Des groupes juifs fustigent le projet de loi du Sénat polonais sur la Shoah
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Des groupes juifs fustigent le projet de loi du Sénat polonais sur la Shoah

L'ADL, le Bnai Brith, le Centre Simon Wiesenthal et l'Union orthodoxe font partie des organisations qui appellent le président polonais à opposer son veto au texte de loi

Une délégation de la Marche des vivants sur le site d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 5 mai 2016 (Crédit : Yossi Zeliger / FLASH90)
Une délégation de la Marche des vivants sur le site d'Auschwitz-Birkenau en Pologne le 5 mai 2016 (Crédit : Yossi Zeliger / FLASH90)

Des groupes juifs aux États-Unis et à l’étranger ont fustigé l’adoption par le Sénat polonais du projet de loi sur la complicité de la Pologne pendant la Shoah, appelant le président Andrzej Duda à opposer son veto à la législation dans diverses déclarations jeudi.

Le projet de loi, qui sanctionnerait ceux accusent la nation polonaise ou l’Etat de complicité dans l’Holocauste, a été qualifié par Israël de forme de distorsion historique.

La chambre haute du parlement a approuvé le projet de loi à 57 voix contre 23, avec deux abstentions. Le projet de loi controversé a donc passé une étape de plus avant son entrée en vigueur. Il doit encore être signé par Duda, qui a exprimé son soutien à cette loi.

La Ligue Anti-Diffamation a exprimé sa « profonde déception » face à ce vote, et le PDG et le directeur national Jonathan Greenblatt l’appelant une « tentative malencontreuse de faire taire certaines formes de discours sur l’Holocauste ».

Jonathan Greenblatt, directeur-général de l’ADL (Anti-Defamation League) (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Il reste beaucoup à faire pour que la Pologne accepte son histoire », a-t-il ajouté.

Les partisans affirment que la législation se bat contre des expressions comme « camps de la mort polonais » pour désigner les camps de concentration exploités par l’Allemagne nazie en Pologne occupée au cours de la Seconde Guerre mondiale.

« Nous comprenons et sympathisons avec la frustration de la Pologne face à l’utilisation du terme ‘camps de la mort polonais’, mais cette loi va bien au-delà de cette question », a déclaré Greenblatt, affirmant que cela pourrait « faire taire les survivants et leurs familles ».

Le Bnai Brith International avait des objections similaires au projet de loi, affirmant qu’ « il est vital que chaque pays affronte les épisodes les plus douloureux et les plus vexants de son passé d’une manière ouverte et honnête ».

« Pour la Pologne, cela signifie reconnaître une histoire d’antisémitisme qui a précédé l’Holocauste et a persisté jusqu’à ce jour », a poursuivi le groupe.

La plus ancienne organisation juive du monde a appelé les autorités polonaises à « renverser cette loi mal conçue », ajoutant que « l’ouverture et l’éducation sont les clés pour établir un record historique basé sur la vérité plutôt que sur des inexactitudes douloureuses ».

Danny Atar, président de KKL/JNF Monde, et le docteur Haim V. Katz, président du Centre mondial Bnai Brith aux côtés de sauveurs juifs et de leurs familles sur la place du ‘Rouleau de feu’ de la forêt des martyrs, le 24 avril 2017 (Crédit : Rafi Ben Hakoon)

Le Centre Simon Wiesenthal a déclaré qu’il reconnaissait les souffrances des Polonais sous l’occupation nazie ainsi que les efforts des citoyens qui ont risqué leur vie pour sauver les Juifs pendant l’Holocauste.

« Nous reconnaissons pleinement la souffrance des Polonais sous une occupation nazie brutale et les efforts incroyablement courageux des Polonais Justes parmi les Nations », a déclaré l’organisme de surveillance de l’antisémitisme. Mais « la nation polonaise ne doit pas ignorer la complicité généralisée des autres Polonais dans l’anéantissement de la communauté juive polonaise ».

Le groupe a appelé Duda à « prendre toutes les mesures nécessaires pour enterrer ce projet de loi mal conçu et assurer l’exactitude du récit historique de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste ».

Le président de l’Union orthodoxe, Mark Bane, a déclaré que la législation « est la mauvaise façon d’éduquer les générations futures sur le rôle de la Pologne dans l’Holocauste ».

« Même si l’Allemagne nazie porte la responsabilité principale de la Shoah, la loi proposée minimise grossièrement le fait que les citoyens polonais ont commis des actes odieux, sur le sol polonais, contre le peuple juif et d’autres victimes pendant la Seconde Guerre mondiale ».

Le chasseur de nazi en chef du groupe de défense des droits des Juifs basé aux Etats-Unis, le Centre Simon Wiesenthal, Efraim Zuroff, lors d’une conférence à Jérusalem le 26 janvier 2017. (AFP/Thomas Coex)

Bien que la loi interdise spécifiquement de blâmer la nation polonaise pour les crimes nazis, elle prévoit la possibilité de poursuites à l’encontre de quiconque « diminue de manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs de ces crimes », selon le texte du projet de loi adopté jeudi. Le président Adrej Duda a 21 jours pour le signer.

Le parti conservateur polonais Law and Justice a rédigé le projet de loi, qui stipule que « quiconque prétend, publiquement et contrairement aux faits, que la nation polonaise ou la République de Pologne est responsable ou coresponsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich, […], ou pour d’autres crimes qui constituent des crimes contre la paix, des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre, ou toute autre personne qui diminue de manière flagrante la responsabilité des véritables auteurs desdits crimes – est passible d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’ à trois ans. »

Israël, ainsi que plusieurs organisations internationales liées à l’Holocauste et de nombreux critiques en Pologne, soutiennent que la loi pourrait avoir un effet dissuasif sur le débat historique, nuire à la liberté d’expression et conduire à un blanchiment de l’histoire de la guerre en Pologne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a qualifié la loi de « déformation de la vérité, réécriture de l’histoire et déni de l’Holocauste ».

Mercredi, un groupe de travail du Congrès américain sur la lutte contre l’antisémitisme a déclaré qu’il était « alarmé » par la législation et a appelé Duda à opposer son veto.

Mark Bane, président de l’Union orthodoxe (Crédit : Capture d’écran / YouTube)

La chambre basse du parlement polonais a approuvé le projet de loi vendredi, un jour avant la Journée internationale de commémoration de l’Holocauste, ce qui a également été critiqué comme étant insensible.

Duda a cherché dimanche à désamorcer la crise en promettant « une analyse attentive de la forme finale de l’acte » centrée sur les dispositions qui ont alarmé Israël.

Cependant, le lendemain, Duda a déclaré à la chaîne publique TVP qu’il était « abasourdi » par la « réaction violente et très défavorable » d’Israël au projet de loi.

« Nous ne pouvons absolument pas reculer, nous avons le droit de défendre la vérité historique », a-t-il expliqué.

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