Des chercheurs israéliens cultivent des dattes à l’aide de graines de 2 000 ans
Rechercher

Des chercheurs israéliens cultivent des dattes à l’aide de graines de 2 000 ans

Six jeunes pousses ont été obtenues à partir de graines recueillies sur des sites archéologiques de Judée ; les scientifiques espèrent une pollinisation et produire des fruits

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Photo illustrative de dattiers près de la mer Morte, au sud d'Israël, le 10 septembre 2017. (Yaniv Nadav/Flash90)
Photo illustrative de dattiers près de la mer Morte, au sud d'Israël, le 10 septembre 2017. (Yaniv Nadav/Flash90)

Des chercheurs israéliens ont révélé mercredi qu’ils ont réussi à faire pousser des dattiers qui avaient disparu à partir d’anciennes graines retrouvées sur des sites archéologiques dans le désert de Judée.

Des dizaines de graines ont été glanées dans des sites archéologiques de la région aride de la mer Morte, dont la forteresse de Massada, construite au sommet d’une colline par le roi Hérode le Grand au premier siècle avant l’ère commune, et le site antique de Qumran, célèbre pour la découverte des manuscrits de la mer Morte dans les années 1940.

Six jeunes arbres ont poussé à partir de 32 graines qui ont été semées, et les plants ont été baptisés Adam, Jonas, Uriel, Boaz, Judith et Hannah.

« La germination de graines de Phoenix dactylifera vieilles de 2 000 ans provenant de sites archéologiques du désert de Judée nous donne une occasion unique d’étudier le palmier-dattier de Judée, décrit dans l’Antiquité pour la qualité, la taille et les propriétés médicinales de son fruit, mais disparu depuis des siècles », ont écrit les chercheurs dans un article publié dans la revue Science Advances, qui fait l’objet d’une évaluation par les pairs.

« Le Royaume de Juda (Judée) qui a pris naissance dans la partie sud de la Terre d’Israël historique au 11e siècle avant l’ère commune était particulièrement réputé pour la qualité et la quantité de ses dates », ont noté les chercheurs. Ces dattes dites « de Judée », cultivées dans les plantations autour de Jéricho et de la mer Morte, étaient reconnues par les écrivains classiques pour leur grande taille, leur goût sucré, leur longue conservation et leurs propriétés médicinales ».

A view of the excavations at Masada (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Une vue des fouilles à Massada. (Crédit photo : Yossi Zamir/Flash90)

La datation par le carbone 14 a révélé que les graines utilisées pour le projet provenaient d’une période allant du quatrième siècle avant l’ère commune au deuxième siècle de l’ère commune.

Une analyse plus approfondie a révélé que les graines avaient une composition génétique provenant de divers endroits s’étendant vers l’est à travers la région jusqu’à l’Irak actuel.

La culture du palmier dattier dans le sud de la Mésopotamie a commencé il y a plus de 6 000 ans et les exilés qui sont revenus après l’effondrement de l’empire babylonien en 539 avant l’ère commune, « ont peut-être ramené ces connaissances spécialisées et des cultivars sélectionnés en Judée », ont supposé les chercheurs.

Une variété de dattes « Taali » cultivée à la fois en Judée et à Babylone est mentionnée dans le Talmud », écrivent-ils.

Capture d’écran d’une vidéo de Sarah Sallon, directrice du Centre de recherche en médecine naturelle Louis Borick de la Hadassah Medical Organization (HMO) à Jérusalem. (YouTube)

Les conditions arides de la région de la mer Morte ont pu permettre aux graines de survivre deux millénaires sans perdre leur capacité de croissance.

« De faibles précipitations et une très faible humidité autour de la mer Morte ont pu contribuer à la longévité des graines de dattes anciennes », ont déclaré les chercheurs.

Sarah Sallon, directrice du Centre de recherche en médecine naturelle Louis Borick de la Hadassah Medical Organization (HMO) à Jérusalem, a expliqué au journal britannique The Guardian les méthodes minutieuses utilisées pour sélectionner et cultiver les graines.

« J’ai passé des heures et des heures au département d’archéologie à sélectionner les meilleures graines », se souvient Mme Sallon. « Beaucoup d’entre elles avaient des trous dans lesquels les insectes avaient pénétré ou [elles] s’étaient décomposées, mais certaines étaient vraiment intactes, et j’ai choisi les meilleures ».

Certaines graines n’ont mis que quelques semaines à germer, tandis qu’il aura fallu six mois à d’autres.

« Nous commencions à désespérer, et soudain elles ont surgi », commente Sallon, l’un des chercheurs qui a rédigé le document.

Visiteurs sur le site archéologique de Qumran, le 22 janvier 2019. (Luc Tress/Times of Israel)

Certaines de ces graines ont produit des plantes femelles que les scientifiques espèrent maintenant polliniser à partir d’un dattier mâle, appelé Mathusalem d’après le personnage biblique qui a vécu longtemps, et qui a été cultivé à partir d’une graine vieille de 1 900 ans en 2008. En cas de succès, les plantes pourraient produire des fruits.

« Ce ne sera pas la datte typique de Judée, parce que les dattes qui étaient cultivées à cette époque – tout comme celles qui le sont aujourd’hui – ne poussent pas à partir de graines que quelqu’un met en terre », a déclaré Mme Sallon. « Elles sont cultivées à partir de clones de femelles très productives. »

« Les dattes étaient exportées massivement de Judée et avaient une certaine renommée », a noté Mme Sallon. « Hérode avait même l’habitude d’en offrir à l’empereur à Rome chaque année ».

La datte est un fruit miracle, tant il renferme en plus de beaucoup de sucre, un « vrai trésor diététique » pour la santé.

A LIRE : Le palmier dattier, symbole des civilisations du monde arabe

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...