Comment les alliés européens et arabes d’Israël réagissent à l’escalade
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Analyse

Comment les alliés européens et arabes d’Israël réagissent à l’escalade

Alors que certains chefs du Vieux Continent tentent une approche équilibrée, de plus en plus prennent le parti de Jérusalem; Les nouveaux amis du Golfe - c'est une autre histoire

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le drapeau israélien hissé sur le batiment de la chancellerie autrichienne, à Vienne, le 14 mai 2021. (Crédit : HELMUT FOHRINGER / APA / AFP)
Le drapeau israélien hissé sur le batiment de la chancellerie autrichienne, à Vienne, le 14 mai 2021. (Crédit : HELMUT FOHRINGER / APA / AFP)

Dans le contexte d’une série de manifestations et de condamnations dans le monde arabe et alors qu’Israël et le Hamas continuent à combattre, et que des mouvements de protestation ont aussi eu lieu dans certaines villes occidentales, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, ont remercié vendredi leurs homologues aux États-Unis et en Europe pour leur soutien.

« Je voudrais me laisser aller à une parole d’appréciation pour notre ami le président Joe Biden et remercier aussi d’autres amis », a déclaré Netanyahu dans un message vidéo diffusé vendredi après-midi, citant « le président de la France, le Premier ministre britannique, le chancelier d’Autriche, la chancelière d’Allemagne » et d’autres.

« Ils ont réaffirmé notre droit naturel et évident à nous défendre, à agir en autodéfense contre ces terroristes qui attaquent à la fois des civils et qui se cachent derrière les civils. Cela ne les aidera pas ».

De son côté, Ashkenazi a écrit sur Twitter vendredi que « au cours des derniers jours, nous avons reçu des dizaines de messages de soutien et de solidarité de la part de nombreux dirigeants de la communauté internationale ».

Le ministre allemand des Affaires étrangères au ministère à Berlin, le 24 février 2021. (Crédit : Michael Sohn / POOL / AFP)

Il a salué le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, qui a attribué les violences exclusivement au Hamas, ainsi que « les dures conséquences humanitaires » des combats.

« Israël se défend parce qu’Israël doit se défendre », a continué Maas.

Ashkenazi a également évoqué le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, qui avait expliqué que « la France condamne dans les termes les plus forts les tirs de roquette et de missile qui se sont intensifiés depuis la bande de Gaza, en direction de Jérusalem et de plusieurs secteurs habités du territoire israélien, et notamment Tel Aviv, des attaques qui pourraient entraîner une autre série de combats. Ces frappes, réalisées en violation du droit international et qui ont été revendiquées par le Hamas, sont inacceptables ».

Des sources du ministère des Affaires étrangères ont indiqué jeudi que leur travail diplomatique portaient leurs fruits, en particulier en Europe et aux Etats-Unis.

Des roquettes tirées vers Israël depuis Beit Lahia dans le nord de la bande de Gaza, illuminent le ciel nocturne le 14 mai 2021, tandis que les missiles du Dôme de Fer sont tirés pour les intercepter. (Photo: MOHAMMED ABED / AFP)

Les responsables diplomatiques ont indiqué qu’ils suivaient avec beaucoup d’attention les déclarations faites par les autres pays, notant que leur contenu était, en général, impartial – avec des messages appelant les deux parties à la désescalade, ou des déclarations blâmant le Hamas et réaffirmant le droit de l’État juif à se défendre.

« Là où se fait l’opinion publique nationale, parmi les membres du Conseil de sécurité de l’ONU… Aux États-Unis, toute la sphère politique – membres du Congrès, membres de l’administration, et en Europe – nous constatons qu’il y a plus d’écho accordé aux messages transmis par Israël », a dit un haut-responsable du ministère des Affaires étrangères.

