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Rage: Des chiens errants menacent les grandes villes, alerte un expert

Le scientifique en chef de l'Autorité de la nature note une forte hausse des cas, une propagation accrue et pointe du doigt une mauvaise gestion des déchets

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Chiens errants. (JDMaddox/ iStockphoto, Getty Images)
Chiens errants. (JDMaddox/ iStockphoto, Getty Images)

Cette semaine, le scientifique en chef de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs a mis en garde contre la forte augmentation de la population de chiens sauvages dans le nord de la Cisjordanie, laquelle est un facteur de propagation de la rage en Israël. Il a ajouté que ces animaux seraient sous peu, et en nombre, dans les grandes villes faute d’action coordonnée dès à présent.

« Avant, les renards enragés et les chacals nous inquiétaient – mais depuis l’année dernière et cette année encore, ce qui nous préoccupe principalement, ce sont les chiens sauvages [enragés] », a déclaré cette semaine le professeur Dror Hawlena au Times of Israel.

Les cas de chacals et de chiens enragés ont fait la une des journaux ce mois-ci.

Lors d’un incident particulièrement effroyable, des chacals sont entrés dans la tente de campeurs au bord de la mer de Galilée et ont mordu une jeune fille au visage. Une femelle chacal enragée a par la suite été capturée et abattue.

Lors d’un autre incident, un chiot adopté dans la banlieue de Jérusalem, à Pisgat Zeev, près de la Cisjordanie, s’est révélé être porteur de la rage après avoir été promené à Jérusalem et à Tel Aviv et après avoir voyagé à bord des transports publics, mettant en danger des dizaines de personnes et d’autres chiens.

La rage est mortelle pour les animaux et pour les êtres humains, mais ces derniers peuvent être vaccinés immédiatement après une morsure pour empêcher la maladie de se développer.

Des cartes du ministère de l’Agriculture montrent les incidents impliquant des chacals enragés en 2024, 2025 et 2026. (Ministère de l’Agriculture)

La seule personne à être décédée de la rage en Israël ces dernières années a été un berger de 77 ans du nord du pays. Il avait été mordu en 2024 par son propre chien et il n’était pas vacciné. Il avait consulté un médecin, mais trop tard.

Les effets de la guerre

Le nord d’Israël est depuis longtemps un foyer de rage, en raison de sa proximité avec le Liban et la Jordanie, où les chiens errants non vaccinés sont monnaie courante. Dans le nord d’Israël, le nombre de chacals et de chiens sauvages a augmenté à cause des déchets qui ont été abandonnés par les soldats israéliens lors de leurs combats contre l’organisation terroriste du Hezbollah depuis près de trois ans.

Le sud d’Israël, en particulier à proximité des zones de concentration bédouines où les conditions sanitaires sont médiocres, a également enregistré une recrudescence des cas de chiens sauvages, bien que la rage n’y ait pas encore été détectée.

Depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 et la campagne militaire d’Israël dans la bande de Gaza, un grand nombre de chiens errants venus de l’enclave sont entrés en Israël.

Le professeur Dror Hawlena, scientifique en chef de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs. (Shlomit Shavit)

Mais c’est surtout ce qui se passe en Cisjordanie qui empêche Hawlena de dormir. « Ce qui nous effraie le plus, c’est la Samarie »,explique-t-il en utilisant le terme israélien pour désigner le nord de la Cisjordanie, « où il y a une augmentation folle » du nombre de chiens sauvages.

« Notre grande crainte était qu’ils franchissent la Ligne verte et qu’ils entrent en Israël, ce qui est en train de se passer », poursuit-il. « Nous avons alerté à ce sujet. On craint qu’ils n’arrivent dans les grands centres urbains israéliens. »

Un chien errant à Hébron, en Cisjordanie. (Jacques Collin, iStock by Getty Images)

Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture, il y a eu 75 cas de rage cette année – 43 impliquant des chiens et 20 des chacals. À titre de comparaison, on avait enregistré 102 cas l’an dernier, les chiens et les chacals enragés représentant 36 cas chacun.

La répartition territoriale des chiens enragés a elle aussi changé. On en a ainsi retrouvé cette année dans de nombreuses implantations juives de Cisjordanie, de Beit Horon et Shilo à Itamar, Yitzhar, Beit Arieh et Barkan.

En décembre dernier, une vingtaine de soldats de la brigade régionale de Samarie avaient reçu un traitement antirabique préventif après avoir adopté des chiots qui s’étaient révélés être porteurs de la maladie.

Des cartes du ministère de l’Agriculture montrent les incidents impliquant des chiens enragés en 2024, 2025 et 2026. (Ministère de l’Agriculture)

Cette année, dans le centre d’Israël, il y a déjà eu trois cas de chiens enragés à Modiin-Maccabim-Reut, près de la ligne de démarcation avec la Cisjordanie, et un dans la ville voisine de Modiin Illit. Il y en a eu également un à Holon, Rosh HaAyin, Raanana, Kfar Saba et Jérusalem.

