Rechercher

Des groupes juifs fustigent des propos de Trump reprenant des tropes antisémites

Le chef de l'ADL dit que les paroles de l'ex-président sont "antisémites, purement et simplement" ; l'AJC dénonce son "trafic de tropes anti-juifs radioactifs"

Le PDG de l'Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s'exprime lors du Sommet national du leadership 2018 du groupe à Washington, D.C. (Crédit : Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket via Getty Images/JTA).
Le PDG de l'Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s'exprime lors du Sommet national du leadership 2018 du groupe à Washington, D.C. (Crédit : Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket via Getty Images/JTA).

Les organisations juives ont critiqué avec force des propos de l’ancien président des États-Unis Donald Trump, rendus publics jeudi, et dans lesquels il estime que les Juifs américains n’aiment pas Israël. Il affirme aussi que l’État juif a eu, dans le passé, « le pouvoir absolu sur le Congrès« .

« Insinuer qu’Israël ou que les Juifs contrôleraient le congrès ou les médias, c’est de l’antisémitisme, purement et simplement », a tranché Jonathan Greenblatt, directeur de l’Anti-Defamation League (ADL), dans une publication parue vendredi sur Twitter.

Ces propos tenus par Trump proviennent d’un entretien accordé au mois de juillet par l’ancien président au journaliste israélien Barak Ravid, et ils ont été diffusés jeudi sur le podcast Unholy, réalisé par Yonit Levi de la Douzième chaîne israélienne et par Jonathan Freedland du journal The Guardian.

L’ancien locataire de la Maison Blanche reprend, lors de cette interview, des accusations qu’il avait souvent lancées en déplorant l’ingratitude des Juifs américains au vu de tout ce qu’il avait pu faire en faveur d’Israël pendant son mandat.

« Il y a des gens dans ce pays qui sont Juifs – ils n’aiment plus Israël. Et je vais vous le dire, les chrétiens évangéliques aiment davantage Israël que ce n’est le cas des Juifs dans ce pays », explique-t-il.

« Avant, Israël avait le pouvoir absolu sur le Congrès. Et je pense qu’aujourd’hui, c’est complètement le contraire. Et je pense que ce sont Obama et Biden qui ont fait ça », continue Trump dans l’interview.

« Les Juifs, aux États-Unis, n’aiment pas Israël ou ils ne se préoccupent pas d’Israël », note Trump dans l’enregistrement. « Je veux dire : Regardez le New York Times, le New York Times hait Israël, il hait les Israéliens. Et ce sont des Juifs qui dirigent le New York Times. Je veux parler de la famille Sulzberger », poursuit Trump.

L’American Jewish Committee (AJC) a écrit sur Twitter vendredi que « le soutien passé [de Trump] à Israël ne lui donne aucunement autorisation de faire du trafic de tropes antisémites radioactifs – ou de tirer des conclusions infondées sur les liens indestructibles qui unissent les Juifs américains à Israël. Ça suffit ! ».

De son côté, Halie Soifer, à la tête du groupe Jewish Democratic Council for America (JDCA), a écrit sur le même réseau social que « ce que Trump ne comprend pas, c’est que les Juifs américains le méprisent – et ils méprisent tout ce qu’il défend au sein du parti républicain – parce qu’il est un fanatique pervers qui continue à attaquer notre démocratie, et parce que ses politiques sont contraires à nos valeurs. Cela n’a rien à voir avec Israël ».

Trump s’était entretenu avec Ravid à l’occasion de la rédaction de son nouveau livre (en hébreu) La Paix de Trump: les accords d’Abraham et la refonte du Moyen-Orient, au sujet des Accords d’Abraham, les accords de normalisation qui ont été conclus l’année dernière entre Israël et les Émirats arabes unis. L’exemple des EAU avait ensuite été suivi par Bahreïn, le Maroc et le Soudan et les accords avaient été négociés avec l’aide de l’administration Trump.

Dans des extraits d’entretiens entre Ravid et l’ex-président américain qui avaient été diffusés antérieurement, Trump s’en était pris avec force à l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu en raison du message de félicitations transmis par ce dernier au nouveau président américain Joe Biden, à l’occasion de sa victoire électorale, au mois de novembre dernier. « Je ne lui ai plus adressé la parole depuis – Fuck Him« , avait dit Trump au journaliste, ajoutant que Netanyahu n’avait jamais voulu faire la paix avec les Palestiniens.

Le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu participent à une annonce du plan de paix de Trump au Moyen-Orient dans la salle Est de la Maison Blanche à Washington, DC, le 28 janvier 2020. (Crédit : MANDEL NGAN / AFP)

Trump a déjà tenu des propos incendiaires et controversés au sujet des Juifs américains et d’Israël, dans le passé. Il avait eu des paroles similaires à celles révélées dans ces enregistrements et il avait été critiqué à ces occasions pour avoir insinué que les Juifs américains devaient baser leurs décisions politiques exclusivement sur la question israélienne. S’adressant aux Juifs américains, il avait également parlé d’Israël en disant « votre pays ».

Tandis que de nombreux Juifs américains, en général, soutiennent Israël, ils rejettent l’accusation de « double loyauté » à l’égard de l’État juif – qui est considérée comme un trope antisémite.

Trump a aussi été fustigé dans le passé pour avoir affirmé que les Juifs qui votaient pour les démocrates étaient « déloyaux ».

Au cours des dix dernières années, les électeurs juifs sont restés stables dans leurs convictions politiques, selon des données rendues publiques par le Centre de recherche Pew. Les électeurs juifs qui s’identifient davantage au parti démocrate qu’au parti républicain sont de l’ordre d’approximativement deux contre un.

« Il est malheureux que nous devions le répéter encore une fois mais la majorité des Juifs américains soutiennent Israël, avec lequel ils entretiennent un lien ou un autre indépendamment du candidat politique qui recueille leur suffrage », a dit Greenblatt.

Le PDG de l’Anti-Defamation League, Jonathan Greenblatt, s’exprime lors du Sommet national du leadership 2018 du groupe à Washington, D.C. (Michael Brochstein/SOPA Images/LightRocket via Getty Images/JTA).

Les Juifs ne constituent qu’une petite partie de l’électorat national mais dans des états comme la Floride, leur vote peut être crucial dans le puzzle des « swing states » – les états décisifs dans les scrutins américains. Les Juifs ont toujours voté plutôt largement en faveur du parti démocrate dans l’histoire des États-Unis.

Aucun sondage de sortie des urnes sur le vote juif n’avait été publié après les élections de 2020. Un sondage réalisé pour le compte de la Coalition juive républicaine avait révélé que 30,5 % des électeurs juifs s’étaient prononcés en faveur du président sortant, Donald Trump, dans tout le pays, et que 60,6 % avaient voté pour le candidat démocrate Joe Biden.

Une autre enquête d’opinion commanditée par le groupe libéral J Street avait établi que 77 % des Juifs américains avaient voté pour Biden et 21 % pour Trump.

En 2016, Pew avait révélé que Hillary Clinton avait rassemblé 71 % du vote juif contre 25 % pour Trump. En 2012, les chiffres avaient été légèrement plus élevés pour le candidat républicain : Barack Obama avait remporté 69 % des votes des membres de la communauté et Mitt Romney 30 %.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...