Lors d’une rencontre virtuelle qui a eu lieu jeudi et qui a réuni les ambassadeurs d’Israël en Europe, aux États-Unis, dans les États arabes et à l’ONU pour esquisser les contours du message diplomatique israélien, Ashkenazi a exprimé sa satisfaction face aux déclarations émanant des capitales étrangères.

Il a dit que la mission de son ministère était de « protéger notre légitimité internationale, notre liberté d’action et notre droit à protéger les citoyens israéliens ». Il a souligné que les diplomates devaient mettre en avant le droit à l’auto-défense d’Israël « de manière affirmée et sans équivoque ».

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s’entretient avec les médias lors d’une conférence de presse devant la Villa Liebermann au lac Wannsee à Berlin, en Allemagne, le 27 août 2020. (Crédit : Michele Tantussi / Pool Photo via AP)

Ashkenazi a fait valoir qu’il y avait une relation directe entre le travail mené par les envoyés d’Israël et la liberté d’action de Tsahal en réponse aux attaques du Hamas. « Le fait que la plus grande partie de la communauté internationale soutienne le positionnement israélien affirmant son droit à l’auto-défense est le produit de vos efforts diplomatiques », a-t-il déclaré.

Signe de succès diplomatique pour Israël, un garde d’honneur tchèque a hissé le drapeau israélien au château de Prague en signe de solidarité, sur ordre du président tchèque Milos Zeman.

Le drapeau israélien a aussi été hissé en Slovénie et en Autriche.

Condamnations et médiation

Tandis que le message d’Israël semble avoir été entendu parmi ses partenaires européens et d’Amérique du nord, c’est une autre histoire dans le monde arabe.

Les mouvements de protestation ont continué dans toute la région, en particulier lorsque les fidèles ont quitté les mosquées à la fin des prières de l’Aïd al-Fitr, jeudi.

Des centaines de personnes se sont réunies à la mosquée Abu Hanifa à Bagdad, et de plus petits regroupements ont eu lieu en Tunisie et au Bangladesh.

Des musulmans bangladais protestent contre Israël se rassemblent après la prière de l’Aïd al-Fitr devant la mosquée Baitul Mukarram et agitent des drapeaux palestiniens et bangladais à Dhaka, Bangladesh, le 14 mai 2021 (Crédit : AP Photo / Mahmud Hossain Opu)

En Jordanie, les manifestants se sont rassemblés dans les camps de réfugiés palestiniens, tandis que pour la quatrième journée d’affilée, des protestataires ont appelé à l’expulsion de l’ambassadeur israélien du pays à Amman, en Jordanie. Plus de 90 parlementaires ont signé une pétition avec cette même demande. Vendredi, des centaines de Jordaniens se sont rendus sur la frontière avec Israël après avoir forcé un checkpoint de la police, ont fait savoir les médias locaux.

Vendredi également, des dizaines de Libanais ont déclenché une émeute à la frontière avec l’État juif, mettant le feu à la clôture et pénétrant brièvement sur le territoire israélien. Il y a eu un mort appartenant au mouvement terroriste chiite du Hezbollah et qu’il a salué samedi lors de ses funérailles comme un « martyr ».

Les chars israéliens se sont livrés à des tirs d’avertissement en direction d’un certain nombre de personnes qui avaient franchi la clôture entre les deux pays, a annoncé l’armée israélienne.

Des personnes en deuil portent le cercueil de Mohamad Kassem Tahan, membre du mouvement Hezbollah soutenu par l’Iran, tué un jour plus tôt à la frontière avec le Liban, lors de ses funérailles dans le sud du Liban village d’Adloun, le 15 mai 2021. – Des centaines de personnes brandissant des drapeaux palestiniens et les couleurs jaunes du Hezbollah se sont rassemblées pour les funérailles. (Crédit : Anwar AMRO / AFP)

Même si l’opinion publique, dans les médias arabes et dans la rue, reste largement acquise aux Palestiniens, les manifestations n’ont pas été aussi importantes que cela avait pu être le cas lors d’affrontements antérieurs ayant opposé Israël et le Hamas. Toutefois, certains hommes d’État ont défendu face aux médias les liens que leurs pays entretiennent avec Israël.

