Ce sport féminin dont vous n’avez jamais entendu parler enflamme Israël
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Ce sport féminin dont vous n’avez jamais entendu parler enflamme Israël

Le catchball – un sport qui ressemble au volleyball mais sans les coups et les chocs – fera ses débuts aux Maccabiades cet été

Une joueuse lors des Catchball Games  d’Eilat, en Israël, au mois de février 2016 (Autorisation de l’Association israélienne de Catchball)
Une joueuse lors des Catchball Games d’Eilat, en Israël, au mois de février 2016 (Autorisation de l’Association israélienne de Catchball)

JTA — Chaque semaine, des milliers de femmes à travers Israël se retrouvent pour pratiquer un sport dont personne, à l’extérieur du pays, n’a jamais entendu parler.

C’est pour cette raison que peu d’Israéliens connaissaient le catchball – ou « cadur-reshet » en hébreu – il y a encore une décennie. Mais ces dernières années, cette activité sportive est devenue la plus populaire auprès des femmes adultes dans le pays. Presque toutes ses pratiquantes ont dépassé la trentaine.

« C’est comme une épidémie qui frappe les femmes d’âge moyen ici », explique Naor Galili, directrice de l’association sportive Maccabi en Israël. « On adore ça. On adore ça. On en est complètement accro ».

Et dorénavant, l’Association israélienne de catchball s’est donnée pour objectif de propager cette fièvre chez les femmes du monde entier. Initiative sans précédent, l’apparition de cette discipline cet été aux jeux des Maccabiades en Israël. L’espoir étant que les milliers de Juives venues du monde entier assistant à cet événement auront l’inspiration de demander : Qu’est-ce que le catchball ?

Le catchball ressemble au volleyball, mais il est plus facile parce qu’attraper et lancer remplacent les chocs, les cadres et les attaques. Les Israéliens ont adapté un sport appelé le Newcomb ball – discipline qui avait hérité du nom de l’établissement d’enseignement supérieur pour filles de Louisiane qui l’avait inventée il y a un siècle. Aujourd’hui, les Américains se prêtent peu à cette activité hormis dans les salles de classe.

Pour leur part, les Ligues de catchball en Israël sont ravies de pouvoir accueillir plus de 12 000 pratiquantes. C’est deux fois le nombre de femmes adultes appartenant aux Ligues de basket, de football, de volley et de tennis combinées, selon les données du ministère de la Culture et des Sports en Israël.

Hila Yeshayahu, 41 ans, joueuse au sein de l’équipe Bon Coeur basée à Herzliya, est chargée du développement et du marketing à l’association de catchball, dont dépend sa formation.

Elle explique que les femmes commencent à jouer au catchball parce que c’est à la fois facile et amusant – et qu’elles finissent par s’y accrocher parce que ce sport épouse les valeurs d’émancipation communautaire et personnelle.

« Le catchball, c’est un cadeau que les femmes se font à elles-mêmes. C’est une chance de faire une activité saine avec d’autres femmes et de revenir chez soi avec davantage de force et plus de passion », dit-elle. « Quand je franchis la porte dans ma tenue de sport, mes enfants ne sont pas sur mon dos, mon mari n’est pas sur mon dos. J’ai à nouveau 18 ans. Je suis Hila et je peux faire tout je ce que je veux ».

La soeur jumelle de Yeshayahu figure également dans une équipe de l’association, et leurs filles âgées de 11 ans jouent ensemble dans une nouvelle ligue dédiée aux plus jeunes.

Un mardi soir, Yeshayahu et son équipe ont affronté l’A.S. Moment dans le gymnase d’un lycée de Ramat Hasharon, pas très loin de Herzliya, dans le centre d’Israël. Dans la salle, quelques supporters – maris et fils – sont venus les soutenir.

