Des femmes israéliennes jeûnent pour une reprise du processus de paix
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Des femmes israéliennes jeûnent pour une reprise du processus de paix

Un jeûne symbolique des 50 jours se tient devant la résidence du Premier ministre en contrepoint avec la guerre de 50 jours de l'été dernier avec le Hamas

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Militantes de Nashim Ossot Shalom devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Eric Cortellessa/Times of Israel)
Militantes de Nashim Ossot Shalom devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem. (Eric Cortellessa/Times of Israel)

Bravant la chaleur estivale, un groupe de femmes de tout le pays campe devant la résidence du Premier ministre. Leur but : implorer Benjamin Netanyahu de reprendre les négociations de paix avec les Palestiniens.

Organisé par Nashim Ossot Shalom [les femmes font la paix], un organisme communautaire créé il y a près d’un an, les femmes ont entrepris un jeûne symbolique de 50 jours.

Chaque participante jeûne 50 heures à un moment qui lui est attribué sur la période de la manifestation, du 8 juillet au 26 août, aux mêmes dates que l’opération Bordure protectrice de 2014.

Les femmes ont installé une tente rue Azza, devant la résidence du Premier ministre, à la fois pour les abriter du soleil et pour fournir un espace sûr où elles peuvent discuter de la meilleure façon de mettre fin au conflit.

La dernière série de négociations, orchestrée par le secrétaire d’Etat américain John Kerry, a pris fin en avril 2014 après neuf mois dans lequel les négociateurs israéliens et palestiniens ont tenté d’aboutir à un accord-cadre pour un traité de paix final.

Peu de temps après l’échec des négociations, une série d’actes de violence – l’enlèvement et l’assassinat de trois adolescents israéliens par des membres du Hamas, suivis par l’assassinat de l’adolescent palestinien Mohammed Abu Khdeir par des extrémistes juifs – ont conduit à l’opération Bordure protectrice.

Alors que l’opération militaire de l’été dernier a causé des dégâts parmi les Israéliens et les Palestiniens, les femmes de Nashim Ossot Shalom espèrent qu’avec le jeûne viendra un processus de guérison.

« Nous exigeons que les dirigeants mettent fin à l’effusion de sang dans la région, » dit au Times of Israel Lilian Weisberger, membre du groupe.

« En tant que mères, nous disons : assez. Nous avons besoin de nous exprimer parce que nous sommes préoccupées pour les générations futures et que nous n’avons pas le privilège d’abandonner. »

Pour Weisberger, 54 ans, le jeûne est à la fois politique et personnel. « Un de mes fils a participé à la guerre de Gaza, et c’était un moment horrible pour moi. Je ressentais beaucoup de désespoir et de peur », dit-elle, tenant une pancarte « Je jeûne » en hébreu.

Weisberger n’est pas une exception parmi les membres du groupe ; beaucoup sont là parce qu’elles ont des enfants qui servent dans les rangs de Tsahal.

Hadar Kluger, présidente du comité d’organisation de Nashim Ossot Shalom, a un fils et une fille actuellement enrôlés. Son fils est pilote et sa fille officier affectée près de la frontière de Gaza.

« Cette situation est ce qui me pousse [à être ici] », confie la résidente de Haïfa de 49 ans au Times of Israel. « Je sais qu’il y a une possibilité qu’ils participent à une autre guerre. Donc, j’ai peur pour eux. »

Nashim Ossot Shalom a été fondée suite à l’opération de Bordure protectrice. L’ONG déclare que sa mission est d’inciter « les politiciens et les faiseurs d’opinion à travailler avec vigilance pour atteindre un accord politique » et « de donner aux femmes des rôles de leadership dans la planification, la prise de décision et le processus de négociations, pour parvenir à un accord. »

Marie-Lyne Smadja, l’une des fondatrices de l’organisation, souligne que les femmes apportent un certain niveau d’empathie nécessaire pour que les Israéliens et les Palestiniens arrivent à une forme d’arrangement. Elle tente également de contrer les affirmations selon lesquelles l’orientation du groupe est assombrie par une certaine naïveté.

« Nous reconnaissons que ce sera très difficile et qu’Israël affronte beaucoup de défis qui l’empêchent de parvenir à un accord de paix, mais c’est aussi notre position qu’il est dans l’intérêt écrasant du pays de toujours essayer de parvenir à la paix avec ses voisins par le dialogue, l’empathie et l’implication dans des négociations sérieuses », dit-elle.

Reconnaissant le passé meurtrier d’organisations extrémistes comme le Hezbollah et le Hamas, Smadja dit qu’il n’y a pas de solutions faciles, mais insiste : Israël « ne peut se permettre d’attendre des circonstances parfaites ».

(Eric Cortellessa/The Times of Israel)
(Eric Cortellessa/The Times of Israel)

Depuis sa création, le groupe a connu une croissance rapide et compte aujourd’hui plus de 7 000 membres inscrits et 12 000 adeptes sur Facebook. Elle repose sur le crowdfunding en plus des dons privés.

« Les fonds sont très importants pour nous, car ils nous permettent d’étendre notre portée et de recruter davantage de femmes différentes intéressées à promouvoir la paix », dit Kluger. « Pas tout le monde ici n’a d’enfants dans l’armée. Certaines souhaitent juste mettre fin à la violence entre les Arabes et les Juifs. »

En raison du service militaire obligatoire, cependant, la plupart des mères de Nashim Ossot Shalom craignent pour le sort de leurs enfants. Dena Maltinsky, 66 ans, participe à l’opération de jeûne, dix ans après que ses deux fils aient servi au cours de la deuxième Intifada.

« Suite à l’été dernier – les souvenirs effrayants et les horreurs de l’été dernier – j’ai senti assez fortement qu’il fallait agir maintenant, » dit-elle.

« Nous ne pouvons pas attendre. Nous devons commencer à parler [avec les Palestiniens] pour résoudre cette situation terrible entre nous. Parce que quand vous parlez, vous ne tirez pas. »

Parfois, les passants discutent avec elles de la protestation. Maltinsky considère que les échanges sont sains, même quand ils sont nocifs. « Parfois, c’est douloureux, mais je crois aussi que c’est nécessaire », dit-elle.

Pendant ce temps, le jeûne symbolique renferme une autre couche de signification métaphorique pour certaines femmes.

« Je crois que le jeûne est une action qui nous aide à être vraiment présentes », dit Noga Tsvi dans les dernières heures de son propre jeûne. « Faire des actions de routine – comme manger – nous fait oublier. Nous devons nous souvenir. »

Smadja a un sentiment semblable : « Le jeûne est une forme de méditation. C’est aussi une façon de penser au passé, dans l’espoir d’améliorer notre avenir. »

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