Dans un article notable qui a été publié sur le site Ammannet.net, l’ex-vice Premier ministre jordanien, le docteur Mamdouh Al-Abadi, a expliqué que « la Jordanie, dans sa politique étrangère, fait partie d’une alliance occidentale et il est difficile de sortir de cette alliance et de ce camp. En conséquence, les relations entre la Jordanie et Israël, après le traité de paix, ont été faites de fluctuations – ce qui signifie qu’une rupture des relations n’est pas impossible mais qu’elle nécessite de la prudence et de solides justifications ».

Des manifestants jordaniens participent à un rassemblement pour exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien, dans la capitale Amman, le 14 mai 2021 (Crédit : Khalil MAZRAAWI / AFP)

Le secrétaire-général du Parti constitutionnel national, une formation jordanienne centriste, a souligné dans le même article que la Jordanie agissait à partir de stratégies délibérées et non sur le fondement de manifestations de rue.

« La Jordanie ne réfléchit pas avec la mentalité d’une faction », a commenté Al-Shunnal. « Elle réfléchit à une question centenaire et à la présence d’un État belligérant, et elle réalise l’ampleur du conflit ».

Le traité conclu entre la Jordanie et Israël offre au royaume hachémite un rôle unique et influent dans la protection des sites islamiques et chrétiens, a-t-il affirmé.

Les responsables jordaniens ont âprement critiqué les agissements israéliens à Jérusalem. S’agissant du Hamas, ils se sont concentrés sur l’importance d’une solution à deux États.

Le ministre des Affaires étrangères de Jordanie Ayman Safadi donne une conférence de presse avec son homologue allemand, après une rencontre au ministère des Affaires étrangères de Berlinle 10 mars 2021. (Photo: Kay Nietfeld / POOL / AFP)

« Ce que la police et les forces spéciales israéliennes font – en partant des violations qui ont été commises à la mosquée en allant jusqu’aux agressions contre les fidèles – est un comportement barbare que nous rejetons et que nous condamnons », a commenté, dimanche dernier, Amman dans un communiqué. Il a ensuite convoqué le chargé d’affaires israélien en Cisjordanie pour fustiger « les attaques contre les fidèles ».

D’autres propos émanant de hauts-responsables jordaniens ont été moins tranchés concernant le conflit avec le Hamas. Le ministre des Affaires étrangères Ayman Safadi a écrit sur Twitter que la récente escalade « montre l’absolue nécessité de mener des efforts efficaces pour recréer un horizon politique capable de mettre un terme à l’occupation et d’asseoir enfin la paix sur la base de la solution à deux États. L’occupation est la cause qui est à la racine de ce conflit ».

Le roi Abdallah, pour sa part, à tweeté une requête demandant à dieu d’accepter le jeûne et les prières des musulmans en cette fin de ramadan et de se souvenir des Palestiniens et de Jérusalem.

Les violences à Jérusalem placent la Jordanie dans une position inconfortable, selon Moshe Albo, historien du Moyen-Orient moderne et chercheur au centre Dado d’études militaires interdisciplinaires. Les agissements de la police israélienne sur le mont du Temple ont été une attaque contre la Jordanie, a estimé Amman, qui accorde une importance éminente à son rôle de protecteur des lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem, via le Waqf islamique de Jérusalem.

Les forces de sécurité israéliennes déployées aux abords de la mosquée Al-Aqsa et du Dôme du Rocher dans un contexte d’affrontements avec les émeutiers palestiniens, sur le mont du Temple de Jérusalem, le 7 mai 2021. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

La Jordanie ne peut pas rester à ne rien faire alors que le monde musulman découvre les images de la police de Jérusalem affrontant les fidèles sur le mont du Temple, pendant l’une des journées les plus saintes du calendrier musulman. « Si la crise se focalise sur le mont du Temple, alors les Jordaniens doivent avoir une présence très forte dans les dénonciations », dit Joshua Krasna, expert du Moyen-Orient au centre Moshe Dayan de l’université de Tel Aviv, « sous peine de le perdre et que quelqu’un d’autre s’en occupe. »

Des acteurs comme la Turquie et le Hamas tentent de déchoir la Jordanie de ses prérogatives.

