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Des Américano-pakistanais en visite voient une promesse dans le high-tech israélien

Une délégation de personnalités religieuses et de journalistes rencontrera le président et se rendra dans les lieux saints, explorant la possibilité d'élargir les liens

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Des leaders pakistano-américains examinent des technologies agricoles en plein désert dans le conseil régional de  Shaar HaNegev, le 19 septembre 2022. (Crédit : Sharaka)
Des leaders pakistano-américains examinent des technologies agricoles en plein désert dans le conseil régional de Shaar HaNegev, le 19 septembre 2022. (Crédit : Sharaka)

Une délégation de douze leaders américano-pakistanais est arrivée en Israël, dimanche, pour une visite de six jours dont l’objectif est de renforcer les liens entre deux pays qui n’entretiennent par ailleurs aucune relation diplomatique.

L’objectif de ce voyage, selon ses organisateurs, est « de permettre aux participants de voir et de découvrir Israël de leurs propres yeux et de pouvoir transmettre ce qu’ils ont appris et ce qu’ils ont vécu aux Pakistanais, aidant, avec les nouvelles informations dont ils disposent, à nourrir le débat actuellement en cours sur l’éventuelle adhésion du Pakistan aux Accords d’Abraham. »

Et suite aux inondations meurtrières qui ont frappé le Pakistan, la délégation accordera une attention toute particulière aux technologies israéliennes en matière de traitement de l’eau et de sécurité alimentaire, et aux spécialités high-tech qui offrent la possibilité d’atténuer l’impact dévastateur des catastrophes environnementales.

Nasim Ashraf, médecin et ancien ministre pakistanais du Développement humain, a déclaré lundi au Times of Israel que les technologies agricoles qu’il a pu examiner dans la région frontalière à Gaza pouvaient être appliquées au Pakistan.

« Nous avons passé la journée entière à découvrir les avancées faites dans les technologies de réutilisation de l’eau et dans les technologies agricoles », a expliqué Ashraf. « Ce qu’a fait Israël dans ces domaines est remarquable. On transforme ainsi des déserts en terres agricoles à un coût très bas ».

Le groupe a visité trois kibbutzim sur la frontière avec Gaza — Alumim, Erez et Nir Am — pour discuter des technologies agricoles.

Une délégation de leader américano-pakistanais visite la frontière avec la Bande de Gaza au monument de la Flèche noire, le 19 septembre 2022. (Crédit : Sharaka)

Le groupe va également rencontrer le président Isaac Herzog, des hauts-responsables militaires, des chefs d’entreprise et des experts politiques.

Les discussions, lundi, ont également porté sur la situation sécuritaire à la frontière avec Gaza. Encore au programme de ce séjour, la délégation s’est rendue mercredi dans les lieux saints musulmans, chrétiens et juifs – notamment à la mosquée Al-Aqsa sur le mont du Temple – dans la Vieille ville de Jérusalem.

« Les vannes sont ouvertes ; le choc initial s’est transformé en prise de conscience que les musulmans et les Juifs sont tous deux les enfants du prophète Abraham, la paix soit sur lui », a commenté Anila Ali, à la tête de l’AMMWEC (American Muslim and Multifaith Women’s Empowerment Council). « Nous devons donc continuer notre ouvrage qui est de construire la paix en créant des liens individuels pour promouvoir les Accords d’Abraham dans les pays musulmans. Si nous devons construire un avenir meilleur pour nos enfants, nous devons laisser derrière nous les griefs du passé ».

Une zone résidentielle de la ville de Dera Allah Yar town après les fortes pluies de la mousson à Jaffarabad, au Pakistan, le 30 août 2022. (Crédit : Fida HUSSAIN / AFP)

La visite a été organisée par l’AMMWEC et par Sharaka, une organisation apparue suite aux accords de paix de 2020 pour promouvoir la paix et la coopération dans la région.

Les deux groupes avaient fait venir des responsables musulmans américains en Israël et aux Émirats arabes unis au mois de mai.

Le présentateur pakistanais Imtiaz Mir (Autorisation)

Le présentateur de télévision pakistanais Imtiaz Mir a appelé son pays à suivre l’exemple des EAU, de Bahreïn et du Maroc en établissant des relations avec l’État juif.

« J’ai ouvertement suggéré qu’Islamabad devait réfléchir à normaliser les liens avec Tel Aviv pour rester en phase avec la géopolitique changeante du Moyen-Orient », a-t-il dit au Times of Israel.

Israël a signé en 2020 des accords de normalisation des relations diplomatiques sans précédent avec trois pays arabes, et œuvre actuellement à finaliser un tel accord avec le Soudan, un pays qui est en proie aujourd’hui à de graves troubles politiques.

Israël et le Pakistan se sont fait des avances dans le passé, notamment quand les ministres des Affaires étrangères s’étaient rencontrés à Istanbul en 2005 suite au retrait israélien de la bande de Gaza. Mais il n’y a eu aucune initiative majeure entreprise en public pour établir des relations, alors même que l’État juif s’est rapproché, ces dernières années, de l’Inde, rivale du Pakistan.

Selon les données nationales pakistanaises, il y a 745 citoyens Juifs enregistrés dans le pays, fort d’une population d’au moins 220 millions d’habitants.

Dan Feferman, haut-responsable au sein de l’organisation Shakara, a salué la volonté affichée par les participants à risquer les menaces pour venir en Israël.

« Cela ne signifie pas qu’ils doivent être en accord ou qu’ils doivent aimer tout ce que fait Israël, mais le dialogue, tout comme le fait de venir voir les choses de ses propres yeux, est déterminant », a-t-il commenté. « De plus, les technologies et le savoir-faire israéliens peuvent grandement aider les Pakistanais et l’État d’Israël est plus que désireux de les partager avec tous ses nouveaux amis ».

L’Américano-pakistanaise Anila Ali, à gauche, offre un livre au président Isaac Herzog pendant un rare voyage d’une Pakistanaise en Israël, au mois de mai. (Capture d’écran : Twitter)

La visite du mois de mai, qui avait essentiellement rassemblé des expatriés pakistanais vivant en Amérique, avait fait des vagues au Pakistan. Le journaliste Ahmed Quraishi avait été écarté des écrans et limogé par la télévision pakistanaise dans le sillage de son voyage à Jérusalem.

La chaîne de télévision d’État, au Pakistan, avait écrit sur Twitter qu’elle avait renvoyé Quraishi, qui s’était rendu en Israël « à titre personnel ». Le ministre de l’Information pakistanais Marriyum Aurangzeb avait également attribué le licenciement de Quraishi à sa visite au sein de l’État juif.

Parmi les personnalités qui avaient critiqué ce séjour, l’ancien Premier ministre Imran Khan. Khan est un ancien champion de cricket devenu politicien islamiste et il a été été battu lors des dernières élections pakistanaises, qui ont eu lieu au mois d’avril. Il avait déclaré que la visite à Jérusalem visait à ouvrir la voie à la reconnaissance finale d’Israël par le Pakistan – ce que la délégation avait nié. Quraishi avait été limogé au lendemain d’un discours de Khan qui avait condamné avec force ce voyage en Israël.

« Nous n’avons pas l’intention de parler pour le gouvernement pakistanais, de dire s’il faut normaliser les relations avec Israël ou non », avait dit Ali au mois de mai. « Cette question est entre les mains des gouvernements israélien et pakistanais ».

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