Démission du directeur de l’hôpital de Bnei Brak après des propos controversés
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Démission du directeur de l’hôpital de Bnei Brak après des propos controversés

Critiqué pour ses commentaires sur le non-respect généralisé des restrictions, Moti Ravid précise qu’il faisait référence aux "mouvements extrémistes" qui les rejettent

Professeur Moti Ravid. (Arielinson / Wikipedia)
Professeur Moti Ravid. (Arielinson / Wikipedia)

Le directeur d’un hôpital de la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak a annoncé sa démission jeudi suite à une polémique après qu’il a accusé lors d’une interview des membres de la communauté hassidique de « tuer des gens » en bafouant les directives sur le coronavirus.

Le professeur Moti Ravid, directeur du centre médical ultra-orthodoxe Mayanei Hayeshua, a exprimé sa frustration à l’égard de la communauté hassidique à la radio publique Kan, pour ce qu’il a qualifié d’« un des événements les plus anarchiques de l’histoire de l’État d’Israël. »

Ses commentaires interviennent suite aux nombreuses informations dénonçant les violations massives des restrictions liées au coronavirus dans diverses villes et quartiers ultra-orthodoxes.

Ravid a déclaré que, alors que la majorité des habitants de la ville essaient de se conformer aux réglementations gouvernementales, à Bnei Brak il y a « des quartiers hassidiques qui bafouent les règles », et que « parler aux rabbins n’aidera pas… Dans une certaine mesure, [ils] ont perdu le contrôle de leurs communautés. »

Un patient infecté par le coronavirus pendant la prière du matin au centre médical Mayanei Hayeshua, à Bnei Brak, le 27 avril 2020. (Nati Shohat / Flash90)

« Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu de groupe entier se permettant d’ignorer à ce point l’autorité et de tuer des gens… Je ne comprends pas ce que la religion a à voir avec ce qu’ils font. On les a habitués à tout obtenir et à ne jamais rien donner en retour depuis des années », a-t-il déclaré.

Interrogé sur ce qui se passait dans la communauté Haredi non-hassidique, Ravid a déclaré : « Les gens de Bnei Brak pour la plupart ne sont pas comme ça, ce sont des gens comme vous et moi qui essaient de suivre les directives. [Cependant,] ils n’y parviennent pas vraiment parce que la population de la ville est très dense, et cela fait partie de leur mode de vie. »

Les commentaires de Ravid ont rapidement été condamnés par les députés ultra-orthodoxes.

Le vice-ministre des transports, Uri Maklev (du parti Yahadut Hatorah), a qualifié Ravid « d’homme plein de haine et d’hypocrisie » et l’a accusé de « gagner sa vie grâce à ce public qui le dégoûte tellement ».

Le député Ya’akov Asher, du même parti, a déclaré à la Douzième chaîne que Ravid travaillait avec la communauté locale depuis 20 ans. Il a regretté ces commentaires « malheureux » et souhaite « les attribuer à l’épuisement » de tous dans le système de santé, mais a également déclaré que Ravid n’avait clairement pas réussi à « percer à jour » la communauté malgré toutes ses années à travailler à son contact.

Le vice-ministre des transports, Uri Maklev, avec un masque facial lors d’une conférence de presse au ministère des transports à Jérusalem, le 8 juillet 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Asher a déclaré que la majorité des ultra-orthodoxes respectait les règles. « Je viens de Bnei Brak… C’est comme Tisha B’av là-bas », a-t-il déclaré à propos des rues, calmes, qui regorgent généralement d’événements de célébrations lors des fêtes de Souccot.

En réponse aux critiques intenses suscitées par ses remarques, Ravid a annoncé qu’il démissionnerait, tout en insistant sur le fait qu’il avait été mal compris et qu’il voulait aider le public ultra-orthodoxe.

« Je faisais référence aux mouvements extrémistes », a-t-il dit. « Je ne voulais offenser personne. Je m’excuse auprès des personnes qui ont été blessées. »

Dans une interview à la Douzième chaîne jeudi soir, Ravid a réitéré qu’il faisait référence à une « minorité » extrémiste de la communauté ultra-orthodoxe qui « n’écoute pas les rabbins et fait ce qu’elle veut ».

Il a dit qu’il avait parlé « par frustration et douleur. En tant que personne qui voit des gens mourir tous les jours », a-t-il ajouté, « il m’est douloureux de voir mourir des gens qui n’auraient pas dû mourir, simplement parce que quelqu’un ne portait pas de masque ou ne respectait pas la distanciation sociale. »

Il a annoncé avoir démissionné parce que « le PDG de l’hôpital est venu me voir et m’a dit que je causais du tort à l’hôpital ».

Mayanei Hayeshua se décrit comme un hôpital ultra-orthodoxe et dispose d’un personnel d’experts rabbiniques pour répondre aux questions religieuses qui peuvent survenir lors de la prestation de soins médicaux.

La direction de l’hôpital a accepté la démission de Ravid et a exprimé ses regrets pour ses « remarques offensantes ».

Des Juifs haredim du mouvement hassidique de Shomrei Emunim assistent aux funérailles du rabbin Refael Aharon Roth, 72 ans, décédé du coronavirus, à Bnei Brak, en Israël, le 13 août 2020. (Crédit : AP Photo / Oded Balilty)

Les ultra-orthodoxes d’Israël ont été particulièrement touchés par le virus et ont fait l’objet de vives critiques de la part d’autres segments de la société pour des cas très médiatisés de non-respect des règles, notamment lors du deuxième confinement en cours.

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