L’Égypte, elle aussi, a condamné les actions d’Israël, mais ses efforts en tant que principal intermédiaire entre l’État juif et le Hamas sont restés sa préoccupation tout au long de la semaine.

De son côté, la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki, a expliqué jeudi que l’Égypte, la Tunisie et les autres pays de la région pouvaient jouer un rôle déterminant dans les efforts de désescalade. Selon le journal égyptien Al-Masry Al-Youm, le ministre d’État britannique pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord, James Cleverly, s’est entretenu avec l’ambassadeur égyptien à Londres, Tarek Adel, pour saluer le travail de médiation du Caire.

La porte-parole de la Maison-Blanche Jen Psaki s’exprime pendant un point-presse à la Maison-Blanche, le 16 février 2021. (Crédit : Nicholas Kamm / AFP)

L’Égypte voit ce conflit comme une manière de montrer au monde, en particulier à l’administration Biden, qu’elle est un acteur crucial dans le maintien de la stabilité dans la région, explique Albo. Alors qu’Israël a signé de nouveaux accords de paix avec les pays arabes, la possibilité pour l’Égypte de perdre ce rôle déterminant pour la paix dans la région avait été évoquée. Le cycle de violences actuelle est l’occasion pour Le Caire de montrer que le pays est irremplaçable.

L’Égypte s’est tournée vers Israël pour aider à calmer les violences en cours mais n’a pas reçu de réponse de la part de l’État juif, a indiqué le ministre des Affaires étrangères égyptien lors d’une réunion d’urgence de la Ligue arabe qui a été organisée mardi dernier.

« Ces derniers jours, l’Égypte a fait appel à de nombreuses reprises à Israël et aux autres pays concernés, en leur recommandant de faire tous les efforts possibles pour prévenir la détérioration de la situation à Jérusalem », avait commenté lors de la réunion le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Choukry.

Les médiateurs égyptiens se sont rendus en Israël et à Gaza dans la journée de jeudi, selon des informations.

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukry, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue palestinien à Ramallah, Cisjordanie, le 20 juillet 2020. (MOHAMAD TOROKMAN / POOL / AFP)

Le ministre français des Affaires étrangères a aussi noté les efforts livrés par l’Égypte, qui a ouvert samedi, « exceptionnellement » son poste-frontière avec Rafah pour pour permettre à dix ambulances transportant des Gazaouis gravement blessés de se faire soigner dans des hôpitaux égyptiens, selon des responsables médicaux.

Malgré les initiatives gouvernementales de désescalade, les Égyptiens et les chefs religieux institutionnels ont condamné avec les mots les plus durs Israël et les Juifs.

Pendant les prières du vendredi, à la mosquée Al-Azhar du Caire, l’imam a qualifié les sionistes « d’abomination de la nature » et promis que « ce qui a été pris par la force sera repris par la force ».

Les partenaires d’Israël dans le Golfe, les Émirats arabes unis et Bahreïn, qui ont signé des accords officiels avec l’État juif, ainsi que ceux qui coopèrent discrètement avec ce dernier dans l’ombre ont dénoncé les agissements d’Israël, se concentrant seulement sur Jérusalem.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan Al Saud, s’exprime lors de sa rencontre avec le secrétaire d’État Mike Pompeo, au Département d’État, le 14 octobre 2020, à Washington. (Crédit ; Manuel Balce CENETA / POOL / AFP)

Mardi, le ministre des Affaires étrangères d’Arabie saoudite, le prince Faisal bin Farhan, a déclaré que le royaume « rejette catégoriquement les projets et les mesures prises par Israël visant à exproprier des Palestiniens et à imposer sa souveraineté sur leur territoire ».

