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Ces Israéliens qui rechargent leur Tesla par la fenêtre du salon

Alors que l'adoption de ce véhicule alimenté par batterie s'accélère rapidement, les nouveaux propriétaires font avec les moyens du bord en attendant les infrastructures absentes

Une voiture Tesla est rechargée par le biais d'un système artisanal de câbles provenant de l'intérieur d'une habitation de Ramat Gan jusqu'à une place publique de stationnement, le 8 décembre 2021. (Autorisation : Sharon B.)
Une voiture Tesla est rechargée par le biais d'un système artisanal de câbles provenant de l'intérieur d'une habitation de Ramat Gan jusqu'à une place publique de stationnement, le 8 décembre 2021. (Autorisation : Sharon B.)

Alors que de plus en plus d’Israéliens ont adopté des véhicules électriques, un grand nombre d’entre eux rencontrent un problème qui, étrangement, n’a pas semblé mobiliser les autorités outre-mesure mais qui reste toutefois déterminant : ils n’ont nulle part où aller pour recharger leurs voitures.

Ces véhicules alimentés par batterie représentent une petite partie – mais toujours en augmentation – des voitures en circulation sur les routes israéliennes. Encouragées par des incitations fiscales, le coût relatif du carburant, la prise de conscience des nombreux problèmes liés à l’environnement et les offres actuelles, les ventes de véhicules hybrides et pleinement électriques ont été multipliées par trois ou par quatre de 2016 à 2020.

Les infrastructures de recharge, toutefois, n’ont pas suivi ce rythme. Même s’il y a environ 234 000 véhicules de ce type qui sont actuellement en circulation, il n’y a, au sein de l’État juif, que 1 000 prises de recharge mises à la disposition du public. Et si le gouvernement tente d’apporter une réponse, les propriétaires de voiture devisent entre eux des astuces permettant de régler le problème.

Selon les données du Bureau central des statistiques (CBS), le nombre de véhicules hybrides sur la route est passé de 53 000 à presque 225 000 entre 2016 et 2020. Le nombre de véhicules totalement électriques a augmenté un peu moins rapidement, en passant de 1 400 à 4 500 dans la même période.

Une station de recharge pour véhicules électriques. (Crédit : Sraya Diamant/Flash90)

Mais aujourd’hui, les véhicules électriques – qui représentent pour le moment un petit 1 % sur les 3,7 millions de voitures en Israël – sont adoptés à un rythme particulièrement effréné. L’année passée, les ventes ont été plus que multipliées par quatre – 1 900 véhicules ont été achetés l’année dernière et plus de 7 800 ont été importés lors des trois premiers trimestres de l’année 2021 seulement. Le ministère des Transports a enregistré 9 000 voitures totalement électriques qui se déplacent sur les routes de l’État juif, – un chiffre qui devrait doubler l’année prochaine.

La recharge à domicile depuis le salon

Contrairement à un véhicule traditionnel essence ou diesel, un véhicule électrique fonctionne exclusivement grâce à une batterie qui est rechargée par une prise électrique spéciale. Les véhicules hybrides peuvent jongler entre batterie et moteur par combustion, mais ils doivent être rechargés pour pleinement utiliser leurs batteries. Et contrairement à un plein réalisé dans une station-service, qui ne prend que quelques minutes, une recharge demande du temps. Les propriétaires de Tesla – les véhicules tout-électriques leaders sur le marché israélien, qui représentent environ 60 % des importations de 2021 – affirment qu’il peut falloir « quelques heures » voire « toute une nuit » pour obtenir une pleine recharge.

Selon une enquête réalisée par le ministère de l’Énergie auprès des consommateurs en 2018, l’un des plus grands obstacles à l’adoption généralisée de véhicules tout-électriques est que « des stations de recharge doivent être mises à disposition sur les parkings des habitations et dans les lieux publics ».

Le ministère de l’Énergie – et non le ministère des Transports – a décidé de prendre aujourd’hui le problème à bras-le-corps.

