Des hommes primitifs étaient arrivés d’Europe en Israël il y a 40 000 ans
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Des hommes primitifs étaient arrivés d’Europe en Israël il y a 40 000 ans

Une étude de l'université de Tel Aviv tente de répondre au débat portant sur l'époque de l'arrivée de la culture aurignacienne au Levant, et sur sa provenance

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

  • Une vue de la grotte de Manot avec une marque sur la zone où des dents vieilles de 40 000 ans ont été trouvées (Crédit : Professeur   Israel Hershkovitz)
    Une vue de la grotte de Manot avec une marque sur la zone où des dents vieilles de 40 000 ans ont été trouvées (Crédit : Professeur Israel Hershkovitz)
  • La docteure à l'université de Tel Aviv Rachel Sarig.(Crédit : Bureau du porte-parole de l'Université de Tel Aviv)
    La docteure à l'université de Tel Aviv Rachel Sarig.(Crédit : Bureau du porte-parole de l'Université de Tel Aviv)
  • Molaires supérieures et inférieures trouvées dans la grotte de Manot, vieilles de 38 000 ans et qui montrent un mélange de caractéristiques (Crédit : Dr. Rachel Sarig)
    Molaires supérieures et inférieures trouvées dans la grotte de Manot, vieilles de 38 000 ans et qui montrent un mélange de caractéristiques (Crédit : Dr. Rachel Sarig)
  • De gauche à droite : Ornements de coquillage issus des période des cultures Aurigacienne et Amarnienne dans la Zone C et pendentifs en ossements auriganiens  de la Zone C (Crédit : Docteur Omry Barzilai, Autorité des antiquités israéliennes)
    De gauche à droite : Ornements de coquillage issus des période des cultures Aurigacienne et Amarnienne dans la Zone C et pendentifs en ossements auriganiens de la Zone C (Crédit : Docteur Omry Barzilai, Autorité des antiquités israéliennes)
  • Des fragments d'os appartenant à un assortiment d'ongulés du paléolitique découverts dans la cave de Manot (Crédit : : Judah Ari Gross/Times of Israel staff)
    Des fragments d'os appartenant à un assortiment d'ongulés du paléolitique découverts dans la cave de Manot (Crédit : : Judah Ari Gross/Times of Israel staff)

Pour la première fois, les scientifiques ont découvert de rares dents humaines vieilles de 40 000 ans datant de la période de l’insaisissable culture aurignacienne au Levant, qui indiquent que ces humains primitifs sont arrivés dans la région par le biais d’une migration inversée depuis l’Europe, selon la docteure Racheli Sarig, de l’école de médecine dentaire et du Centre Dan David d’évolution humaine et de recherche en bio-histoire de l’université de Tel Aviv.

Cette preuve pourrait apporter une réponse à un débat sans fin entre les chercheurs qui, depuis plusieurs décennies, s’efforcent de prouver la provenance des Aurignaciens. Ces dents vieilles de 40 000 ans, découvertes en Israël, montrent que ces Européens primitifs ont apporté avec eux leur culture artistique au Moyen-Orient.

Normalement, les chercheurs se penchant sur les questions relatives à l’évolution évoquent plutôt des migrations humaines s’étant effectuées depuis l’Afrique vers l’Europe, en passant à travers le Levant. La nouvelle étude israélienne pose comme hypothèse que – au moins pendant une brève période de plusieurs milliers d’années – les êtres humains ont également migré dans la direction contraire.

L’étude de la morphologie de six dents découvertes dans une grotte de calcaire dans la ville de Manot, située à l’ouest de la Galilée, a été récemment publiée dans le Journal of Human Evolution. En plus de sa résolution potentielle du débat sur les migrations, les conclusions indiquent également une époque où il y aurait eu des croisements entre humains modernes et de Néandertal, a expliqué mardi Sarig au Times of Israel.

La docteure à l’université de Tel Aviv Rachel Sarig.(Crédit : Bureau du porte-parole de l’Université de Tel Aviv)

Des preuves fossiles de ce croisement au cours de la période du début du Paléolithique supérieur n’avaient été jusqu’à présent trouvées que sur des sites européens.

