D’anciens généraux attaquent le projet d’annexion de Bennett
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D’anciens généraux attaquent le projet d’annexion de Bennett

D’anciens chefs de la sécurité mettent en garde contre la perte du caractère juif et démocratique d’Israël si les “messianiques” des implantations obtiennent ce qu’ils demandent

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Campagne des "Commandants pour la sécurité d'Israël" présentant une affiche portant le drapeau palestinien et le message "un état pour deux peuples - Palestine", au-dessus de l'autoroute Ayalon, dans le centre de Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Campagne des "Commandants pour la sécurité d'Israël" présentant une affiche portant le drapeau palestinien et le message "un état pour deux peuples - Palestine", au-dessus de l'autoroute Ayalon, dans le centre de Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

D’anciens responsables sécuritaires ont critiqué dimanche Naftali Bennett, ministre de l’Education, pour sa défense de l’annexion de parties de la Cisjordanie. Selon eux, cette mesure ferait perdre à Israël son caractère juif et démocratique.

Les officiers sont des membres d’un groupe appelé « Les commandants pour la sécurité d’Israël », composé d’environ 200 anciens hauts responsables des services de sécurité du pays. Il a pour objectif de promouvoir la solution à deux états.

Cette solution est à présent attaquée puisque « Bennett et ses amis nous mènent vers l’annexion » de la Cisjordanie, a déclaré dimanche soir à Tel Aviv Asaf Hefetz, ancien chef de la police israélienne, pendant une conférence de presse.

Hefetz a été rejoint par le président du groupe, le général de division (de réserve) Amnon Reshef, ancien commandant respecté du Corps des Blindés de Tsahal, Shabtai Shavit, ancien directeur du Mossad, le général de division (de réserve) Gadi Shamni, ancien dirigeant du Commandement du Centre, Yisraela Oron, ancienne directrice adjointe du Conseil de sécurité nationale, et Dani Arditi, qui dirigeait ce même Conseil.

Bennett, qui préside le parti religieux HaBayit HaYehudi, a demandé l’annexion de grandes parties de la Cisjordanie, et particulièrement de la zone C, où Israël maintient un contrôle civil et militaire. Il prévoit de présenter ce mois-ci un projet de loi étendant la souveraineté israélienne à l’implantation de Maale Adumim, près de Jérusalem.

Asaf Hefetz, ancien chef de la police israélienne, pendant une conférence de presse organisée par les "Commandants pour la sécurité d'Israël", à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Asaf Hefetz, ancien chef de la police israélienne, pendant une conférence de presse organisée par les « Commandants pour la sécurité d’Israël », à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Nous ne devrions pas annexer la Cisjordanie et ses 2,5 millions de Palestiniens. Nous devons préserver Israël en tant que démocratie et état du peuple juif », a déclaré Reshef.

Le groupe, formé en 2014, a secoué le pays dimanche en achetant des pleines pages de publicité dans deux des plus grands quotidiens israéliens, et en placardant des affiches dans tout le pays. Sa campagne met en garde contre une prise de pouvoir palestinienne imminente en Israël.

Les militants de gauche et les députés arabes ont critiqué la campagne, jugée raciste.

Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, pose une question au Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant une session de question parlementaire à la Knesset, le 18 juillet 2016. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

« Ce n’est pas une campagne pour la paix. C’est une campagne pour haïr les arabes. C’est laid et inutile, et, dans la période que nous traversons, c’est aussi dangereux », a déclaré le député Ayman Odeh, tête de la Liste arabe unie.

Reshef a nié que la campagne soit offensante.

« Nous ne faisons pas de diabolisation. Il n’y a rien de raciste là-dedans », a-t-il répliqué.

Pendant la conférence de presse à Tel Aviv, le groupe a également réaffirmé son engagement envers une solution à deux états, seul moyen possible selon lui de garantir la sécurité d’Israël et de ses citoyens.

« Je ne veux pas voir des camions arriver de Jabel Mukaber [quartier de Jérusalem Est] et foncer en prenant pour cibles nos soldats. Je n’en veux pas », a déclaré Shamni.