Mais l’atmosphère est celle d’une vraie compétition, avec un arbitre, un secrétaire et des joueuses qui portent des maillots numérotés. Lorsque l’A.S. Moment finit par l’emporter deux sets à zéro, les joueuses du Bon Coeur s’effondrent et plusieurs d’entre elles jettent leurs genouillères d’un geste brusque sur le banc en versant quelques larmes. (Les deux premiers sets se calculent sur 25 points tandis que le 3e s’élève à 15. Pour l’emporter, il faut gagner deux matchs sur trois. Le vainqueur doit emporter un set avec au moins deux points d’avance).

L’entraîneuse de la formation Bon Coeur, Liron Shachnai, 34 ans, responsable en marketing et ventes dans le civil, affirme que la majorité de ses joueuses n’a qu’une piètre expérience de la défaite. Les sports de compétition en Israël sont dominés par les hommes, indique-t-elle, les femmes n’ont donc que peu l’occasion d’apprendre l’esprit sportif lors de leur enfance et de leur adolescence.

« Vous avez des femmes qui ont plus de quarante ans et qui rentrent chez elles en pleurant, en disant que [les joueuses de l’équipe adverse] pensent qu’elles sont meilleures qu’elles », dit-elle.

Et pourtant, dès l’entraînement, le jeudi suivant, les joueuses sont déjà exclusivement tournées vers l’avenir. Le week-end suivant, elles vont disputer un tournoi de catchball dans la ville touristique d’Eilat, dans le sud d’Israël. Cette compétition est l’événement le plus important organisé jusqu’à présent pour promouvoir la discipline et c’est un moment déterminant de l’année pour de nombreuses joueuses.

« Vous devriez voir toutes les photos qu’elles postent sur Facebook. Elles sont très impatientes », indique Yeshayahu.

Pour sa sixième édition, le tournoi des Catchball Games devrait attirer plus de 1 500 femmes venues de toutes les Ligues d’Israël, et même quelques équipes de l’étranger.

Laissant chez elles enfants et époux, les femmes revêtiront le tee-shirt rose de l’Association israélienne pendant les quatre jours de compétition. Les écoles locales accueilleront des centaines de matchs, et les deux équipes les plus fortes s’affronteront pour le championnat.

Parmi les festivités organisées en marge, une parade, la toute première course de route nocturne d’Eilat et un spectacle comique.

Alexandra Kalev, professeur de sociologie à l’université de Tel Aviv, explique que le succès du catchball dans le pays peut être expliqué parce qu’il vient défier le rôle qui est traditionnellement celui des femmes dans les sports et la culture en Israël.

Un match de catchball lors d'un tournoi disputé à Kfar Saba, le 21 février 2017 (Autorisation de l’Association israélienne de Catchball)
Un match de catchball lors d’un tournoi disputé à Kfar Saba, le 21 février 2017 (Autorisation de l’Association israélienne de Catchball)

Le sport féminin dans le pays est sous-financé et assez peu couvert par les médias.

« Le catchball peut émanciper les femmes, en particulier à un moment de leur vie où elles sont affaiblies », dit Kalev. « Elles sont discriminées sur le marché de l’emploi, submergées par les tâches domestiques, l’éducation des enfants, les changements que l’âge entraîne chez chacune d’entre nous. Ces ligues arrivent vraiment à un bon moment dans leur vie et leur permet de s’émanciper. Le message est : ‘Nous sommes fortes’ « .

L’ascension du catchball en Israël a commencé en 2005, lorsque Ofra Ambramovich a lancé Mamanet, une ligue destinée aux mères dans la ville de Kfar Saba, dans le centre du pays où elle habite. Elle avait appris ce sport auprès de Haim Borovski, professeur de gym israélienne originaire d’Argentine.

Grâce à l’esprit entrepreneurial d’Ambramovich, des douzaines de municipalités ont depuis fondé leurs propres ligues Mamanet. Dans son esprit, le catchball est avant tout un mouvement social entretenu par les mères.

« Le catchball donne aux mères quelque chose pour elles et elles seules, une raison d’être en bonne santé et de faire partie de la communauté », dit Ambramovich. « Et la mère est l’agent de la famille, elle en est donc le modèle parfait. Quand la mère va bien, cela rejaillit sur tous ».