Alors qu’installer une station de recharge chez soi pourrait bien être l’option la plus pratique, elle nécessite de pouvoir profiter d’un espace de parking privé. Mais un grand nombre d’habitants des zones urbaines rencontrent des problèmes de stationnement. Par exemple, Tel Aviv ne dispose que de 130 000 places de parking privé pour une population de plus de 460 000 personnes, et stationner dans la ville – c’est de notoriété publique – est (très) très difficile.

Un parking à Tel Aviv (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Néanmoins, quelques habitants des villes particulièrement intrépides, nullement découragés à l’idée d’acquérir un véhicule alimenté par batterie, ont trouvé des solutions créatives pour recharger leurs voitures – de manière informelle.

À travers Tel Aviv, des câbles imposants pendent des fenêtres des appartements, reliés aux voitures stationnées en-dessous sur des parkings à même la rue appartenant à des résidences. Des groupes réunissant sur Facebook des propriétaires du modèle 3 de la Tesla se donnent des tuyaux sur la manière de recréer une ère de stationnement privée là où il n’y en a pas.

Sharon B., propriétaire d’une Tesla, loue un logement à Ramat Gan, une zone urbaine située aux abords de Tel Aviv – mais il n’a pas de parking. Il gare sa Tesla dans la rue et a construit un dispositif qui lui permet de charger sa voiture grâce à un câble relié à une prise de son appartement qui descend jusqu’au trottoir. Ce dispositif, comme le montre une vidéo fournie par Sharon, rappelle une machine de Rube Goldberg.

« C’est un bras en métal qui pivote en hauteur au-dessus du trottoir, sans gêner les piétons et qui peut être connecté à la voiture le temps de la recharge », explique Sharon. « Je l’ai construit à la base à l’aide d’un parasol. J’ai démonté un parasol et j’ai utilisé un des bras articulés pour faire passer un câble de ma cour jusqu’au-dessus du trottoir, de manière à ce que les passants puissent passer dessous sans problème. »

Il connecte ce dispositif à une prise triphasée à courant alternatif de manière à garantir « la recharge la plus rapide qu’on puisse obtenir à domicile ». Le courant continu – qui assure une recharge qui va beaucoup plus vite – n’est disponible que dans les stations permanentes de recharge.

Et, initiative finale – et cruciale – Sharon a installé « une caméra de surveillance » qui lui sert à voir si la place de stationnement est vacante de manière à pouvoir déplacer son véhicule et le charger.

Sharon refuse de dire son nom de famille pour des raisons de confidentialité.

« C’est Israël… J’utilise une rallonge dans mon salon pour charger ma voiture à 200 000 shekels », s’amuse une habitante de Tel Aviv propriétaire d’un véhicule hybride qui ne désire pas non plus être identifiée.

« Bienvenue dans la nation de la débrouille », dit-elle en riant.

Une Tesla Model X 2019 chez Tesla à Littleton, dans le Colorado, le 20 octobre 2019. Illustration. (AP Photo/David Zalubowski, Dossier)

Malgré les contraintes, Sharon est heureux d’avoir acheté une voiture électrique. « J’ai fait le calcul et j’ai découvert que c’était vraiment profitable. Avant, je louais un véhicule par le biais de l’entreprise pour laquelle je travaillais et c’est finalement beaucoup moins cher d’être propriétaire d’une Tesla que de payer la location. Et c’est vraiment beaucoup plus amusant. »

Jusqu’en 2023, le pays prévoit de taxer à un taux significativement moindre (10 %) les véhicules électriques que ce n’est le cas des véhicules traditionnels (83 %).

Sharon estime que le coût moyen de la recharge, chez lui, s’élève à huit agorot par kilomètre, ce qui est très peu onéreux. Les prix de l’essence, régulés par le gouvernement, sont actuellement de 6,62 shekels par litre ou de 33 agorot le kilomètre pour une voiture consommant en moyenne un litre sur vingt kilomètres. Ce qui rend le coût actuel de la recharge à domicile d’un véhicule électrique presque quatre fois moins cher.

