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Des fresques en hommage aux Justes parmi les nations méconnus dans leur pays

Les toute premières fresques ont été terminées en Grèce et au Portugal, dans le cadre d’une initiative internationale pour honorer ceux qui ont sauvé des vies durant la Shoah

  • Une rue en l’honneur d'Aristides de Sousa Mendes, près de Porto, au Portugal, par Dr. Dheo (Crédit : Artistes 4 Israël)
    Une rue en l’honneur d'Aristides de Sousa Mendes, près de Porto, au Portugal, par Dr. Dheo (Crédit : Artistes 4 Israël)
  • Fresque à Patras, en Grèce, par KLE, montrant le sauvetage des Juifs pendant la Shoah (Crédit : autorisation)
    Fresque à Patras, en Grèce, par KLE, montrant le sauvetage des Juifs pendant la Shoah (Crédit : autorisation)
  • L’artiste Kleomenis Kostopoulos travaille sur une fresque de la série des 'Justes' à Patras, en Grèce (Crédit : Artistes 4 Israël)
    L’artiste Kleomenis Kostopoulos travaille sur une fresque de la série des 'Justes' à Patras, en Grèce (Crédit : Artistes 4 Israël)
  • Irene Gut Opdyke (Crédit : domaine public)
    Irene Gut Opdyke (Crédit : domaine public)

L’an prochain, des bâtiments du monde entier se pareront de fresques murales en hommage aux « Justes parmi les nations » qui ont sauvé des Juifs pendant la Shoah.

Dans le cadre de l’initiative du collectif Artists 4 Israel, les deux premières fresques ont été peintes cette année sur des bâtiments, au Portugal et en Grèce.

Dans l’attente d’une nouvelle collecte de fonds, le collectif expose de quelle manière il entend honorer la mémoire de centaines d’autres « héros » avec de nouvelles fresques, peintes dans le monde entier.

« L’idée du projet est d’amener les gens à réfléchir à la Shoah, à se documenter sur ce qui s’est passé et être fier de lutter contre l’antisémitisme », explique Craig Dershowitz, président d’Artists 4 Israel.

« Ces magnifiques fresques sont des déclencheurs psychologiques », ajoute-t-il.

Au-delà des seuls passants qui peuvent admirer les fresques dans leur ville, les réseaux sociaux permettent de toucher des millions de personnes, grâce à la médiation d’artistes de rue impliqués dans le projet, explique Dershowitz.

L’artiste Kleomenis Kostopoulos travaille sur une fresque de la série des ‘Justes’ à Patras, en Grèce (Crédit : Artistes 4 Israël)

« Avec le projet ‘Justes’, nous montrons qu’il est tout à fait possible d’éduquer de manière positive, en rendant hommage à des héros et en inspirant les gens d’aujourd’hui », précise Dershowitz.

Avant ce nouveau projet, cela faisait plus de dix ans qu’Artists 4 Israël s’impliquait dans l’accueil d’artistes en Israël, qui ont peint des abris anti-bombes dans le sud du pays ou dessiné des tatouages sur les corps d’anciens combattants blessés et rescapés du terrorisme.

« Il est important d’aller au-delà de l’art et de s’intéresser au message qu’il fait passer », confie Dershowitz.

« Amener l’histoire dans la rue »

Lorsque l’armée allemande débarque sur l’île grecque de Zakynthos en 1941, le maire reçoit l’ordre de fournir la liste des Juifs à déporter.

Le maire, Loukas Karrer, en accord avec le chef de l’église, l’archevêque Dimitrios Chrysostome, refuse de s’exécuter et imagine un plan pour sauver les 275 Juifs de l’île.

Pendant que Chrysostome négocie avec les Allemands, Karrer brûle la liste des Juifs de Zakynthos et écrit son nom, avec celui de l’archevêque, sur un morceau de papier. Karrer se rend à la réunion avec les Allemands et remet le papier à l’archevêque, qui à son tour le transmet à l’administrateur nazi.

Le maire Loukas Karrer et l’archevêque Dimitrios Chrysostome (Crédit : domaine public)

« Voici vos Juifs. Si vous voulez déporter les Juifs de Zakynthos, vous devrez aussi me prendre, et je partagerai leur sort », affirme Chrysostome, sous la menace des armes pendant une grande partie de la rencontre.

Après la réunion, le maire et l’archevêque informent les Juifs de l’île. La plupart d’entre eux se cachent dans les villages environnants et survivent ainsi à la Shoah grâce à l’aide de leurs voisins.

Pour rendre hommage au sauvetage des Juifs de Zakynthos, Artists 4 Israel a chargé l’artiste Kleomenis Kostopoulos de mettre ces deux hommes à l’honneur sur la façade d’un bâtiment de Patras, en Grèce.

