Champs-Elysées : l’assaillant ne s’était pas rendu à 2 convocations de la DGSI en mai pour “raisons de santé”
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Champs-Elysées : l’assaillant ne s’était pas rendu à 2 convocations de la DGSI en mai pour “raisons de santé”

Adam Djaziri, 31 ans, qui avait prête allégeance au chef de l'EI, avait l'autorisation de détenir des armes car il pratiquait le tir sportif

Secouristes penchés sur le corps d'un terroriste présumé dans une zone bouclée des Champs-Elysées, à Paris, le 19 juin 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)
Secouristes penchés sur le corps d'un terroriste présumé dans une zone bouclée des Champs-Elysées, à Paris, le 19 juin 2017. (Crédit : Thomas Samson/AFP)

L’assaillant des Champs-Elysées ne s’est pas rendu à deux convocations de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) en mai, invoquant « des raisons de santé », a-t-on appris mercredi de source proche du dossier, confirmant des informations de presse.

Une nouvelle convocation de la DGSI avait été envoyée à Adam Djaziri, fiché par la police pour radicalisation mais il est passé à l’acte juste avant, a ajouté cette source, confirmant une information de TF1.

Fiché par la police pour radicalisation et autorisé à détenir des armes : les questions se multipliaient en France autour du cas de l’islamiste mort lundi dans un attentat raté sur les Champs-Élysées à Paris, dont quatre membres de la famille sont en garde à vue.

Adam Djaziri, 31 ans, a laissé une lettre-testament dans laquelle il prête allégeance au chef du groupe Etat islamique (EI), Abou Bakr al-Baghdadi, a-t-on appris mardi de source proche de l’enquête.

Lui qui était fiché S (pour Sûreté de l’État) depuis 2015 pour son appartenance à la mouvance islamiste radicale disposait pourtant d’une autorisation de détention d’armes car il pratiquait le tir sportif. Dans la lettre retrouvée par les enquêteurs et destinée à son beau-frère, le suspect affirme avoir joué « double jeu » en constituant un arsenal dans le cadre de son activité de tir sportif en vue de commettre un attentat, a précisé la source.

« Personne ne [peut] se satisfaire » de cette situation, a convenu mardi le Premier ministre Edouard Philippe, alors qu’un projet de loi antiterroriste doit être présenté cette semaine en France.

« Ce que je sais à ce stade, c’est que la première autorisation de détention d’armes a été donnée avant le signalement de cet individu […] Et au moment où l’autorisation a été donnée, il n’y avait aucun antécédent judiciaire qui aurait justifié une décision de ne pas autoriser la détention d’armes », a ajouté le Premier ministre.

Fin novembre 2016, dans le cadre d’une demande de renouvellement de l’autorisation, une enquête administrative a été conduite mais les services de renseignement intérieur n’ont pas jugé opportun de lui retirer ce permis.

Gérard Collomb, au centre, ministre français de l'Intérieur, près des lieux d'une attaque terroriste devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 6 juin 2017. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)
Gérard Collomb, au centre, ministre français de l’Intérieur, près des lieux d’une attaque terroriste devant la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 6 juin 2017. (Crédit : Bertrand Guay/AFP)

Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, dans une interview au quotidien Le Figaro de mercredi, a indiqué avoir demandé une « nouvelle évaluation des personnes suivies pour radicalisation » qui seraient « susceptibles de détenir légalement une arme ».

Il a souligné qu’ « en l’état actuel du droit, l’autorisation de détention d’armes ne peut pas être retirée de manière systématique à une personne qui fait l’objet d’un suivi. »

Lundi, peu avant 16h00, Adam Djaziri n’a pas fait d’autre victime que lui-même quand il a foncé contre un véhicule de gendarmerie, deux mois après l’assassinat d’un policier par un jihadiste, déjà sur les Champs-Elysées.

Peu après la collision, sa berline s’est embrasée pour une raison encore inconnue et les forces de l’ordre ont extrait le conducteur de l’habitacle rempli de fumée.

L’assaillant est mort peu après d’un « arrêt cardio-respiratoire, probablement du à un effet de souffle et à l’inhalation de fumées », selon une source proche du dossier.

Deux bonbonnes de gaz sans dispositif de mise à feu, un fusil d’assaut israélien, deux armes de poing et un important stock de munitions ont été retrouvés dans la voiture.

Les enquêteurs pensent que l’homme cherchait « à faire exploser son véhicule selon un mode opératoire qui reste à déterminer » et qui n’a pas fonctionné, selon cette source.

Un stock d’armes a par ailleurs été retrouvé à son domicile, selon une source proche du dossier. Il détenait au moins neuf armes connues des autorités.

Policiers sur le Champs-Elysées, après une tentative d'attentat, le 19 juin 2017. (Crédit : Alain Jocard/AFP)
Policiers sur le Champs-Elysées, après une tentative d’attentat, le 19 juin 2017. (Crédit : Alain Jocard/AFP)

Si l’attaque n’a pas été revendiquée, ce mode opératoire et ce type de cible sont ceux préconisés par les jihadistes.

Dans la foulée, l’ex-épouse, le frère et la belle-sœur ainsi que le père d’Adam Djaziri ont été interpellés lors de perquisitions au domicile de cette famille, décrite comme salafiste, au Plessis-Pâté, petite commune à une trentaine de kilomètres au sud de Paris, selon cette source.

« Ils avaient une pratique religieuse très rigoureuse », a déclaré à l’AFP le maire Sylvain Tanguy, évoquant une « famille très discrète, qui ne sortait pas beaucoup ».

L’homme avait été repéré en 2015, en raison notamment de voyages en Turquie. Il avait avancé des motifs professionnels pour justifier ces déplacements dans un pays connu pour être une voie d’accès privilégiée des jihadistes européens vers la Syrie, selon une source proche du dossier.

Depuis janvier 2015, la France est visée par une vague d’attentats qui a fait 239 morts, plusieurs attentats ciblant les forces de l’ordre.

Le 20 avril, quelques jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, les Champs-Elysées avaient été le théâtre d’un attentat revendiqué par l’EI : Karim Cheurfi avait tué par balles un policier et en avait blessé deux autres avant d’être abattu.

Le 6 juin, un homme avait lui blessé un policier devant la cathédrale Notre-Dame, en plein cœur de Paris, et s’était revendiqué « soldat du califat », un terme utilisé pour désigner l’EI.

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