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Analyse

Dans un Israël traumatisé, les pacifistes gardent l’espoir d’une solution à deux États

Activistes et politiciens de gauche restent attachés à une solution diplomatique avec les Palestiniens, malgré un soutien en baisse à la solution à deux États après le 7 octobre

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Des proches assistent aux prières en souvenir de la militante de la paix et fondatrice de Women Wage Peace, Vivian Silver, au kibboutz Gezer, le 16 novembre 2023. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)
Des proches assistent aux prières en souvenir de la militante de la paix et fondatrice de Women Wage Peace, Vivian Silver, au kibboutz Gezer, le 16 novembre 2023. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Depuis que la conception du gouvernement du Hamas a volé en éclats il y a deux mois, selon laquelle le groupe terroriste était un acteur rationnel désireux de maintenir la stabilité dans la bande de Gaza, des voix se sont également fait entendre au sein du camp pacifiste de gauche pour demander une révision de ses propres conceptions idéologiques erronées.

Communément appelée « le concept raté » en Israël, l’idée qu’il était possible d’apaiser le Hamas a été désormais catégoriquement rejetée par le gouvernement de droite dure, qui s’était accroché à ce principe directeur jusqu’aux premiers coups de feu tirés par le groupe terroriste lors de l’attaque surprise du 7 octobre, au cours de laquelle ses combattants ont tué 1 200 personnes en Israël, pour la plupart des civils, et ont emmené 240 otages dans la bande de Gaza – 140 d’entre eux y sont toujours.

La gauche a également été contrainte de revoir ses propres conceptions erronées sur Gaza et le Hamas. Ravit Hecht, journaliste au quotidien libéral en hébreu Haaretz, qui s’identifie à la gauche israélienne et aux mouvements pacifistes, a écrit peu après le massacre que même « les conceptions de la gauche avaient volé en éclats ».

« L’élément qui a été le plus durement touché chez de nombreux militants pacifistes relève plus de la vision du monde que de l’idéologie déclarative, plus d’une vision du monde sur la nature humaine », a expliqué le politologue Uriel Abulof, de l’université de Tel Aviv.

« Ce qui a volé en éclats, c’est cette idée que l’être humain est soit bon, soit principalement bon », a-t-il poursuivi. « Et qu’en faisant certains efforts, comme le rapprochement des gens ou l’activisme public, il est possible de changer les choses. »

Immédiatement après les attaques, les militants pacifistes, dont beaucoup ont passé des dizaines d’années à s’efforcer de démentir l’image du Palestinien violent et peu enclin à la coexistence, ont été plongés dans le même profond traumatisme et la même révulsion que le reste du pays.

Des militants de gauche portant une pancarte sur laquelle on peut lire : « Jusqu’au démantèlement de Homesh » en hébreu et en arabe marchent vers Homesh, le 7 juillet 2023. (Crédit : Authorisation/Peace Now)

« Les réactions initiales du mouvement pacifiste ont été exactement les mêmes que celles de l’ensemble de la société israélienne, à savoir le chagrin, le choc, la peur et l’anxiété », a indiqué Lior Amichai, directeur de La Paix maintenant, un groupe phare qui milite en faveur du désengagement d’Israël en Cisjordanie. « Les gens sont tout simplement dévastés. »

Amichai a toutefois ajouté qu’il avait « bon espoir » que le cataclysme actuel déclenché par le 7 octobre et la guerre menée ensuite par Israël contre le Hamas pourraient faire évoluer le discours public et même relancer le processus en faveur d’une solution à deux États. Cette idée, très populaire au niveau international mais stagnante dans la pratique, consiste en la création d’un État palestinien viable aux côtés d’un Israël en sécurité.

En outre, si Israël arrive à déloger le Hamas, le régime qui lui succédera à Gaza pourrait être enclin à participer à un processus de paix, rejeté par le Hamas.

« Notre vision pour cette région se trouve renforcée », a affirmé le dirigeant de La Paix Maintenant, tout en reconnaissant que de « grands points d’interrogation » subsistent quant à la manière de créer une réalité à deux États.

« Je suis plein d’espoir parce que le 7 octobre pourrait bien être le moment qui fera évoluer les choses », brisant le statu quo et l’idée qu’il n’y a « pas d’urgence » dans lequel Israël s’est enfoncé depuis l’échec en 2014 des derniers pourparlers de paix menés par les Américains, a-t-il déclaré.

L’ironie cruelle de l’assaut du Hamas, qui, outre l’ampleur de l’effusion de sang, a choqué les Israéliens par la barbarie des sévices et des violences sexuelles perpétrés par le groupe terroriste, est que bon nombre des civils que le Hamas a massacrés et enlevés comptaient justement parmi les plus ardents défenseurs de la paix avec les Palestiniens.

Il y avait notamment parmi eux Vivian Silver, fondatrice de Women Wage Peace, qui emmenait régulièrement des habitants de Gaza depuis la frontière à leurs rendez-vous médicaux en Israël. Silver a été tuée au kibboutz Beeri, où elle est née. Beeri a été l’une des communautés les plus durement touchées ; c’est aussi l’une des plus connues pour son militantisme en faveur de la paix. Nir Oz, un autre kibboutz dévasté, abritait plusieurs militants pacifistes, dont le couple d’octogénaires Yocheved et Oded Lifshitz, qui ont été kidnappés. Yocheved a été libérée à la fin du mois d’octobre. Son mari est toujours retenu en otage à Gaza.

