Catastrophe en Afghanistan — pour les Afghans, Israël, la région… et l’Amérique
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Opinion

Catastrophe en Afghanistan — pour les Afghans, Israël, la région… et l’Amérique

À l'approche du 20e anniversaire du 11 septembre, la reprise du pouvoir par les talibans prouve le terrible échec des USA à tenir compte des forces les plus sombres de la région

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des combattants talibans prennent le contrôle du palais présidentiel afghan après la fuite du président afghan Ashraf Ghani à Kaboul, en Afghanistan, le dimanche 15 août 2021. (Crédit : AP Photo / Zabi Karimi)
Des combattants talibans prennent le contrôle du palais présidentiel afghan après la fuite du président afghan Ashraf Ghani à Kaboul, en Afghanistan, le dimanche 15 août 2021. (Crédit : AP Photo / Zabi Karimi)

Comme tout chef d’État, le président des États-Unis a comme obligation primordiale de protéger la sécurité et le bien-être de ses citoyens. Et comme son prédécesseur Donald Trump, le président Joe Biden est arrivé à la conclusion que la présence de troupes et de bases américaines en Afghanistan avait l’effet inverse – le déploiement militaire américain, comme l’a dit Biden lundi, n’était « pas dans l’intérêt de notre sécurité nationale ».

Des milliers d’Américains ont perdu la vie au cours de cette guerre de 20 ans, démarré après les attaques terroristes du 11 septembre 2001, quand l’administration Bush a attaqué l’Afghanistan après qu’elle a accepté de servir de refuge à des terroristes d’Al-Qaïda. Et Biden, ayant hérité d’un accord de retrait des milliers de soldats américains qui s’y trouvaient encore, a décidé de poursuivre le processus afin, comme il l’a dit cette semaine, d’éviter une « troisième décennie » de guerre.

Avant d’explorer l’erreur profonde et sinistre que représente cette décision – qui en quelques jours a vu les États-Unis humiliés et affaiblis aux yeux notamment de leurs ennemis islamistes –, il faut noter qu’Israël a procédé à deux reprises, dans les dernières décennies, à des retraits militaires hâtifs dans la région, dans des circonstances et avec des conséquences qu’elle a regrettées, dans une certaine mesure.

Nous avons quitté unilatéralement le sud-Liban en 2000, sous la pression de l’opinion publique, dans le contexte des assassinats incessants de soldats dans la zone de sécurité, et nous nous sommes retrouvés plongés dans la Seconde Guerre du Liban six ans plus tard. À présent, nous sommes confrontés aux agressions récurrentes du Hezbollah dans la zone. Nous avons unilatéralement quitté Gaza en 2005, en choisissant de ne pas négocier notre retrait avec l’Autorité palestinienne, ni de tenir compte des avertissements selon lesquels cela risquait d’enhardir et de légitimer des groupes terroristes, qui combleraient cette vacance de pouvoir. À présent, nous sommes confrontés à des frictions incessantes et à un conflit sanglant intermittent avec le Hamas.

Israël, en d’autres termes, n’est pas à l’abri de l’envie de se défiler et de battre en retraite.

Et c’est exactement ce que les États-Unis font en Afghanistan, avec un effet désastreux. L’Amérique a rendu l’Afghanistan aux talibans – des fondamentalistes islamiques brutaux et rétrogrades qui, lorsqu’ils contrôlaient le pays à la fin des années 1990, opprimaient les femmes avec une barbarie méthodique inégalée par aucun autre régime dans le monde, massacraient des civils sans discrimination, restreignaient l’éducation, détruisaient l’agriculture, et interdisaient la culture et les loisirs…

Des combattants talibans montent la garde dans un véhicule au bord de la route à Kaboul, le 16 août 2021. (Crédit : AFP)

En livrant l’Afghanistan à son destin macabre, les États-Unis ont prouvé leur incapacité à faire de l’armée afghane une force de combat compétente, malgré tout leur travail d’entraînement, les dizaines de milliards d’équipements et les vies perdues.

