Conscription des Haredim: Liberman met en garde contre un nouveau scrutin
Rechercher

Conscription des Haredim: Liberman met en garde contre un nouveau scrutin

Le chef d'Yisrael Beytenu a aussi suggéré que les députés ultra-orthodoxes pourraient quitter la Knesset quand la loi sur le service militaire sera approuvée

Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, dirige une réunion du parti à la Knesset, le 13 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)
Avigdor Liberman, président de Yisrael Beytenu, dirige une réunion du parti à la Knesset, le 13 mai 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman a indiqué samedi que son parti n’accepterait aucun candidat au poste de Premier ministre autre que Benjamin Netanyahu, mais également qu’Israël pourrait se diriger vers de nouvelles élections à moins que la formation du Likud n’accepte un certain nombre de demandes déterminantes soumises par Yisrael Beytenu et, en premier lieu, l’adoption du projet de loi portant sur le recrutement des étudiants ultra-orthodoxes au sein de l’armée.

« Dans la campagne électorale et après le scrutin, nous avons dit clairement et publiquement que nous ne soutiendrions que Netanyahu au poste de Premier ministre… Et même aujourd’hui, nous disons sans équivoque que nous n’appuierons aucun autre candidat », a écrit Liberman sur Facebook.

Toutefois, a-t-il noté, le parti a également clairement établi « avant, pendant et après le scrutin » que la formation « ne bougerait pas d’un pouce » sur son positionnement concernant l’approbation de ce projet de loi très débattu et qui, dans sa version non-amendée, officialise les exemptions au service militaire pour les recrues ultra-orthodoxes – une condition rejetée par les partis haredim.

Alors que la date-butoir de formation du gouvernement par Netanyahu, fixée au 28 mai, est dorénavant dans trois jours, Liberman a vivement recommandé au Likud d’accepter ses requêtes.

« Acceptez nos propositions sur le texte de loi. Nous irons, le cas échéant, vers de nouvelles élections. Le peuple décidera s’il veut un gouvernement de droite ou un gouvernement ultra-orthodoxe », a-t-il écrit.

Il a fait une suggestion pour sortir de l’impasse en laissant entendre, toutefois, que les législateurs pourraient quitter la plénière de la Knesset lors de l’approbation finale de la loi sur le service militaire haredim – « tout comme ils l’ont fait lorsqu’elle a passé le stade de sa première lecture » devant le Parlement israélien.

Dans une pique à Netanyahu, Liberman a écrit que la droite israélienne ne s’apparentait pas « à un culte de la personnalité ».

La droite défend des valeurs, a-t-il ajouté.

« Le service militaire a toujours été une priorité dans la vision du monde proposée par le camp nationaliste », a-t-il commenté.

Le positionnement adopté par Liberman a jusqu’à présent rendu impossible le rassemblement d’une majorité au pouvoir par Netanyahu qui serait composée de partis de droite et religieux.

Le Likud a remporté 35 sièges lors du scrutin du 9 avril. Deux formations ultra-orthodoxes, le Shas et Yahadout HaTorah, ont pour leur part engrangé huit sièges chacune. Le mouvement Koulanou de centre-droit, dirigé par Moshe Kahlon, s’en est adjugé quatre. Et l’Union des partis de droite cinq.

Ensemble, ces partis détiennent 60 sièges à la Knesset, forte de 120 sièges et Netanyahu a également besoin d’Yisrael Beytenu, formation laïque de droite, et de ses cinq sièges pour obtenir une majorité.

Le député Eli Avidar de Yisrael Beytenu (Autorisation)

Dans la matinée de samedi, le député d’Yisrael Beytenu Eli Avidar a accusé le Likud de gérer les pourparlers de coalition de manière « arrogante et irréfléchie », se concentrant d’abord sur la loi sur l’immunité au cours des trois premières semaines qui s’étaient écoulées après le scrutin avant de consacrer ensuite une semaine à décider d’un candidat au poste de contrôleur d’Etat – et attendant le dernier moment pour s’intéresser aux questions relatives à la religion et à l’Etat.

Prenant la parole lors d’un événement culturel organisé au sein du conseil régional d’Eshkol, Avidar a indiqué que le projet de loi entrait dans le cadre des limitations nécessaires à apporter à la « harédisation d’Israël ».

« Nous respections le judaïsme et nous respectons la tradition mais nous ne permettrons pas que le pays en entier soit composé de porteurs de Shtreimel« , a-t-il dit, faisant référence au chapeau traditionnellement porté par un grand nombre d’hommes ultra-orthodoxes mariés.

Vendredi, Liberman a expliqué avoir été approché par des membres du Likud pour former un gouvernement conjoint excluant le Premier ministre, une affirmation qui a été rapidement démentie par le parti au pouvoir.

« Le seul appel lancé à Liberman a été – et il reste – celui de rejoindre un gouvernement de droite sous la direction de Netanyahu », a écrit la formation sur Twitter.

« Il faut trouver un moyen de former un gouvernement afin d’empêcher l’établissement d’un gouvernement de gauche », a-t-il ajouté.

