Gantz prêt à un autre accord sur le nucléaire iranien : Netanyahu s’indigne
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Gantz prêt à un autre accord sur le nucléaire iranien : Netanyahu s’indigne

Le leader de l'opposition affirme que la coalition de Bennett "se rue" vers un accord sur le nucléaire qui permettra à Téhéran de se doter de l'arme atomique

Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre de la Défense Benny Gantz (Crédit : Olivier Fitoussi, Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu, à gauche, et le ministre de la Défense Benny Gantz (Crédit : Olivier Fitoussi, Yonatan Sindel/Flash90)

Après que le ministre de la Défense, Benny Gantz, a annoncé qu’il était prêt à accepter un scénario dans lequel les États-Unis renégocieraient un nouvel accord sur le nucléaire avec l’Iran, le chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, est passé mercredi à l’offensive, affirmant que le nouveau gouvernement était un « immense désastre » pour la sécurité nationale.

« [Le Premier ministre Naftali] Bennett, [le ministre des Affaires étrangères Yair] Lapid et Gantz se ruent vers un accord dangereux sur le nucléaire qui permettra à l’Iran de se doter d’un arsenal nucléaire », a écrit Netanyahu dans un post publié sur les réseaux sociaux.

Bennett a garanti au président américain Joe Biden lors d’une visite à la Maison Blanche, le mois dernier, qu’il ne mènerait pas de campagne publique contre les initiatives prises par Washington visant à réintégrer l’Iran dans l’accord qui avait été conclu en 2015, avaient annoncé des responsables israéliens. Cet accord, le JCPOA, avait été négocié par l’ancien président américain Barack Obama avant d’être abrogé par le prédécesseur de Biden, Donald Trump, en 2018.

« C’est une erreur dangereuse. Il ne devrait pas être permis de prendre un tel engagement parce que l’Iran est une menace existentielle et qu’une menace existentielle doit être combattue par tous les moyens possibles », a continué Netanyahu.

Lorsqu’il était Premier ministre, Netanyahu avait mené une campagne agressive contre l’accord et avait même accepté une invitation à s’exprimer devant une session conjointe au Congrès en 2015, où il avait pressé, en vain, les députés de s’opposer au JCPOA, aggravant encore le fossé qui ne cessait de se creuser entre l’État juif et le Parti démocrate.

« Mais maintenant, la raison pour laquelle Bennett a promis de ne pas s’opposer à une réintégration au sein de l’accord sur le nucléaire apparaît clairement : une large portion de son gouvernement soutient le retour de l’Iran dans l’accord ! », a poursuivi Netanyahu, commentant l’entretien accordé par Gantz au journal Foreign Policy publié mardi.

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite , et le ministre de la Défense, Benny Gantz, à la Knesset, le 2 septembre 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Le gouvernement de Bennett, de Lapid et de Gantz, avec le soutien du Meretz et de Raam, est un immense désastre pour la sécurité nationale d’Israël », a poursuivi Netanyahu.

Si les responsables de la défense israélienne qui ne font pas partie du gouvernement ont indiqué par le passé un certain degré de tolérance à l’égard du JCPOA, ce sentiment ne s’est pas étendu aux responsables publics, et Gantz semble ainsi être le membre le plus haut placé du cabinet à le refléter officiellement.

Bennett a cependant également indiqué clairement qu’il s’opposait à l’accord nucléaire et n’a pas déclaré publiquement que sa résurrection était quelque chose dont Israël pourrait s’accommoder, comme l’a fait Gantz dans son interview de mardi.

Des caméras de télévision devant le Grand hôtel de Vienne où ont lieu les négociations à huis-clos sur l’accord sur le nucléaire, en Autriche, le 20 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Florian Schroetter)

Le ministre de la Défense a également indiqué clairement qu’il souhaitait voir un « plan B viable dirigé par les États-Unis », avec une pression politique, diplomatique et économique importante contre Téhéran, imposée conjointement par les États-Unis, l’Europe, la Russie et la Chine, si les pourparlers de Vienne visant à un retour des États-Unis et de l’Iran au JCPOA ne portaient pas leurs fruits.

