Dans le sud du Liban, d’étranges appels précèdent des frappes israéliennes
Les civils des régions sous domination du Hezbollah signalent de nombreux appels et cas de piratage des caméras de vidéosurveillance avant des frappes de Tsahal

« Bonjour madame, c’est la banque, vous êtes à la maison ? »
Depuis le début des affrontements entre Israël et le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah , des habitants du sud du Liban disent recevoir d’étranges appels, juste avant des frappes israéliennes ciblées.
Les interlocuteurs prétendent réaliser un recensement, distribuer des aides ou travailler pour des institutions publiques, mais les appels sont attribués par des responsables sécuritaires libanais et du Hezbollah à Israël.
Oum Hussein, une septuagénaire originaire du village de Khiam, a reçu un appel d’une banque la semaine dernière, lui demandant de venir retirer une somme d’argent alors qu’elle n’a aucun compte bancaire, raconte à l’AFP son petit-fils, Hassan Choukeir.
« On lui a demandé si elle était à Khiam et l’appel s’est terminé lorsqu’elle répondu qu’elle était à Beyrouth », a-t-il ajouté. Peu après, une frappe israélienne a visé la maison voisine de la sienne dans le village, selon son petit-fils.
Des incidents similaires se sont répétés ces dernières semaines dans le sud du Liban, d’où le Hezbollah lance quotidiennement des attaques contre Israël depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre, pour soutenir le groupe terroriste palestinien du Hamas.
La position du Hezbollah est qu’il tirera des roquettes sur Israël jusqu’à ce qu’il y ait un cessez-le-feu total à Gaza. Israël a déclaré qu’il poursuivrait son opération à Gaza jusqu’à ce qu’il mette fin à la domination du Hamas sur le territoire et ramène les 132 Israéliens qui y sont encore détenus, sur les quelque 240 qui ont été pris en otage le 7 octobre.
Les dirigeants politiques et militaires du pays ont déclaré à de multiples reprises que le Hezbollah devra retirer ses effectifs de la zone frontalière au nord du fleuve Litani, comme l’exige la résolution 1701 de l’ONU de 2006, et que cela se fera soit par la voie diplomatique, soit par la force.
Les chiffres communiqués par Tsahal au 100e jour de la guerre montrent qu’au cours des mois écoulés depuis le 7 octobre, plus de 2 000 projectiles ont été lancés par le Hezbollah et des groupes terroristes palestiniens le long de la frontière libanaise.
Six civils ont été tués du côté israélien, dont une septuagénaire et son fils, décédés cette semaine lorsqu’un missile antichar a frappé leur maison à Kfar Yuval. En plus des morts civiles, neuf soldats et réservistes de Tsahal ont également été tués.
Le Hezbollah a été beaucoup plus durement touché : 162 de ses terroristes ont été tués par Israël depuis le 8 octobre, principalement au Liban, mais aussi en Syrie.
Au Liban, 20 autres membres de groupes terroristes distincts, un soldat libanais et au moins 19 civils, dont trois journalistes, ont été tués.
« Aveugler l’ennemi »
Dans un communiqué, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a demandé aux rares habitants des villages frontaliers, pour la plupart désertés en raison des violences, de ne pas répondre aux appels provenant de numéros libanais inconnus.
« L’ennemi exploite ces informations pour s’assurer de la présence de nos frères combattants [terroristes] dans des maisons qu’il compte cibler », a averti le Hezbollah.
Selon une source sécuritaire, les services de renseignements de l’armée libanaise et de la police attribuent ces appels à Israël qui aurait réussi à infiltrer le réseau de télécommunications libanais.
Selon la source, Israël aurait utilisé cette tactique à de multiples reprises avant de cibler des terroristes du Hezbollah retranchés dans des habitations.
Le 22 novembre, une frappe a ainsi visé une maison du village de Beit Yahoun, tuant cinq membres du groupe terroriste chiite libanais, dont le fils du chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohamed Raad.
Le propriétaire de la maison avait reçu un appel peu avant la frappe, l’interlocuteur s’assurant que la famille n’était pas chez elle, indique la source sécuritaire.
À la question de savoir si ces appels sont le fait d’Israël, une porte-parole de l’armée israélienne a indiqué à l’AFP « ne pas pouvoir répondre ».
Israël aurait également piraté des caméras de surveillance privées devant des maisons ou des commerces dans des villages frontaliers, selon le Hezbollah.
Le groupe terroriste chiite libanais a demandé aux habitants de les éteindre pour « aveugler l’ennemi ».
Un habitant du sud a déclaré à l’AFP sous couvert d’anonymat avoir déconnecté d’Internet les caméras installées autour de sa maison à la demande du Hezbollah.
Manque de protection
Selon la source sécuritaire, trois Libanais soupçonnés d’espionnage auraient été récemment arrêtés. L’un d’eux aurait scanné les réseaux wifi de domiciles dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du groupe terroriste chiite libanais.
Les combattants du Hezbollah ont dit avoir ciblé des dizaines de dispositifs d’espionnage et de caméras installés sur des tours et dans des centres militaires israéliens à la frontière avec le Liban après le début du conflit.
Depuis, Israël aurait davantage recours aux appels et au piratage des caméras de surveillance selon le groupe terroriste chiite libanais, soutenu par l’Iran.
Abed Qataya, directeur des contenus numériques à SMEX, une organisation s’occupant des droits numériques, explique à l’AFP que le piratage est dû au fait que la communication via Internet et les appels téléphoniques sont rarement cryptés.
Selon lui, les caméras de surveillance privées sont reliées à une application mobile téléchargée par l’utilisateur et la connexion Internet est souvent « non cryptée, ce qui facilite son piratage ».
« Israël a un long passif en matière de techniques d’espionnage », rappelle-t-il, ajoutant que les infrastructures de communications au Liban, en plein effondrement économique, sont mal protégées.
Le 7 janvier, les écrans de terminaux de l’aéroport de Beyrouth ont subi une cyberattaque, les pirates ayant affiché des messages hostiles au Hezbollah. Les auteurs n’ont pas été identifiés.
« L’État libanais ne possède aucune expertise en matière de cybersécurité », avait alors reconnu le ministre des Travaux publics et des Transports, Ali Hamié.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.