Une personne tient une affiche de Vivian Silver, en haut au centre, appelant à une intervention immédiate en faveur des otages enlevés en Israël le 7 octobre, alors que du personnel médical et des professionnels de la santé participent à une manifestation devant les bureaux du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Londres, le 9 novembre 2023. (Crédit : AP/Kin Cheung)

Amichai continue à bénéficier du soutien d’autres militants du mouvement pacifiste israélien, certes peu nombreux mais toujours actifs, ainsi que de politiciens de la gauche israélienne en perte de vitesse. Ils sont nombreux à dire que le mouvement pacifiste et la gauche traditionnelle ne savent pas trop comment progresser, mais que leur engagement en faveur de la solution ultime – deux États pour deux peuples – reste très clair.

« Les gens comprennent que même si la solution à deux États est indispensable, il reste de nombreux points obscurs et les gens ne voient pas comment » y parvenir, a expliqué Amichai.

L’idée que les atrocités commises par le Hamas pourraient déboucher sur une relance des efforts de paix est loin d’être un sentiment marginal, même si la voie à suivre reste floue.

« Il est de plus en plus clair qu’il va falloir changer quelque chose après la guerre. Nous ne pouvons pas revenir à la case départ », a affirmé la politologue Tamar Hermann, de l’Institut israélien de la démocratie.

Sous la direction du Premier ministre Benjamin Netanyahu, le gouvernement actuel n’est pas bien placé pour prendre cette initiative. Netanyahu est à la tête d’une coalition intransigeante, composée de membres de son propre parti, le Likud, et de deux partis d’extrême droite qui s’opposent catégoriquement à la perte de la souveraineté juive sur la Cisjordanie.


Le Premier ministre Benjamin Netanyahu se prépare à planter un arbre lors d’un événement organisé à l’occasion de la fête juive de Tu BeShvat, dans l’implantation juive de Mevoot Yericho, en Cisjordanie, près de la ville de Jéricho, le 10 février 2020. (Crédit : AP/Ariel Schalit)

Récemment, Netanyahu a lui-même rassuré les législateurs du Likud en affirmant qu’il était en mesure d’empêcher la formation d’un État palestinien en Cisjordanie. Le dirigeant de longue date a longtemps été accusé de « geler le conflit » plutôt que de le résoudre, notamment en laissant le Hamas être soutenu par de l’argent qatari et avec des mesures visant à améliorer la qualité de vie à Gaza, afin que l’organisation terroriste serve de contrepoids à l’Autorité palestinienne (AP) et empêchant ainsi la possibilité future d’un État palestinien en raison des divisions intenses entre les deux factions palestiniennes.

Cette politique est aujourd’hui dénoncée, tant par son aile droite que par son aile gauche, comme ayant permis au Hamas de se renforcer suffisamment pour permettre la concrétisation des événements du 7 octobre.

Selon Merav Michaeli, ex-leader du parti phare de la gauche, Avoda, les attaques ont prouvé la nécessité d’une autre vision, longtemps défendue par les colombes politiques israéliennes.

« Non seulement la notion de solution politique au conflit israélo-palestinien n’a pas échoué, mais il est désormais encore plus évident que c’est la seule option possible », a-t-elle déclaré.

L’ex-cheffe du parti Avoda, Merav Michaeli, rendant visite aux familles des Israéliens pris en otage par le Hamas à Gaza, lors d’une manifestation devant le ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 14 octobre 2023. (Crédit : Tomer Neuberg/FLASH90)

Mais comme pour illustrer le désarroi de la gauche, Michaeli a annoncé jeudi qu’elle démissionnait de son poste de présidente du parti, un an après avoir été tenue pour responsable des mauvais résultats du parti dans les sondages et de l’échec du Meretz, un autre parti de gauche, à remporter un siège à la Knesset.

En déclin depuis l’effondrement du processus de paix d’Oslo il y a plus de vingt ans, la gauche politique s’était ralliée au centre pragmatique, qui risque d’être moins enthousiaste dans son soutien à la création d’un État palestinien à la suite des attaques.

« Il me semble que les gens sont plus inquiets, même en ce qui concerne l’éventualité de solutions pragmatiques, cela ne fait aucun doute », a déclaré Gideon Rahat, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem.

Encore traumatisés par l’assaut du 7 octobre, une partie des Israéliens n’est plus favorable à une solution à deux États. Un sondage réalisé trois semaines après les attaques a révélé que 28,6 % des Israéliens juifs étaient en faveur d’une solution à deux États, contre 37,5 % un mois plus tôt, selon le sondage Peace Index de l’université de Tel Aviv.

Le même sondage révèle que seulement 8,5 % des Israéliens juifs sont favorables à une solution à un seul État, démocratique, réunissant les Israéliens et les Palestiniens. Aucune question distincte n’a été posée sur la préférence pour le statu quo actuel.

Toujours selon le sondage, seuls 24,5 % des Israéliens juifs sont favorables à des négociations de paix avec l’Autorité palestinienne (AP).

Le dirigeant de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas rencontrant le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le Premier ministre belge Alexander De Croo, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 23 novembre 2023. (Crédit : Alaa Badarneh/Pool via AP)

Et pourtant, même si les émotions sont à vif et que la dynamique politique est en faveur d’une position plus dure à l’égard des Palestiniens, les académiciens et les activistes rappellent que les bouleversements les plus radicaux produisent parfois les résultats les plus inattendus.

« 2023 est souvent comparé à 1973 », a indiqué Abulof, en référence à l’invasion coordonnée de l’Égypte et de la Syrie qui a déclenché la guerre du Kippour en 1973, 50 ans plus tôt.

« Mais les gens ont tendance à oublier que quatre ans plus tard, [le président égyptien pacifiste Anouar] Sadate s’est rendu à Jérusalem », a ajouté Abulof.

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