« Le royaume se tient aux côtés des Palestiniens et il soutient toutes les initiatives visant à mettre en place une solution équitable et complète au problème palestinien, en permettant aux Palestiniens de créer leur État indépendant sur les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, conformément aux résolutions internationales et à l’Initiative de paix arabe [de 2002] », a-t-il continué.

A Bahreïn, des manifestations de soutien aux Palestiniens ont eu lieu ces derniers jours dans plusieurs régions et des organisations de la société civile ont appelé à rompre les liens avec l’Etat hébreu.

Le ministre des Affaires étrangères bahreini, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, a eu une conversation téléphonique dans la journée de vendredi avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autorité palestinienne Riyadh Al-Maliki au cours duquel ils ont discuté des violences en cours en Israël, en Cisjordanie et à Gaza « et les attaques israéliennes contre le peuple et le reste des territoires palestiniens occupés dans la ville de Jérusalem », selon un relevé du bureau de Zayani.

Le ministre a réitéré « la ferme condamnation par le Royaume de Bahreïn des attaques lancées par les forces israéliennes contre la bande de Gaza, exprimant les condoléances du Royaume aux dirigeants et au peuple palestiniens pour les martyrs qui ont été tués à la suite des attaques israéliennes, et souhaitant aux blessés un prompt rétablissement », indiquait le communiqué.

Le ministre des Affaires étrangères a encore exprimé la solidarité du Royaume de Bahreïn avec le peuple palestinien frère, soulignant la position du Royaume de Bahreïn en faveur de la cause palestinienne, croyant au droit du peuple palestinien d’établir son État indépendant, avec Jérusalem-Est comme capitale, sur la base du principe de la solution à deux États et de l’Initiative de paix arabe et conformément aux décisions de légitimité internationales pertinentes. »

Zayani a fait part de l’appui de Bahreïn à l’initiative saoudienne de tenir une réunion du comité exécutif de l’Organisation de la coopération islamique sur la violence en cours.

La lecture de Bahreïn, qui a normalisé les relations avec Israël l’année dernière, n’inclut aucune mention des tirs de roquettes du Hamas.

Le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al Zayani, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le secrétaire d’État américain et le Premier ministre Netanyahu après leur rencontre trilatérale à Jérusalem, le 18 novembre 2020. (Menahem Kahana/Pool/Flash90)

A la demande des Saoudiens, l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) doit se réunir en urgence dimanche, pour discuter des violences. Les Saoudiens ont aussi joint leur voix à la Jordanie, à l’AP, à l’Égypte, au Maroc et au Qatar pour recommander au Conseil de sécurité des Nations unies d’agir pour mettre un terme aux politiques israéliennes en Israël. L’organe onusien, composé de 15 membres et actuellement dirigé par la Chine doit se réunir dimanche.

Les pays sunnites alliés des Occidentaux, même ceux qui entretiennent des liens avec Israël, « doivent tous s’assurer qu’ils ne sont pas perçus comme n’étant pas suffisamment inquiets face à ‘l’assaut contre l’islam’, » note Krasna.

« Ce qui est particulièrement compliqué pour les EAU et le Maroc, ajoute-t-il, qui doivent répondre à des questions sur leur décision prise de normaliser les relations avec l’État juif. Le public les interroge
maintenant : ‘Et que dites-vous, aujourd’hui ? Qu’est-ce que la normalisation signifie maintenant ?’  »

De gauche à droite : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis Abdullah bin Zayed al-Nahyan et le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn Khalid bin Ahmed Al Khalifa, sur le balcon du salon bleu lors de la cérémonie de signature des accords d’Abraham sur la pelouse sud de la Maison Blanche, le 15 septembre 2020, à Washington. (AP Photo/Alex Brandon)

Pour Hugh Lovatt, analyste au centre de réflexion European Council on Foreign Relations, la crise actuelle est « le premier véritable test » pour les Emirats.

