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COVID : Changement de règles pour la quarantaine et recommandations des experts

Une réunion du cabinet est prévue ce soir et le Premier ministre s'est adressé aux citoyens dans une allocution

Le responsable israélien de la lutte contre le coronavirus, Nachman Ash, visite la municipalité de Jérusalem, le 22 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le responsable israélien de la lutte contre le coronavirus, Nachman Ash, visite la municipalité de Jérusalem, le 22 novembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le directeur général du ministère de la Santé, le professeur Nachman Ash, a annoncé mardi que les Israéliens testés positifs pour COVID n’auront à se mettre en quarantaine que durant sept jours, au lieu de 10, à condition que les trois derniers de ces sept jours soient vécus sans symptômes.

Lors des tests que le ministère a effectués ces dernières semaines sur des patients Omicron, seulement 6 % ont montré des signes du virus après sept jours.

Cependant, si les symptômes persistent tout au long de la période d’isolement, les patients doivent alors effectuer 10 jours complets de quarantaine.

Le changement de politique devrait normalement prendre effet à minuit entre mercredi et jeudi.

Le ministre de la Santé Nitzan Horowitz s’exprime lors d’une conférence de presse près de Tel Aviv, le 30 décembre 2021 (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

« Nous n’obligerons pas les gens à rester en quarantaine plus longtemps que nécessaire, afin de protéger leur santé ainsi que l’économie, l’éducation, la culture et de continuer autant que possible une vie normale sous la COVID », a déclaré le ministre de la Santé Nitzan Horowitz (Meretz).

Le Premier ministre Naftali Bennett a tenu une conférence de presse télévisée en direct ce mardi soir pour aborder « l’effort continu pour lutter contre Omicron ». Il s’est s’adressé à la population depuis le siège de Tsahal situé à Tel-Aviv avant une réunion du cabinet.

« Chacun doit prendre ses responsabilités », a-t-il souligné. L’Etat d’Israël « se dirige vers des semaines difficiles mais qu’il n’y pas de place pour la panique et l’hystérie ».

« Omicron est un variant qui infecte plus que tous les autres variants réunis », a déclaré Bennett, tout en promettant que son objectif vise à ce que « l’économie continue de fonctionner ».

« Je ne veux pas voir des gens perdre leur emploi, fermer leur entreprise », a-t-il insisté, en appelant les citoyens à travailler à domicile autant que possible, et en précisant que l’État financera les jours de quarantaine, y compris pour les travailleurs indépendants, dans le cadre d’une nouvelle initiative approuvée par le ministère des Finances.

« Les confinements ne fonctionnent pas », a-t-il affirmé, en donnant l’exemple d’autres pays ayant opté pour cette mesure mais sans obtenir de résultats satisfaisants.

En parallèle à cet objectif économique, a déclaré le Premier ministre, il y a celui de la protection des personnes âgées et des populations les plus à risque ainsi que des enfants non vaccinés. Les règles pour les écoles seront les mêmes que pour les adultes, et donc de nombreux enfants entreront en quarantaine car beaucoup ne sont pas vaccinés.

Il a également parlé des très longues files d’attente dans les stations de test à travers l’ensemble du pays. « Les files d’attente sont longues, je comprends, je déteste faire la queue moi-même, je sais à quel point c’est frustrant », a déclaré Bennett, appelant les gens à ne pas passer de tests PCR s’ils n’ont pas plus de 60 ans.

Près de 38 000 nouveaux cas de COVID ont été confirmés en Israël lundi – un autre record (presque le quadruple par rapport aux pires moments de la crise sanitaire avant Omicron), alors que le pays a été parmi les premiers à vacciner massivement. Le nombre de cas est à la hausse, avec des pronostics de deux à quatre millions de cas sur une population de neuf millions d’habitants.

Une membre du Magen David Adom prélève un échantillon au centre de test rapide du coronavirus érigé par le Magen David Adom dans la ville côtière israélienne de Tel Aviv, le 10 janvier 2022. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Un forum d’experts a, en amont de cette réunion, déclaré au gouvernement que l’évolution de la vague de COVID en cours, alimentée par le variant hautement contagieux d’Omicron, ne pouvait pas être prédite.

Les experts affirment en effet que la vague actuelle ne pouvait pas être stoppée, même avec un confinement.