La similarité des fossiles a amené les scientifiques en charge de l’étude à faire des hypothèses sur d’éventuelles racines communes.

« C’est un moment très important dans l’étude de l’évolution humaine », clame Sareg dans la mesure où des preuves de croisement entre humanoïdes ont été découvertes.

« Cela nous donne réellement un aperçu sur l’endroit où les Néandertal ont disparu et sur la manière dont ils se sont croisés avec des êtres humains modernes », ajoute-t-elle.

La culture aurignacienne était apparue en Europe il y a 43 000 ans. Il y a de nombreuses peintures émanant de cette culture, dans les grottes, qui ont été découvertes sur tout le continent – notamment la main étonnante trouvée à Aurignac, en France, une grotte à laquelle la période et ses populations doivent leur nom.

Les êtres humains primitifs sont connus pour leurs outils de travail et objets en os, ainsi que pour leurs bijoux et leurs instruments de musique.

Tandis que des vestiges culturels ont été retrouvés au sein de l’Etat juif – notamment une oeuvre d’art primitive sous la forme de peinture d’un cheval, dans une grotte – Sarig explique que les six dents trouvées dans la grotte de Manot sont parmi les seuls fossiles humains découverts dans le pays et datant de cette période de migration.

L’étude ne peut pas conclure de manière définitive qu’il y a eu un mouvement de migration inversé depuis l’Europe mais, sur la base des analyses des chercheurs, cette réalité est très probable, ajoute-t-elle. Des preuves similaires en Europe précèdent les trouvailles israéliennes de plusieurs milliers d’années.

Une carte du site de fouilles de la grotte de Manot avec les indications sur le lieu où ont été retrouvées les dents vieilles de 40 000 ans (Crédit : Dr. Rachel Sarig)

« Utiliser ces dents peut nous donner un aperçu sur ces populations mais sans ADN, il est impossible de tirer une conclusion définitive », s’exclame Sarig.

Elle ajoute que les scientifiques ne sont pas en capacité de récolter des échantillons ADN sur des spécimens vieux de plus de 10 000 ans quand ils sont découverts au Levant, en raison de leur état de conservation médiocre.

Pour dépasser le manque de profil génétique, les chercheurs, dans l’étude actuelle, ont utilisé des technologies d’imagerie high-tech des dents pour pouvoir définir un profil morphologique. L’étude morphologique a été terminée en collaboration avec le docteur Omry Barzilai, de l’Autorité israélienne des antiquités, et des scientifiques d’Autriche et des Etats-Unis.

« Contrairement aux ossements, les dents sont bien préservées car elles sont en émail, ce qui est la substance du corps humain la plus résistante face aux effets du temps », a commenté Sarig dans un communiqué émis par l’université de Tel Aviv.

« La structure, la forme et la topographie – les bosses de surface – des dents ont fourni des informations génétiques importantes. Nous avons pu utiliser la forme extérieure et intérieure des dents trouvées dans la grotte pour les associer à des groupes d’hominidés typiques : Néandertal et Homo sapiens. »

De gauche à droite : Ornements de coquillage issus des période des cultures Aurigacienne et Amarnienne dans la Zone C et pendentifs en ossements auriganiens de la Zone C (Crédit : Docteur Omry Barzilai, Autorité des antiquités israéliennes)

En utilisant des scanners en micro-tomodensitométrie et des analyses 3D pour quatre dents, l’équipe a été en mesure de créer l’image morphologique des individus. L’étude a été consacrée à six dents, appartenant à au moins cinq êtres humains. Trois des dents provenaient d’adultes et trois d’enfants. Mais seulement quatre possédaient les caractéristiques les rendant viables pour l’étude.

S’exprimant auprès du Times of Israel, Sarig a expliqué que sur les quatre dents viables, une présentait majoritairement une morphologie humaine moderne, une autre relevait plus de Néandertal « mais les résultats se sont avérés ambigus et ils ont révélé un mélange », et que les deux autres montraient « un mélange complet ».

