Des milliers de Palestiniens entrent en Israël ; l’armée ferme les yeux
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Des milliers de Palestiniens entrent en Israël ; l’armée ferme les yeux

Depuis une semaine, des familles de Cisjordanie se rendent sur les plages israéliennes via des brèches dans la clôture ; l'armée détourne le regard, voire facilite leur entrée

Des femmes arabes sur la plage de Tel Aviv, le 4 août 2020. (Autorisation : Miriam Alster / Flash90)
Des femmes arabes sur la plage de Tel Aviv, le 4 août 2020. (Autorisation : Miriam Alster / Flash90)

Des milliers de Palestiniens sont entrés illégalement en Israël pour se rendre sur les plages durant la semaine dernière, les autorités ne faisant aucun effort pour les arrêter, selon les médias israéliens.

Certains estiment qu’il s’agit là d’une forme de pied-de-nez d’Israël à l’Autorité palestinienne, après qu’elle a cessé toute coordination avec l’État juif fin mai – y compris la coordination pour les permis d’entrer en Israël des Palestiniens – afin de protester contre le projet israélien encore en suspens d’annexer des zones de la Cisjordanie.

Le quotidien Haaretz a rapporté lundi que l’entrée en Israël par des trous dans la barrière de sécurité avait commencé la semaine dernière, à la fin de la fête musulmane de l’Aïd al-Adha.

Après que les premières tentatives de traversée en Israël n’ont pas rencontré de réponse de l’armée, le message s’est rapidement répandu en Cisjordanie. Les familles palestiniennes profitent ainsi de quelques jours de vacances, utilisant des services de transport vers différents points de passage, avant que des chauffeurs arabes israéliens ne les emmènent vers différentes villes israéliennes, selon l’article.

« Mes enfants n’ont jamais vu la mer », a déclaré Siham, mère de cinq enfants, à Haaretz. « Pour eux, c’est comme s’ils allaient à la plus importante attraction du monde. Toucher l’eau salée et jouer dans le sable est le divertissement le meilleur et le moins cher que je puisse offrir à mes enfants. »

La plupart des familles palestiniennes se sont rendues à Jaffa, selon l’article, bien que d’autres soient allées à Herzliya, Haïfa, Netanya et d’autres villes.

En général, les familles viennent avec des sacs à dos, de la nourriture et des jouets aquatiques gonflables. Ils paient entre 20 et 35 shekels (5 à 9 euros) pour le transport, a rapporté samedi la Treizième chaine.

Illustration : Des Palestiniens franchissent illégalement la barrière frontalière vers Israël dans les faubourgs de la ville d’Hébron en Cisjordanie, le 6 août 2019. (Autorisation : Wisam Hashlamoun / Flash90 / File)

Malgré le danger potentiel pour la sécurité et le risque d’infection au coronavirus, les autorités israéliennes – pleinement conscientes du phénomène – n’ont pris aucune mesure.

« Les soldats n’en ont rien à faire. Ils auraient pu arrêter ce mouvement en un instant », a déclaré un Palestinien à Haaretz.

Aref Shaaban de Jénine, qui a organisé un transport vers Jaffa et Herzliya, a déclaré que l’armée avait même aidé des Palestiniens à entrer en Israël dans de nombreux cas.

« Les soldats ont bien vu que c’étaient des familles avec des ballons de plage et des sacs de nourriture, pas des grenades », a-t-il dit.

Un autre visiteur palestinien a expliqué à Haaretz que les jeeps militaires avaient allumé leurs phares dans la soirée pour aider les familles sur le chemin du retour à retrouver la brèche dans la clôture.

Beaucoup ont déclaré qu’à aucun moment ils ne se sont sentis menacés – ni au point de passage ni dans les villes israéliennes.

Les autorités militaires israéliennes ont refusé de commenter.

Un résident de la région de Naplouse qui a aidé à organiser un transport a affirmé que le déplacement n’avait été coordonné ni avec l’Autorité palestinienne (AP) ni avec Israël, et qu’il était donc considéré comme une atteinte à l’AP.

« Le gouvernement palestinien impose un confinement [face au coronavirus], et Israël veut sans doute accueillir des milliers de Palestiniens pour montrer à l’Autorité palestinienne qu’elle ne contrôle rien », a-t-il déclaré à Haaretz.

Un responsable anonyme de l’AP a déclaré au journal qu’Israël « veut nous prouver qu’avec ou sans coordination, il laisse entrer la population civile ».

« De plus, ils préfèrent que les Palestiniens dépensent leur argent en Israël, même si ce ne sont pas de grosses sommes, plutôt qu’ils passent leurs vacances en Cisjordanie. »

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