« Même s’il y avait un confinement, nous aurions beaucoup de cas, c’est d’ailleurs ce que nous avons observé dans de nombreux pays : le confinement n’empêche pas la contamination », souligne l’épidémiologiste Hagaï Levine, président de l’Association israélienne des docteurs spécialisés en santé publique.

Pour lui, le principal risque est « politique ». « A force de changer les mesures, cela crée de la confusion et un sentiment que le gouvernement ne maîtrise pas la situation, ce qui est d’ailleurs vrai, car il n’est pas possible de la maîtriser » face au variant Omicron, dit-il à l’AFP.

Ils déconseillent aussi la fermeture des écoles, mais encouragent ce qu’ils appellent des « solutions hybrides » lorsque les élèves sont positifs à la COVID.

Les spécialistes demandent en outre aux personnes âgées et à haut risque d’éviter autant que possible les foules.

Un vol El Al décolle de l’aéroport international Ben Gurion, le 25 octobre 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Dans les semaines à venir, la vague COVID exercera une pression très intense sur le secteur de la santé, – une pression telle qui empêchera même certains patients de recevoir des traitements pourtant vitaux.

Enfin, les experts recommandent également que le gouvernement limite les grands rassemblements et institue des restrictions pour la plupart des entreprises.

« Nous prévoyons que de nombreux travailleurs seront infectés dans le système de santé et dans les secteurs essentiels de l’économie, c’est pourquoi nous allons étudier avec les experts la possibilité de raccourcir la période d’isolement » des personnes contaminées mais sans symptômes, a indiqué lundi Salman Zarka, chef de la stratégie anticovid du gouvernement.

L’Etat hébreu avait fermé ses frontières après la découverte fin novembre sur son sol d’un premier cas d’Omicron, mais il les a rouvertes dimanche.

Dans les premières semaines, le gouvernement a fermé en grande partie les frontières « pour limiter la circulation du virus et nous avons réussi à tenir pendant un mois », note le professeur Cyrille Cohen de l’université Bar Ilan.

Cyrille Cohen, chef du laboratoire d’immunothérapie à l’université Bar-Ilan (Autorisation)

Cette période devait permettre aux autorités de se préparer à affronter la vague, en encourageant la population à se faire vacciner, ou obtenir une dose de rappel.

Mais le gouvernement n’a pas réussi pendant cette même période « à développer une meilleure capacité de test », souligne à l’AFP ce spécialiste en santé publique.

Estimant que le virus circulait désormais dans le pays et qu’un maintien de la fermeture n’allait rien y faire sinon pénaliser l’économie, le gouvernement a décidé de rouvrir les frontières aux touristes

Aussi, les autorités ont limité les mesures de confinement, maintenu les bars et les restaurants ouverts pour les personnes dotées d’un pass vaccinal et abandonné le traçage des cas.

Image d’illustration : Un restaurant à Tel Aviv. Les loisirs ne sont pas affectés par le récent pic de cas de coronavirus. (Crédit: Miriam Alster/FLASH90)

Aujourd’hui, la stratégie est donc de « transférer une partie de la gestion de la crise du gouvernement aux citoyens », ce qui fait reposer sur eux la responsabilité de se rendre ou non dans certains lieux, de se faire tester et de s’isoler au besoin, note M. Cohen.

Dès décembre 2020, Israël avait été l’un des premiers pays à vacciner massivement sa population, avant de proposer à partir de l’été une dose de rappel.

Ces mesures ont permis de vacciner à deux doses plus de 80% des adultes, et à trois doses un peu plus de la moitié du pays.

Mais comme l’efficacité du vaccin s’étiole après plusieurs mois, le gouvernement a donné son feu vert à une 4e dose pour les personnes vulnérables.

Dr. Hagai Levine. (Capture d’écran : YouTube)

« La 3e dose protège bien contre les cas sévères et la mort mais elle est moins efficace contre la seule contamination. Et ce n’est pas encore clair si la 4e dose augmente l’efficacité (du vaccin) », note M. Levine.

Malgré des premières données de l’hôpital Sheba faisant état d’une multiplication par cinq des anticorps pour les personnes ayant reçu récemment la 4e dose, cela devra prendre un certain temps pour mieux décrypter son efficacité, estiment des experts israéliens, alors que le PDG de Pfizer, Albert Bourla, s’interrogeait lundi sur la nécessité d’une telle dose.

« En Israël on est habitué à s’adapter aux urgences (…) Nous avons administré rapidement la 1e et la 3e dose, et quand on regarde en arrière on se dit que cela a porté ses fruits », philosophe M. Levine.

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