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Décès de Ruth Fein, « géante absolue de la communauté juive de Boston »

Brisant les plafonds de verre, Fein a joué un rôle déterminant dans la transformation de la vie communautaire, mettant dans son travail toute sa passion pour les causes sociales et pour les causes juives

Ruth Fein, la première femme à présider l'organisation Combined Jewish Philanthropies de Boston, lors d'une promenade en bateau sur le Lake George, dans le Massachussets. (Crédit : Michael Fein via JTA)
Ruth Fein, la première femme à présider l'organisation Combined Jewish Philanthropies de Boston, lors d'une promenade en bateau sur le Lake George, dans le Massachussets. (Crédit : Michael Fein via JTA)

BOSTON (JTA) — Lorsque Ruth Fein, son mari et ses quatre enfants avaient déménagé de Washington pour s’installer à Boston, en 1986, elle s’était immergée dans sa nouvelle communauté.

Fein avait fait du bénévolat dans les écoles publiques de ses enfants ; elle avait été bénévole au Temple Reyim, la nouvelle synagogue fréquentée par la famille à Newton et dans des organisations juives, notamment au sein de Hadassah et de la fédération juive locale, le groupe Combined Jewish Philanthropies of Greater Boston (CJP).

Elle avait rapidement appris que la communauté juive de Boston était très différente de celle de Washington où l’engagement politique était plus largement accepté, avait confié Fein dans un entretien accordé en 2012 à la branche de Boston de l’organisation Jewish Women’s Archive.

Elle avait été surprise par le fait que les membres de la communauté ne semblaient pas avoir conscience de l’importance de s’impliquer dans les affaires législatives et le fait que « le gouvernement joue un rôle et que la politique joue aussi un rôle » dans la vie communautaire juive, avait-elle ajouté.

Passionnée par les causes sociales, Fein avait mis ses compétences habiles au service du changement au sein de la communauté juive de Boston, qu’elle avait transformée en métamorphosant des idées ambitieuses en initiatives durables dont la résonnance allait bien au-delà des seules frontières de l’état.

Elle avait aussi brisé le plafond de verre en devenant la première femme présidente du Conseil d’administration de l’organisation CJP et elle avait aussi été présidente du Jewish Community Relations Council (JCRC) pour le Grand Boston.

Elle s’est éteinte le 18 février à son domicile de Boston. Elle était âgée de 96 ans.

Parmi ses nombreuses fonctions de leadership, Fein avait été la fondatrice du Mémorial de la Shoah de Nouvelle-Angleterre et elle avait aussi été l’une des fondatrices et directrices de Jewish Women’s Archive.

« C’était une passionnée de la défense de la justice sociale, de la vie juive et d’Israël », commente Nancy Kaufman auprès de la JTA. Kaufman était la directrice-exécutive du JCRC quand Fein en était la présidente. Et elle avait continué à s’investir dans l’organisation de longues années après son départ, poursuit-elle.

Ruth était « une géante absolue de la communauté juive de Boston », déclare de son côté le directeur-exécutif actuel du JCRC, Jeremy Burton. Il évoque son rôle déterminant dans la mise en place d’une coalition qui consacrait ses activités à l’alphabétisation et dans celle d’un programme d’éducation au sein de l’organisation, ainsi que sa participation active dans la création du mémorial de la Shoah.

En 1999, en réponse à un appel national lancé par le président américain Bill Clinton qui cherchait des bénévoles dans le cadre de son initiative America Reads, Kaufman avait chargé Fein qui, pendant des années, avait lutté contre l’analphabétisme et qui avait travaillé dans des bibliothèques scolaires, de prendre la tête de la Coalition juive pour l’alphabétisme du Grand Boston, une instance relevant du JCRC. Fein avait trouvé les financements nécessaires et elle avait su mobiliser les bénévoles, indique Kaufman.

Le sénateur américain Ted Kennedy, qui avait lui-même fait du volontariat dans ce cadre, avait pris la parole lors d’une conférence de presse au Faneuil Hall, où Fein avait annoncé que la communauté juive mettrait à disposition du projet mille bénévoles dont cent étaient originaires de Boston et de ses environs.

« Elle a joué un rôle déterminant » dans ce programme qui continue avec succès à ce jour, note Kaufman qui, pour sa part, a ensuite pris le poste la directrice-générale du National Council of Jewish Women.

Il y avait peu de modèles féminins dans la vie communautaire juive quand Kaufman avait pris les rênes du JCRC en 1990, ajoute-t-elle. Fein avait été son mentor et elle était aussi devenue une amie chère. Elle avait formé toute une génération de bénévoles également qui la considéraient comme une source d’inspiration, raconte-t-elle.

Au sein de l’organisation Hadassah, où elle avait tenu des rôles de premier plan, elle avait été la première femme à prendre la présidence de la American Jewish Historical Society, qui a nommé un prix en son honneur.

Selon son fils Michael, sa passion pour les causes juives et pour les causes sociales était égale à son dévouement pour une large famille, qui comprenait plusieurs générations.

Elle passait ses étés à Lake George, où elle et son époux avaient une maison dans le style architectural des Adirondacks sur les terres où ses parents et son frère avaient aussi fait construire une habitation ; d’autres membres de la famille avaient des maisons à proximité.

A Shabbat, le vendredi soir, « on se retrouvait dans la grande pièce et on chantait des chansons juives et on récitait des poèmes ridicules », a raconté son fils à la JTA lors d’un entretien téléphonique.

Ruth Breslau était née en 1927 à New York City. Son père était rabbin.

Pendant la Grande dépression, la famille avait quitté le Connecticut, où son père travaillait dans une synagogue, pour Washington, où il avait ouvert une entreprise de vente de tissu au détail avec de l’argent rassemblé par la famille, avait raconté Fein au JWA.

En 1949, cette ancienne étudiante du Goucher College avait épousé Rashi Fein, qu’elle avait rencontré à la Johns Hopkins University. La carrière universitaire de son époux, qui était économiste spécialisé dans les soins de santé, avait emmené le couple à l’Université de Caroline du nord, à Chapel Hill, où étaient nés trois de leurs quatre enfants.

Au cours des onze années suivantes, la famille avait aussi vécu à Washington, où Rashi Fein avait été membre du Comité des conseillers économiques du président John F. Kennedy. L’installation à Boston avait eu lieu en 1968, quand Rashi avait rejoint Harvard. Le couple avait été marié pendant 65 ans jusqu’à la mort de Rashi, en 2014.

Fein, qui avait reçu un doctorat honoraire de son ancienne université et un autre du Hebrew College, se consacrait aux causes civiles. Elle avait notamment été membre du conseil d’administration de l’organisation United Way of Massachusetts et elle avait été membre du Conseil de supervision du Beth Israel Deaconess Medical Center.

Mais sa vie avait été empreinte de son identité juive, formée par les valeurs dont elle avait hérité de sa famille et de sa foi. Elle comparait son identité juive « aux rayons d’une roue. Plus il y a de rayons et mieux c’est », avait-elle dit à JWA. « La roue est constituée de cette conscience d’un héritage et… de l’Histoire et d’une mémoire partagée… de culture partagée. Et une grande partie est constituée par la religion juive ».

Des valeurs qui peuvent être universelles, avait-elle noté. « Mais pour nous, nous les avons apprises à travers notre identité juive. C’est important pour nous ».

Elle avait perdu, en plus de son époux, ses deux aînés, Bena et Alan. Elle laisse derrière elle ses deux autres enfants, Michael et Karen; quatre petits-enfants, ainsi que son frère et sa belle-sœur, Joel et Bernice Breslau.

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