Mais il semble peu vraisemblable qu’Abou Dhabi renie cette normalisation ou la mette à mal car les Emirats « bénéficient grandement des liens avec Israël », notamment les partenariats dans les technologies ou l’achat de matériel militaire aux Etats-Unis.

« Compte tenu du profond intérêt bilatéral, l’escalade en Palestine est probablement tout au plus un ralentisseur. N’oublions pas que les liens entre les Emirats et Israël se développent depuis des années et qu’ils ont survécu aux guerres de Gaza », dit le chercheur à l’AFP.

Alors que des roquettes étaient tirées sur Israël depuis Gaza, des fervents soutiens du régime d’Abou Dhabi ont dénoncé le Hamas au pouvoir dans l’enclave palestinienne, le pays étant notoirement hostile aux mouvements islamistes.

« Les Émirats avaient fortement vendu leur relation avec Israël comme étant un moyen de pousser le pays à la retenue. Il y avait cette idée d’obtenir davantage en s’engageant qu’en ne s’engageant pas », continue-t-il.

« Les Émirats arabes unis défendent les droits palestiniens, avec la fin de l’occupation israélienne, avec la solution à deux États et avec un État palestinien indépendant dont Jérusalem-Est serait la capitale – et c’est une position historique et de principe qui ne bouge pas », a écrit sur Twitter Anwar Gargash, qui a démissionné de son poste de ministre d’État aux Affaires étrangères des EAU au mois de février.

De la fumée noire s’échappe après une frappe aérienne israélienne sur Gaza City visant la banque Intaj liée au Hamas le 14 mai 2021 (Crédit : MOHAMMED ABED / AFP)

Dans le sillage des accords d’Abraham, les Émirats arabes unis (EAU) avaient ces derniers mois été en contact avec le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza au sujet de divers projets d’infrastructure pour améliorer la vie des résidents, a rapporté le journal Globes.

Un haut responsable des EAU a déclaré au journal que de tels projets n’iraient pas de l’avant si le Hamas ne maintenait pas le calme sur son territoire.

« Nous sommes toujours prêts et désireux de promouvoir des projets civils en coopération avec l’Autorité palestinienne et sous la direction de l’ONU [à Gaza], mais notre condition nécessaire est le calme », a déclaré le responsable sous couvert d’anonymat.

« Si le Hamas ne s’engage pas en faveur d’un calme complet, il condamne les habitants de la bande de Gaza à une vie de souffrance. Ses dirigeants doivent comprendre que leurs politiques nuisent d’abord et avant tout à la population de Gaza. »

Face à la pression de la rue et des manifestations, le royaume marocain a dû condamner les actions des forces israéliennes à Jérusalem-Est et annoncé l’envoi d’une aide humanitaire aux Palestiniens, une annonce parfois raillée sur les réseaux sociaux.

A Madrid, près de 2 500 personnes ont défilé samedi, dont beaucoup de jeunes femmes d’origine marocaine.

Une femme arbore le mot « Palestine » en arabe sur son front participe à une manifestation marquant le 73e anniversaire de la «Naqba» (catastrophe) à Madrid le 15 mai 2021. (Crédit : GABRIEL BOUYS / AFP)

Le Soudan, qui a normalisé ses relations avec Israël pour sortir de la liste américaine des Etats soutenant le terrorisme, a lui aussi « condamné et rejeté les mesures prises par Israël » contre les Palestiniens.

« Ces attaques et ces crimes sont une provocation flagrante », a fustigé la ministre soudanaise des Affaires étrangères Mariam al-Mahdi, craignant qu’elles ne « déclenchent un cycle de violence ».

L’AFP et l’équipe du Times of Israël ont contribué à cet article.

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