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De rares archives sauvées de la poubelle témoignent de l’histoire juive d’Alsace

Les documents ont été retrouvés en 2012 lors de rénovations de l’ancienne synagogue longtemps transformée en gymnase, qui doit accueillir prochainement un centre culturel

Un livre retrouvé à Dambach-la-Ville en 2012. (Crédit : Musées de Strasbourg/Mathieu Bertola)
Un livre retrouvé à Dambach-la-Ville en 2012. (Crédit : Musées de Strasbourg/Mathieu Bertola)

En octobre 2012, Yvette Beck-Hartweg, passionnée d’histoire locale et alertée par l’adjointe au maire de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), a permis de sauver de rares archives témoignant de l’histoire juive d’Alsace, qui s’apprêtaient à partir à la déchèterie – une histoire rappelée et narrée par Le Parisien le mois dernier.

Les documents ont été retrouvés lors de rénovations de l’ancienne synagogue longtemps transformée en gymnase, qui doit accueillir prochainement un centre culturel.

Ils témoignent de la vie de l’ancienne communauté juive de la ville, installée là depuis le début du XIVe siècle, et qui a disparu à la fin du XIXe siècle en raison de l’exode rural puis de la Shoah le siècle suivant.

Yvette Beck-Hartweg a fini par réaliser qu’elle avait ainsi permis de sauver les archives collectées dans la « genizah », cache de la synagogue destinée à recevoir les documents, textes et objets qui n’avaient plus d’utilité mais qui ne devaient être ni détruits ni profanés car tenus pour sacrés, contenant le nom divin, et ne pouvant être qu’enterrés selon certaines règles rituelles.

Les vestiges exhumés à Dambach-la-Ville ont ainsi une valeur inestimable pour les historiens, et des bénévoles de la Société d’histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine (Shial) sont vite arrivés pour s’y intéresser de plus près.

Parmi les 900 objets retrouvés : une amulette kabbalistique, « fabuleuse » selon Claire Decomps, conservatrice en chef à l’Inventaire de Lorraine qui a aussi travaillé sur les découvertes.

249 mappot ont également été retrouvées – des bandes de tissu utilisées pour attacher et maintenir fermé le rouleau de Torah la plupart du temps confectionnées après la circoncision d’un enfant juif dans les communautés ashkénazes. Les enfants sont censés apporter ces tissus – sur lesquels se trouvent le nom de l’enfant, sa date de naissance et la bénédiction récitée – à la synagogue à l’âge de 3 ans. 25 des mappot retrouvées datent du XVIIe siècle, et la plus ancienne remonte à 1614.

Les recherches qui ont suivi la découverte et l’inventaire ont été « passionnants et émouvants », a expliqué Yvette Beck-Hartweg au Parisien. « Les nombreux livres — de droit, de philosophie ou de voyage — révèlent par exemple que cette communauté était très cultivée. »

L’inventaire a finalement pris fin en juin 2013, et la ville a fait don de près de 900 objets au Musée alsacien de Strasbourg, qui s’est attelé à leur restauration. La découverte a fait objet d’une exposition en 2016, « Héritage inespéré », à Strasbourg puis à Paris.

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