Toutefois, le prix des recharges fait un bond et le côté pratique de la chose s’effondre lorsqu’il s’agit d’utiliser les options offertes au public, qui sont encore limitées.

Illustration d’une personne en train de mettre de l’essence (Crédit : Kobi Gideon/Flash90)

Lancement prévu d’options de recharge publique en tout-électrique

Le ministère de l’Énergie a alloué un budget de 30 millions de shekels pour installer dans tout le pays des infrastructures de recharge pour les véhicules électriques. Il prévoit ainsi d’installer 2 500 prises de recharge individuelles à de nombreux endroits d’ici le milieu de l’année 2022 – il y en a déjà actuellement approximativement 1 000. Des fonds seront versés à des entreprises privées pour construire et exploiter ces stations de recharge par le biais d’un appel d’offres gouvernemental.

Dans un communiqué, un porte-parole du ministère de l’Énergie a indiqué que ces stations seraient installées « sur les autoroutes, dans les villes et villages, dans les centres commerciaux, sur les parkings, dans les centres publics et aux abords des bureaux » – et notamment dans des zones commerciales majeures (dont les parking d’IKEA) ou devant les cinémas.

Toutefois, toutes les options de recharge ne se valent pas. Les prises de recharge utilisant le courant alternatif sont lentes mais sont moins chères à l’installation et moins onéreuses pour le consommateur. Le déploiement de ces stations de recharge sera lié aux cas d’utilisation. Un plus grand nombre de prises utilisant le courant alternatif seront mises à disposition dans les centres commerciaux, dans les cinémas et dans les endroits où les clients sont susceptibles de passer plusieurs heures.

La recharge au courant continu est significativement plus rapide. Ce qui est particulièrement important parce que les véhicules électriques n’ont pas la même capacité dans le rapport entre recharge pleine et kilomètres parcourus en fonction de la fabrication et du modèle. Des stations de recharge rapide utilisant le courant continu seront installées dans les stations-services et sur les autoroutes, où les clients peuvent être disposés à payer plus pour diminuer le temps du trajet.

Seulement 95 des 2 500 prises proposées seront équipées de courant continu et 111 seront ultra-rapides – ce qui signifie que les autres seront plus lentes, utilisant le courant alternatif. La recharge dite ultra-rapide permet de couvrir 100 kilomètres avec sept minutes de recharge, ce qui permet d’effectuer de longs déplacements en Israël, un pays qui fait environ 420 kilomètres du nord au sud.

De plus, Tesla a installé six super-chargeurs – des stations ultra-rapides équipées du courant continu – autour des centres urbains, et six sont actuellement à l’état de projet. Ces stations ne pourront prendre en charge que les véhicules Tesla.

Photo d’illustration : Une station de super-recharge de Tesla sur le parking d’un centre commercial américain, le 24 juin 2017. (Crédit : Chuck Burton/AP)

Tous les chargeurs mis à la disposition du public devraient être plus coûteux que ne le sont les recharges à domicile – même si certains propriétaires de Tesla affirment que certains super-chargeurs de la marque sont temporairement gratuits.

Le porte-parole du ministère de l’Énergie a ajouté que l’objectif de ces investissements dans les infrastructures nécessaires aux véhicules électriques était de soutenir au mieux l’adoption de ces voitures moins polluantes.

« Dans l’industrie du transport, l’objectif est de mettre fin à la consommation des produits fossiles polluants dans les transports terrestres et d’encourager au mieux l’usage des véhicules électriques ou alimentés au gaz naturel comprimé. Dans le cadre de cette vision, l’année 2035 a été choisie comme année où tous les véhicules vendus en Israël seront alimentés soit en électricité, soit en gaz naturel ».

Pour remporter ce défi, il faudra que l’État juif élargisse significativement ses stations de recharge mises à disposition du public. Ou cet avenir du tout-électrique sera aussi celui de câbles pendant dans les rues et sur les trottoirs.

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