Plusieurs explications

Les combats entre Israël et le Hezbollah libanais – qui avaient débuté avec les tirs de roquettes de ce dernier le 8 octobre 2023 – ont rendu de nombreuses zones de l’espace aérien et du territoire du nord d’Israël inaccessibles aux personnels de l’Autorité de la nature et des parcs. Or, habituellement, ces derniers larguent par voie aérienne et distribuent au sol des vaccins oraux pour les animaux pour le compte du ministère de l’Agriculture, lequel est responsable de la prévention de la rage.

Hawlena explique que l’approche de l’Autorité consiste à réduire les déchets et à distribuer des vaccins, et à ne procéder à des abattages que lorsque cela s’avère strictement nécessaire.

Cependant, les déchets ne font qu’augmenter. Et les vaccins oraux fonctionnent sur les chacals et sur les renards, mais pas sur les chiens.

En outre, la loi n’autorise l’Autorité de la nature et des parcs à abattre les chiens sauvages que dans ses parcs nationaux et autres réserves naturelles, ainsi que dans un rayon de 500 mètres autour de ceux-ci, afin de protéger la faune. Plusieurs cas de chiens ayant attaqué des gazelles en danger d’extinction ont déjà été signalés.

En Cisjordanie, où l’autorité est habilitée à s’occuper des animaux enragés, la situation sanitaire n’a fait que se détériorer, estime Hawlena. Selon le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, la rétention par Israël des recettes fiscales de l’AP a laissé cette dernière à court d’argent.

Mais la marge de manœuvre de l’Autorité en Cisjordanie est également sévèrement limitée, pour des raisons de sécurité.

« Nous mettons en garde contre la propagation de la rage depuis au moins un an », rappelle Hawlena, « en essayant d’impliquer les ministères de l’Agriculture, de la Protection de l’environnement et de la Santé. Si la situation devient hors de contrôle, nous craignons qu’un empoisonnement de masse soit nécessaire, ce qui pourrait nuire à d’autres animaux. »

L’Autorité étant limitée, le contrôle des animaux sauvages et des chiens incombe aux municipalités qui, selon la Fédération des autorités locales, sont mal équipées pour ce faire.

Un communiqué de la Fédération a indiqué que les autorités locales « considèrent avec gravité le manque de soutien du gouvernement face à la propagation de la rage vers les centres de population ».

Un chien sauvage. (Ohad Yahalomi, Autorité israélienne de la nature et des parcs)

Dans les zones urbaines, les gouvernements locaux ont été « contraints de supporter presque seuls le lourd fardeau de la gestion des chiens errants, compte tenu du maigre soutien apporté par le ministère de l’Agriculture », a poursuivi le communiqué.

Il a ajouté : « La rage ne s’arrête pas à une ligne imaginaire de 500 mètres des réserves naturelles. Il est temps que l’État prenne ses responsabilités et se dote d’un plan national conjoint, avec un budget adapté, pour assurer la sécurité des citoyens d’Israël. »

L’Autorité des parcs tente de conseiller les municipalités, comme celle de Tel Aviv-Jaffa, sur le territoire de laquelle les chacals se sont propagés, du parc Yarkon vers les rues de la ville, encouragés par les déchets et par la nourriture laissée par des habitants bien intentionnés pour nourrir les chats, dans les rues.

En mars dernier, l’Autorité avait lancé une campagne médiatique pour sensibiliser à l’importance d’une bonne gestion des déchets, mais celle-ci a dû être reportée en raison de la dernière guerre contre l’Iran.

Dans une longue explication sur son site internet (en hébreu) qui a été publiée le 16 juin dernier, le ministère de l’Agriculture, qui est en charge de la prévention de la rage, a déclaré exploiter un « système national de prévention, de surveillance et de traitement de la rage tout au long de l’année ».

Un chien sauvage. (Doron Nissim)

Il a indiqué que quelque 650 000 appâts vaccinaux oraux étaient distribués chaque année par voie aérienne et au sol, « dans le but de créer un « bouclier protecteur » contre la propagation de la maladie chez les chacals, les renards et autres animaux sauvages ». Récemment, le nombre d’appâts a été porté à 670 000.

Il a noté, sur son site, que « a lutte contre la rage commence sur le terrain, c’est pourquoi le ministère de l’Agriculture travaille en étroite collaboration avec les autorités locales… de façon à identifier les zones à risque le plus tôt possible, de réduire la population des chiens errants, d’augmenter les taux de vaccination et d’empêcher la propagation de la maladie. »

Yael Arkin, directrice générale de l’association Let the Animals Live, a appelé de ses voeux une « approche systémique combinant prévention, gestion environnementale et prise de décision professionnelle » afin de réduire les risques pour la population, protéger la santé des animaux et « prévenir la prochaine crise, au lieu d’y réagir après coup ».

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