes musulman et arabe ont appelé au boycott des produits français.

A Tel-Aviv, plusieurs dizaines d’Israéliens arabes ont manifesté devant l’ambassade française à Tel-Aviv dans l’après-midi, les protestataires scandant : « Par notre esprit et par notre sang, nous te défendrons, Oh Mahomet ». Certains participants brandissaient des panneaux représentant Macron sous les traits d’un chevalier croisé du Moyen Âge.

« On se rend à l’ambassade de France à Tel-Aviv pour faire entendre notre voix. Nous ne haïssons personne. Mais nous haïssons ceux qui s’en prennent à notre prophète. Jamais nous ne prendrons la défense de ceux qui font ça. Le prophète n’a insulté personne, pourquoi devrait-il alors être insulté ? », a commenté le président de l’Association Al-Aqsa, Safwat Freij, dans une déclaration filmée.

« Le prophète de Dieu vit en nous. Nos villes foisonnent d’activités alors que nous chantons notre amour pour le prophète, notre amour parce qu’il incarne la ‘miséricorde s’abattant sur le monde' », a continué Freij, évoquant une description bien connue de Mahomet dans le Coran.

Des Palestiniens se sont aussi rassemblés à Ramallah, sur la place al-Manarah, brandissant des panneaux critiquant Macron et brûlant même des photographies du président français.

Des Palestiniens brûlent une photo du président français Emmanuel Macron pendant une manifestation contre ses propos consacrés aux caricatures du prophète Mahomet dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 27 octobre 2020. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Un grand nombre des manifestations qui se sont déroulées sur le territoire israélien ont été organisées par le Mouvement islamique du sud. Considéré comme plus modéré que son homologue du nord – qui a été interdit – il est représenté à la Knesset par le parti Raam de Mansour Abbas, membre de la Liste arabe unie.

« Le Mouvement islamique condamne l’insulte faite au prophète Mahomet, la paix soit sur lui, et nous considérons que Macron est responsable de la propagation des discours de haine en France… ainsi que des blessures infligées aux sentiments des musulmans en France et dans le monde entier », a déclaré Ibrahim Hegazy, chef politique du Mouvement islamique et ancien député de la Liste arabe unie, appelant Macron à présenter ses excuses.

Des centaines de manifestants se sont regroupés aux carrefours des villes de tout le pays, lundi soir, lors de rassemblements similaires.

Selon le journaliste de Haaretz Jack Khoury, si la plus grande partie des manifestations s’est déroulée sans incident, quelques drapeaux noirs affichant le symbole du groupe terroriste de l’État islamique ont été levés lors d’un regroupement de plusieurs dizaines de personnes à Bartaa, ville arabe du nord du pays.

Tandis que le Mouvement islamique a condamné les propos de Macron de manière répétée, la page Facebook arabophone du groupe politique ne présente aucune condamnation du meurtre de Samuel Paty. Dans une déclaration, Hegazy s’est contenté de condamner toutes les formes de violence sans mentionner spécifiquement la mort de l’enseignant.

« L’islam est la source de la sécurité et de la paix mondiales et rejette la violence sous toutes ses formes, et il tient le président français pour responsable des discours de haine et du racisme contre les musulmans », avait-il réagi.

Des Palestiniens brandissent des panneaux au cours d’une manifestation contre le président français Emmanuel Macron pendant une manifestation condamnant ses propos sur les caricatures du prophète Mahomet dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 27 octobre 2020. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Le groupe terroriste du Hamas, à Gaza, a également fustigé le président français.

« Insulter les religions et les prophètes, ce n’est pas la liberté d’expression. C’est la culture de la haine », a indiqué le Hamas dans un communiqué.

Mais le Hamas avait tenté de se démarquer de cet assassinat, car le groupe l’ayant revendiqué s’inspire et porte le nom du fondateur du groupe terroriste, Ahmad Yassin.

« Nous ne sommes pas impliqués, notre combat est celui que nous menons contre l’occupation sioniste pour la liberté et pour l’indépendance », avait fait savoir le Hamas suite à l’assassinat.

Une manifestation plus importante est prévue jeudi devant l’ambassade de France à Tel-Aviv. Elle aura lieu le jour de la fête de Mawlid, qui célèbre l’anniversaire de Mahomet.

L’AFP a contribué à cet article.

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