En 2009, l’Association israélienne de Catchball s’est séparée de Mamamet pour tenter de rendre le sport plus compétitif.

Pour ce faire, l’association a intégré des femmes non-mères et permis à l’ensemble de ses membres de former leurs propres équipes plutôt que d’exiger leur participation par l’intermédiaire des écoles de leurs enfants – elle a toutefois maintenu l’âge minimum d’adhésion – 30 ans – qui était exigé par Mamanet.

Aujourd’hui, l’Association offre des ligues à quatre niveaux de compétition.

L’Association israélienne de catchball revendique 5 000 joueuses et Mamanet 12 500. Les deux groupes affirment leur supériorité et mettent en doute les chiffres qui sont avancés par chacun d’eux, même si le nombre de joueuses reste toutefois estimé à plus de 12 000.

Il apparaît clairement que ce sport évolue rapidement et qu’il pénètre dorénavant dans les communautés les plus traditionnelles d’Israël.

Un grand nombre de Juives orthodoxes jouent au catchball en portant un foulard et une jupe. Et il existe une équipe majoritairement druze à Daliyan al-Carmel, dans le nord d’Israël. Quand Anaia Halabi, conseillère scolaire de 35 ans, a lancé cette équipe il y a sept ans, l’idée semblait plutôt radicale.

« Pour les femmes, quitter son époux et ses enfants pour aller faire un sport, c’était un grand changement dans le village », dit-elle. « On considère qu’il n’est pas convenable pour une femme de se trouver hors du foyer pendant la nuit. Tous les époux ne sont pas d’accord ».

Mais le temps passant, dit Halabi, les maris ont de plus en plus accepté et la communauté locale a même commencé à financer un petit bus pour transporter l’équipe vers des matchs hors du village. Au même moment, la formation s’est arrangée pour ne plus disputer de matchs tard le soir, et une ligue locale de trois clubs a été formée pour permettre aux femmes de participer à des compétitions sans quitter le village.

Alors que le sport s’est fermement implanté en Israël, l’association de catchball a commencé à s’intéresser à l’étranger. Il faut dire que pour être reconnu comme un sport officiel et recevoir un financement de la part du gouvernement israélien, le catchball doit être joué en compétition dans au moins 52 pays.

Jusqu’à présent, les seules ligues connues par l’association hors d’Israël, ce sont celles de Mexico et des Etats Unis. Mais elle encourage cette activité sportive dans plus d’une demi-douzaine d’autres pays, notamment à travers les expatriés israéliens.

Gal Reshef, avocate israélienne âgée de 34 ans, a fondé un groupe de catchball à Boston en 2015 et, l’année dernière, a réussi à l’étendre par le biais de l’Association de catchball américaine, en partenariat avec son homologue israélienne.

Elle indique que la vaste majorité des femmes au sein de l’Association de catchball de Bostonet, ainsi que dans la poignée d’autres équipes dans le pays, sont israéliennes. Mais Reshef reste certaine que le catchball saura attirer l’attention des Américaines.

« Je pense qu’aux Etats Unis, la situation est la même qu’en Israël. Si vous êtes une femme d’âge moyen qui n’a pas eu la chance de faire du sport quand vous étiez plus jeune, il y a très peu d’options », explique-t-elle. « Ce qui est formidable, c’est que tout le monde peut jouer au catchball, et que cela crée une communauté de motivation stupéfiante ».

Au moins une femme membre du club Bostonet devrait participer au tournoi d’exhibition de catchball lors des Maccabiades, au mois de juillet.

Trente-six équipes israéliennes seront sur les terrains, ainsi que deux formations venues de Londres et de Berlin. Reshef prévoit qu’au moment où se tiendront les prochains Jeux, dans quatre ans, des équipes du monde entier participeront aux rencontres de catchball dans ce vrai tournoi – avant de rêver plus tard, peut-être, aux Jeux Olympiques.

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