La grotte de Manot continue de révéler des fossiles innovants

L’étude actuelle a été terminée au Centre Dan David pour l’évolution humaine de l’université de Tel Aviv qui, selon Sarig, tente de recueillir tous les spécimens et fossiles humains découverts au sein de l’Etat juif.

Dans le cadre de sa mission qui vise à rendre accessible la recherche académique au public, le centre s’est associé au nouveau musée d’histoire naturelle, qui se trouve également à l’université, où une exposition sur l’évolution collaborative est actuellement présentée et permet de découvrir d’autres vestiges qui avaient été trouvés dans la grotte de Manot et ailleurs.

Sarig indique qu’elle présume que les six dents aurignaciennes seront « probablement exposées dans un avenir proche ».

Molaires supérieures et inférieures trouvées dans la grotte de Manot, vieilles de 38 000 ans et qui montrent un mélange de caractéristiques (Crédit : Dr. Rachel Sarig)

Actuellement exhibées, d’autres découvertes faites dans la grotte de Manot, qui a été trouvée par hasard en 2008 et qui fait l’objet de fouilles archéologiques depuis neuf saisons. Un grand nombre de ces découvertes sont surprenantes et notamment un crâne ancien de 55 000 ans. Le squelette avait été déterré en 2019, dissimulé sous des pierres et des outils en ossements, des fragments d’os de daim, de gazelle et de hyène et des morceaux de squelettes humains vieux de 45 000 à 20 000 ans.

Selon un article paru dans le Times of Israel en 2015, ce squelette était d’une anatomie typique des êtres humains modernes et il présentait une saillie « archaïque » à la base de la nuque, typique des squelettes africains et européens.

Il indiquait que les êtres humains de Manot « pourraient être étroitement liés aux premiers humains modernes qui ont ensuite colonisé l’Europe avec succès », avait commenté le professeur Israel Hershkovitz, l’un des auteurs d’une publication parue en 2015, une voix importante dans le domaine de l’évolution humaine et le directeur du centre Dan David.

Le docteur Omry Barzilai de l’Autorité israélienne des antiquités près du site où avait été découvert un fragment d’un crâne dans la grotte de Manot (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel staff)

A l’époque, Hershkovitz avait expliqué qu’approximativement 4 % de l’ADN de tous les êtres humains modernes étaient issus de l’homme de Néandertal. Les modèles génétiques indiquent que la première hybridation aurait eu lieu il y a entre 50 000 et 60 000 ans au Levant.

« Manot, en termes d’époque et de localisation », avait dit Hershkovitz en 2015, « est la meilleure candidate pour l’histoire d’amour évoquée par les scientifiques entre l’homme de Néandertal et l’homo-sapiens ».

L’étude actuelle qui a été consacrée aux dents s’est focalisée sur des êtres humains ayant vécu dans la même grotte de Manot environ 17 000 ans plus tard et qui auraient apparemment continué ce festival de l’amour.

Des fragments d’os appartenant à un assortiment d’ongulés du paléolitique découverts dans la cave de Manot (Crédit : : Judah Ari Gross/Times of Israel staff)

Hershkovitz a noté cette semaine que « jusqu’à présent, nous n’avons trouvé aucun reste humain de cette période en Israël – et ce groupe reste donc un mystère. Cette étude innovante nous rapporte pour la toute première fois l’histoire d’une population responsable de certaines des contributions culturelles les plus importantes du monde ».

Dans notre conversation, Sarig prend garde à ne pas exagérer l’importance de ses analyses, indiquant que l’étude ne se base que sur quelques fossiles. Les scientifiques ne peuvent tirer de conclusions hâtives suite aux résultats apportés par quatre dents.

« Mais cela nous donne un aperçu », dit-elle.

« Suite aux migrations des populations européennes dans cette région, une nouvelle culture a existé ici pendant une courte période – approximativement 2 000 à 3 000 ans – puis elle a disparu sans raison apparente », a noté Sarig dans le communiqué de l’université de Tel Aviv. « Maintenant, nous disposons d’éléments au sujet de sa constitution ».

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