« Nous devons impliquer la Chine dans cette affaire également, l’Asie doit jouer un rôle », a déclaré Gantz, notant les liens économiques croissants de l’Iran avec l’Extrême-Orient. « Israël n’a pas la capacité de mener un véritable plan B, nous ne pouvons pas mettre en place un régime international de sanctions économiques. Cela doit être mené par les États-Unis. »

« L’Iran doit craindre que les États-Unis et leurs partenaires ne soient sérieux », a-t-il ajouté.

Gantz a également indiqué à Foreign Policy qu’Israël avait son propre « plan C » qui impliquerait une action militaire.

« Si les choses se gâtent, nous y arriverons », a déclaré Gantz, avant de passer de l’hébreu à l’anglais pour ajouter : « Nous ne sommes pas l’Amérique, mais nous avons nos capacités. »

Il a poursuivi en prévenant que si les puissances mondiales ne parvenaient pas à empêcher l’Iran d’acquérir une arme nucléaire, cela conduira à une course aux armements nucléaires. « D’autres États ne resteront pas assis tranquillement… Ils l’achèteront directement sur étagère au Pakistan ou à qui que ce soit. »

Invité à commenter le retrait américain d’Afghanistan et la rapide prise de contrôle du pays par les talibans, Gantz a défendu l’administration Biden, expliquant que la politique avait été « tout à fait compréhensible… sinon on aurait pu être là pour toujours », tout en ajoutant « qu’il n’y a pas de retraits heureux ».

Il a toutefois déclaré que l’Iran ne devait pas se permettre de déduire du scénario afghan que « tout ce que vous avez à faire est de rester fort et déterminé et l’Occident pliera ».

Le Premier ministre Naftali Bennett rencontre le président américain Joe Biden à la Maison Blanche, le 27 août 2021. (Crédit : GPO)

Sur la question palestinienne également, Gantz a offert certains de ses commentaires les plus détaillés à ce jour.

S’il s’est dit favorable à la « nécessité de deux entités politiques ici », il n’a pas utilisé le terme « État » pour décrire la future entité palestinienne qu’il envisage.

En outre, il a déclaré qu’Israël ne démantèlerait aucune de ses implantations de Cisjordanie, laissant un territoire bien inférieur à celui que les Palestiniens envisagent pour leur État avec des frontières viables.

« [Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud] Abbas rêve encore des lignes de 1967… Cela n’arrivera pas », a déclaré M. Gantz. « Il doit se rendre compte que nous restons là… Nous ne démantelons pas les implantations. »

C’est la première fois que Gantz a exprimé son opposition à l’évacuation des implantations, sans même faire de différence entre les villes israéliennes proches de la Ligne verte et celles situées au cœur de la Cisjordanie, comme il l’a fait par le passé. Le refus d’évacuer les implantations est une politique récente de Netanyahu mais ne s’était pas encore étendu au centre de la carte politique où Gantz a cherché à s’établir.

L’avant-poste de Givat Asaf à proximité de l’implantation de Beit El en Cisjordanie. (Crédit : Miriam Alster/ Flash 90)

Néanmoins, il a insisté sur le fait que le maintien des liens avec Abbas et l’AP était « une valeur de la plus haute importance ».

Les deux hommes se sont rencontrés à Ramallah le mois dernier, après quoi Gantz a annoncé une série de petits gestes visant à améliorer les conditions de vie des Palestiniens. Son bureau maintient qu’il est de l’intérêt d’Israël de renforcer l’AP afin de présenter une alternative modérée au groupe terroriste du Hamas qui dirige Gaza.

Mais Bennett, qui dirige le gouvernement, a clairement indiqué qu’il ne rencontrerait pas Abbas, sans même parler d’entamer des négociations politiques avec lui.

« Dans l’ensemble, le gouvernement fonctionne bien – nous faisons de la place aux autres [pour travailler]… mais c’est moi qui dirige les questions de sécurité », a déclaré Gantz.

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