Et tandis que Biden reproche désormais aux dirigeants politiques afghans d’avoir fui et à l’armée afghane d’avoir déposé les armes, les États-Unis révèlent également leur incapacité à reconnaître le manque de fiabilité de leurs alliés afghans. Aussi récemment que le 8 juillet, Biden a affirmé avec une complaisance outrageusement malavisée que « l’éventualité que les talibans envahissent et contrôlent tout le pays était très improbable ».

Pour Israël, cette débâcle ne fait que renforcer notre certitude que nous, et nous seuls, risquons notre vie pour la défense de notre pays – alors même que nous forgeons et entretenons nos alliances avec nos alliés vitaux, et en premier lieu les États-Unis. Nous ne demandons pas et ne devons pas demander aux États-Unis ni à aucune autre force de risquer leur vie pour nous, et nous ne devons compter sur aucun autre pays ni sur aucune alliance pour nous protéger de nos ennemis.

Des responsables talibans installent un drapeau taliban avant une conférence de presse du porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, au Centre gouvernemental des médias à Kaboul, en Afghanistan, le 17 août 2021. (Crédit : AP Photo / Rahmat Gul)

Pour Israël et ses alliés et apparentés dans la région, la mauvaise gestion de l’Afghanistan par les États-Unis provoque le choc et la consternation, notamment parce qu’elle sert les intérêts des groupes terroristes et des régimes extrémistes. Au premier rang d’entre eux, l’Iran, qui se rapproche de la bombe, qui est engagé avec les États-Unis dans les négociations sur un retour à l’accord nucléaire de 2015, et qui toujours déterminé à détruire Israël, le « Petit Satan », et qui est désormais encore plus méprisant du « Grand Satan ».

Cependant, le pire pour les États-Unis, c’est que l’abandon de l’Afghanistan à certaines des forces les plus sombres de la planète, loin d’honorer cette obligation présidentielle fondamentale d’assurer la sécurité et le bien-être du peuple américain, la méprise au contraire. Les troupes déployées avaient été considérablement réduites, et les pertes, certes toujours terribles, limitées à une fraction de ce qu’elles avaient été les années précédentes. Le retrait calamiteux et ses conséquences auront un coût bien plus élevé que celui du maintien d’un tel déploiement, comme l’indiquent trop bien nos cruelles expériences.

Les deux prédécesseurs de Biden se sont plaints que, malgré l’engagement des États-Unis à défendre la liberté et la démocratie, ce n’était pas le travail de l’Amérique de résoudre tous les problèmes de cette partie du monde (Barack Obama) ni de combattre les guerres stupides de notre région (Donald Trump). Mais le fait que cette débâcle se déroule à l’aube du 20e anniversaire du 11 septembre, où 3 000 personnes ont perdu la vie dans l’horrible attentat terroriste d’Al-Qaïda contre l’Amérique, prouve les conséquences sinistres, pour les États-Unis eux-mêmes, de ne pas tenir compte des forces impitoyables, amorales et sophistiquées qui conspirent pour lui faire du tort.

Des gens attendent d’être évacués d’Afghanistan à l’aéroport de Kaboul, le 18 août 2021. (Crédit : AFP)

Ces forces rétrogrades, dont la plupart sont fomentées dans notre partie du monde, sont redoutablement hostiles à ce qu’il y a de meilleur en Amérique – sa défense des libertés, son engagement en faveur de la démocratie, sa lutte pour l’opportunité et l’égalité, son humanité fondamentale. Et ils sont aujourd’hui plus confiants et plus puissants qu’il y a quelques jours. Et le bastion de la défense du monde libre, les États-Unis d’Amérique, semblent épuisés.

Et ceci, au risque d’un euphémisme dramatique, n’est pas dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis.

Le président américain Joe Biden quitte la salle Est de la Maison Blanche, après avoir évoqué la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans, le 16 août 2021 à Washington. (Crédit : Brendan Smialowski / AFP)

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