De fines lames vieilles de 500 000 ans aidaient l’homme à dévorer les éléphants
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De fines lames vieilles de 500 000 ans aidaient l’homme à dévorer les éléphants

Une équipe de l'Université de Tel Aviv explique comment les premiers humains recyclaient les sous-produits de la taille de pierre pour tuer efficacement les éléphants et se nourrir

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Une minuscule écaille vieille de 500 000 ans du site de Revadim. (Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai/Tel Aviv University)
Une minuscule écaille vieille de 500 000 ans du site de Revadim. (Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai/Tel Aviv University)

Il y a environ 500 000 ans, dans un site à proximité du kibboutz Revadim en Israël, les premiers hommes ne nettoyaient pas leurs couteaux – ce qui a beaucoup façonné l’homme moderne. Une nouvelle étude menée par l’université de Tel Aviv a décelé des résidus de graisse d’éléphant sur une série d’outils – principalement des petites écailles de 5 cm semblables à des scalpels, que les chercheurs pensaient être des produits dérivés de la création de plus grands outils en pierre.

Selon une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue spécialisée Scientific Reports de Nature, il semblerait que les premiers hommes ont utilisé ces morceaux de silex pour découper avec plus de précision des proies plus grandes.

L’article, intitulé « Des résidus animaliers trouvés sur de minuscules outils paléolithiques révèlent leur utilisation pour la boucherie », est le fruit d’une étude de trois ans menée par une équipe de recherche internationale conduite par le Dr Flavia Venditti et le professeur Ran Barkai du Département d’Archéologie et des cultures anciennes du Proche-Orient de l’université de Tel Aviv, qui ont été rejoints par des scientifiques de l’Université de la Sapienza de Rome.

Le Dr Flavia Venditti, chercheuse en post-doctorat, de l’université de Tel Aviv. (Crédit)

Les minuscules écailles examinées ont été découvertes lors de fouilles en 2011 du site acheuléen du Paléolithique inférieur à Revadim.

L’implantation préhistorique renfermait une large collection de grands outils en pierre, y compris de dizaines de manches de haches et de racloirs, avec un très grand nombre d’os d’animaux. Ce qui est nouveau dans l’étude en question, c’est l’analyse de 283 outils de précision qui étaient autrefois utilisés par des hommes des cavernes stigmatisés et maladroits il y a
300 000 à 500 000 ans.

Une minuscule écaille vieille de 500 000 ans du site de Revadim: un résidu d’os est coincé dans une écaille utilisée pour séparer la viande de l’os. (Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai/Université de Tel Aviv)

« Pendant des années, des archéologues n’ont pas fait attention à ces petites écailles. Ils se sont plutôt focalisés sur des manches de hache plus imposantes et élaborées et d’autres outils en pierre impressionnants », explique le professeur Barkai dans un communiqué de presse. « Mais maintenant, nous avons de preuves concrètes démontrant l’usage vital de ces écailles de 5 cm ».

Selon le communiqué de presse, « les outils minuscules étaient utilisés à différentes étapes de l’activité de boucherie qui nécessitait des coupes de précision, comme la section de tendons, le découpage de la viande et le retrait du périoste pour accéder à la moelle ». Étant donné que la survie des premiers hommes dépendait de chaque morceau qu’ils pouvaient manger, ces précieux outils de précision ont rendu l’activité de boucherie beaucoup plus efficace.

« Les minuscules écailles servaient à découper délicatement des parties extraites des éléphants, mais aussi d’autres carcasses d’animaux pour en tirer la moindre calorie possible », indique le chercheur.

Le professeur Ran Barkai de l’Université de Tel Aviv (Crédit)

En plus d’un examen au microscope, des expériences ont été menées avec des reproductions des outils. Les essais ont montré qu’avec des outils en pierre plus connus comme la hache et les grattoirs, « des petites écailles ont dû être utilisées pour des tâches délicates ».

Flavia Venditti, la responsable de l’étude, fait savoir que l’analyse des recherches incluait des observations de résidus organiques et inorganiques. Des 283 écailles étudiées, 107 montraient des signes de découpage de carcasses d’animaux.

« Nous cherchions des signes de dégâts sur la pointe, de striations, de cirage, de résidus organiques pris dans les dépressions des minuscules écailles de silex, pour comprendre l’usage de ces silex », ajoute-t-elle.

Dans l’article, l’équipe affirme avoir démontré que les écailles font « partie d’une série d’outils variés et conçus spécifiquement à cet effet pour des tâches spécifiques de l’activité de découpage de la viande. En tant que tels, ces outils font partie d’une série de premières adaptations humaines qui incluent d’autres comportements complexes comme l’usage du feu et la chasse de gros gibiers ».

Un côte d’éléphant trouvée à Revadim, en Israël. (Crédit photo: Ran Barkai)

Des découvertes sur le site de Revadim publiées antérieurement incluent des outils plus imposants pour découper des éléphants avec un os de côte spécifiquement coupé à cet effet. La découverte de plus grands outils mais aussi de plus petites écailles de silex ont permis de comparer les résidus de graisse retrouvés sur les deux supports. « Le site acheuléen du Paléolithique inférieur de Revadim nous donne une opportunité sans précédent d’explorer pour la première fois la production et l’usage d’une série d’outils produits grâce au recyclage lithique », précise l’article.

Le professeur Barkai affirme que rien n’était gâché à l’époque des premiers humains.

« Les outils en pierre usagés ont été recyclés pour produire de nouveaux petits outils de coupe. Cela reflète une culture raffinée, précise, réfléchie et soucieuse de l’environnement. Cette conscience écologique a permis aux anciens humains de prospérer pendant des milliers d’années », révèle-t-il.

Archéologie expérimentale : coupe de la peau à l’aide d’une réplique d’une écaille minuscule de 500 000 ans trouvés à Revadim. (Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai)

Entre autres objectifs, les chercheurs espèrent que la nouvelle étude permettra de revoir l’opinion que l’on se fait de nos ancêtres lointains.

« Nous avons l’image d’anciens humains comme de grosses créatures encombrantes qui attaquaient les éléphants avec de grosses armes en pierre. Ils avalaient ensuite autant d’éléphants que possible et s’endormaient », regrette Dan Barkai. « En réalité, ils étaient beaucoup plus sophistiqués que ça. »

Des fibres osseuses vieilles de 500 000 ans piégées dans le rebord opérationnel d’un minuscule éclat à Revadim. (Dr. Flavia Venditti et Prof. Ran Barkai/Tel Aviv University)
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