Le général de division (de réserve) Gadi Shamni, ancien dirigeant du Commandement du Centre de Tsahal, pendant une conférence de presse organisée par les "Commandants pour la sécurité d'Israël", à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le général de division (de réserve) Gadi Shamni, ancien dirigeant du Commandement du Centre de Tsahal, pendant une conférence de presse organisée par les « Commandants pour la sécurité d’Israël », à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Shamni faisait référence à l’attentat au camion bélier perpétré à Jérusalem le 8 janvier. Le chauffeur d’un camion, originaire de Jabel Mukaber, avait précipité son véhicule dans un groupe de militaires israéliens, tuant quatre d’entre eux et faisant plus d’une dizaine de blessés.

Selon Shamni, le seul moyen d’empêcher de telles attaques est de se déconnecter entièrement des Palestiniens.

« Je veux que nous soyons ici, et qu’ils soient là-bas. Nous serons comme de bons voisins », a-t-il déclaré.

Shamni a également répondu à l’avance à ceux qui compareraient le projet de séparation du groupe au désengagement d’Israël de la bande de Gaza en 2005. Tous les civils et les soldats israéliens présents dans le territoire côtier étaient alors partis. L’Autorité palestinienne avait initialement pris le contrôle de la bande de Gaza, mais l’avait perdu au profit du Hamas, groupe terroriste qui dirige depuis le territoire palestinien.

Dans les années qui ont suivi le désengagement, des milliers de roquettes ont été tirées sur Israël depuis la bande de Gaza. Pour empêcher de telles attaques, l’armée israélienne a mené trois opérations à grandes échelles à Gaza, l’une en 2008 – 2009, une autre en 2012, et la plus récente en 2014.

Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, devant leurs roquettes Qassam pendant une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de l'assassinat des commandants militaires du Hamas Mohammed Abu Shamala et Raed al-Attar lors d'une parade militaire anti-Israël à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 août 2016. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)
Des membres des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas, devant leurs roquettes Qassam pendant une cérémonie marquant le deuxième anniversaire de l’assassinat des commandants militaires du Hamas Mohammed Abu Shamala et Raed al-Attar lors d’une parade militaire anti-Israël à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 21 août 2016. (Crédit : Saïd Khatib/AFP)

« Ceux qui prennent Gaza et le désengagement comme exemple ne savent pas de quoi nous parlons, a déclaré Shamni. Nous parlons d’une nouvelle Autorité palestinienne. »

En mai dernier, le groupe avait publié un projet, « Changer les règles du jeu », qui expliquait comment « sortir Israël de son impasse actuelle » et relancer le processus de paix paralysé.

Le projet demande la séparation des Palestiniens et l’achèvement de la barrière de sécurité de Cisjordanie, un gel de la construction dans les implantations, l’acceptation du principe de l’Initiative de paix arabe et la reconnaissance que Jérusalem Est appartienne à un futur état palestinien, « quand il sera établi dans le cadre d’un accord futur ».

Dans le cadre de ce projet, l’Autorité palestinienne, précédemment « affaiblie », devra être renforcée pour garantir sa survie et tenir ses engagements pris dans un accord conclu avec Israël.

Shabtai Shavit, ancien directeur du Mossad, pendant une conférence de presse organisée par les "Commandants pour la sécurité d'Israël", à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Shabtai Shavit, ancien directeur du Mossad, pendant une conférence de presse organisée par les « Commandants pour la sécurité d’Israël », à Tel Aviv, le 15 janvier 2017. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mais dans les mois qui ont suivi la publication de leur projet, les anciens hauts gradés ont affirmé n’avoir vu aucun changement, à l’exception des « messianiques » qui poussent le pays à annexer la Cisjordanie.

Shavit, qui a dirigé le Mossad de 1989 à 1996, a affirmé que les dirigeants du pays n’avaient aucun plan pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

« Quelqu’un sait-il ce que veut Israël aujourd’hui ? Quand je dis Israël, je veux parler du gouvernement. Quelqu’un sait-il vers quoi nous nous dirigeons ? Ou plus précisément, quelqu’un sait-il où l’on nous emmène ? », a demandé Shavit.

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