« Les fresques sont l’une des formes majeures d’expression et de communication contemporaine dans l’espace public », a déclaré Kostopoulos à propos du projet, achevé en mars. « Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons revisiter notre histoire, ici en Grèce, en la faisant descendre dans la rue et en l’amenant aux gens », a déclaré l’artiste.

Fresque à Patras, en Grèce, par KLE, montrant le sauvetage des Juifs pendant la Shoah (Crédit : autorisation)

Intitulée « Mémoire bénie », la fresque de Patras mêle les portraits du maire Karrer et de l’archevêque Chrysostome à ceux des Juifs de l’île.

En Grèce, pas moins de 80 % de la communauté juive – environ 70 000 personnes – ont été assassinées à Auschwitz-Birkenau ou dans d’autres camps. L’histoire de Zakynthos pendant la guerre est radicalement différente de celle de Rhodes, en Grèce toujours, où seuls 151 des 2 000 Juifs ont survécu à la Shoah.

« Je m’imaginais sauver des vies »

Plus tôt cette année, Artists 4 Israel a travaillé avec l’artiste M. Dheo pour rendre hommage au diplomate Aristides de Sousa Mendes avec une fresque peinte près de Porto, au Portugal.

Une rue en l’honneur d’Aristides de Sousa Mendes, près de Porto, au Portugal, par Dr. Dheo (Crédit : Artistes 4 Israël)

« A New Memory Across the Portuguese Skyline » honore la mémoire de Sousa Mendes, consul général du Portugal en France pendant la guerre. A ce poste, il refuse les ordres de son gouvernement en délivrant des visas portugais à près de 30 000 réfugiés, parmi lesquels 10 000 Juifs.

« Je me souviens que, dès que j’ai parlé de ce projet avec mon père, il a tout de suite évoqué Sousa Mendes et m’a dit que tout le monde ici – de manière unanime – aimerait le projet de fresque, surtout les générations les plus âgées », explique M. Dheo.

« Ils sont bien conscients de ce qu’il a fait. »

Lorsque la rumeur se répand à Lisbonne, Sousa Mendes est limogé par le gouvernement portugais qui l’abandonne, sans ressources, avec une famille nombreuse à charge.

« Si des milliers de Juifs souffrent à cause d’un chrétien [Hitler], un chrétien aussi peut souffrir pour tous ces Juifs », déclare Sousa Mendes après son renvoi.

En 1966, Sousa Mendes est le premier diplomate reconnu « Juste » par Yad Vashem, mais ce n’est qu’en 1988 – 34 ans après sa mort – que le gouvernement portugais le réhabilite.

Roddie Edmonds, sergent de l’armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale , à une date inconnue. (Crédit : Mémorial de l’Holocauste Yad Vashem)

Dershowitz indique qu’Artists 4 Israel a deux projets de fresques aux États-Unis en 2023, en attente de financement. Le premier rendra hommage au Sergent Roddie Edmonds de Knoxville, Tennessee, qui a refusé de dénoncer les soldats juifs de son unité dans un camp de prisonniers de guerre allemand.

« Nous sommes tous juifs ici », a déclaré Edmonds au commandant nazi, avant de menacer de poursuivre les Allemands pour crimes de guerre. En rassemblant ses soldats contre les Allemands, Edmonds aurait sauvé 300 soldats juifs américains d’un camp de prisonniers de guerre.

Le second projet aux États-Unis rendra hommage à Irene Gut Opdyke, Polonaise qui a caché des familles juives avant d’émigrer dans le sud de la Californie. Lorsque 12 Juifs qu’elle cachait ont été découverts par un officier allemand, Opdyke a accepté de devenir sa maîtresse en échange de leur sécurité.

« Je ne suis pas devenue du jour au lendemain une résistante qui cache des Juifs, quelqu’un qui défie les SS et les nazis », écrivait Opdyke dans ses mémoires. « Mes premières actions furent modestes : j’ai commencé par cacher de la nourriture sous une clôture. »

Irene Gut Opdyke (Crédit : domaine public)

Des années après avoir émigré et s’être installée en Californie avec son mari américain, Opdyke a écrit sur ses relations avec les Juifs quand elle était enfant et comment la réalité l’a rattrapée lorsque l’Allemagne a occupé la Pologne.

« Dans mes rêves, je livrais des combats pour le bien, je me voyais sauver des vies, me sacrifier pour les autres. J’avais des ambitions bien plus élevées que la simple romance », écrivait Opdyke.

« Avant d’avoir connaissance du projet mondial de fresques en l’honneur des Justes parmi les nations d’Artists 4 Israël, je ne connaissais que les plus célèbres d’entre eux », admet Dershowitz. « Mais à mesure que le projet se développe, j’apprends à connaitre des centaines d’autres héros, tous plus courageux les uns que les autres. »

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