Liberman a également estimé que la « seule alternative » au Premier ministre en titre était l’organisation de nouvelles élections.

Le leader du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman durant la cérémonie de prestation de serment à la Knesset, le 30 avril 2019 (Crédit : Noam Revkin Fenton/Flash90)

Dans son discours de vendredi, Liberman a fustigé le Likud pour sa gestion des pourparlers de coalition, l’accusant de céder du terrain face à ses alliés ultra-orthodoxes.

« Depuis la destruction du Second temple, il n’y a jamais eu un dirigeant qui ait davantage donné aux ultra-orthodoxes que Netanyahu et le temps est donc venu de leur demander quelque chose en retour, pour une fois », a-t-il déclaré.

Dans un post publié sur Facebook dans la matinée de vendredi, Liberman a appelé Netanyahu à « exercer des pressions » sur les ultra-orthodoxes pour qu’ils acceptent l’adoption de la loi sur le service militaire sans changement, « honorant » ainsi « l’accord original » passé avec le précédent gouvernement.

Yahadout HaTorah a nié avoir souscrit à un tel accord, ajoutant qu’il avait toujours été clairement établi que sa faction demanderait à ce que des changements soient effectués dans la proposition de loi.

« Liberman ne dit pas la vérité sur la question du projet de législation », ont rétorqué les leaders de Yahadout HaTorah Yaakov Litzman et Moshe Gafni.

Le président d’Agudat Yisrael, Yaakov Litzman, et celui de Degel Hatorah, Moshe Gafni, signent un accord pour se présenter ensemble aux élections d’avril sous la bannière du Yahadout HaTorah, le 16 janvier 2019. (Degel Hatorah)

Sans Yisrael Beytenu, le Likud pourrait en théorie former un gouvernement minoritaire – si Liberman et son parti ne votent pas en défaveur d’une telle coalition.

Le ministre des Finances Moshe Kahlon a pour sa part exclu une telle possibilité au cours d’une rencontre organisée jeudi entre Netanyahu et d’autres leaders de formations politiques, ont fait savoir les médias en hébreu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Moshe Kahlon font un communiqué de presse conjoint au sujet d’une nouvelle réduction fiscale au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 3 septembre 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Kahlon, à la tête du parti Koulanou, fort de quatre sièges, a estimé qu’un tel gouvernement rencontrerait des problèmes de fonctionnement et qu’il déraillerait rapidement, selon le quotidien Haaretz.

Liberman a boycotté la réunion de jeudi durant laquelle Netanyahu et ses partenaires potentiels de coalition ont juré de faire progresser les tentatives de formation d’un gouvernement.

Cette réunion avait été organisée à l’initiative de Netanyahu, dans son bureau de Jérusalem, alors qu’il se bat pour finaliser la composition de son nouveau gouvernement. Des informations antérieures avaient laissé entendre que Netanyahu réfléchissait également à la possibilité de nouvelles élections générales.

Suite à la rencontre, le parti du Likud a émis un communiqué disant que tous les participants avaient convenu de la nécessité de former un gouvernement de droite sous l’égide de Netanyahu, dans les meilleurs délais. Il a appelé Liberman à « tenir ses promesses et à rejoindre le gouvernement de droite sans davantage tarder ».

« Un gouvernement formé de 60 députés n’est pas un gouvernement de droite mais un gouvernement ultra-orthodoxe qui, au lieu de préserver Israël en tant qu’Etat juif, transformera le pays en théocratie », a dit Liberman, qui a ajouté que son parti laïc « s’opposerait avec force » à un tel gouvernement.

La majorité des analystes politiques estimaient encore jeudi que Netanyahu parviendrait à persuader ses cinq partenaires de coalition potentiels – Yahadout HaTorah, Shas, l’Union des partis de droite, Koulanou et Yisrael Beytenu — à rejoindre sa coalition forte de 65 membres à la Knesset de 120 sièges avant la date-butoir de formation du gouvernement, fixée le 28 mai.

Bezalel Smotrich (droite) et Rafi Peretz (gauche) de l’Union des partis de droite tiennent une conférence de presse après une rencontre avec le président Reuven Rivln à la résidence du Président à Jérusalem le 16 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Pour sa part, le leader de l’Union des partis de droite, le député Rafi Peretz, a dit à Netanyahu que son parti insisterait toujours sur l’obtention des portefeuilles de la Justice et de l’Education au sein du futur gouvernement, a dit la Treizième chaîne. Bezalel Smotrich de l’Union des partis de droite a juré jeudi dans la matinée qu’il serait ministre de la Justice ou que sa formation quitterait la coalition.

Netanyahu veut toutefois installer un député du Likud à la barre du ministère de la Justice alors qu’il tente actuellement d’échapper aux poursuites judiciaires dans trois dossiers criminels où il risque une inculpation. Selon des informations largement rapportées, il chercherait à prôner une législation qui lui accorderait l’immunité face aux diverses poursuites judiciaires.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...