Israël en guerre - Jour 150

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Des milliers de personnes défilent dans Bnei Brak à la fin du « Jour de paralysie »

Les manifestants anti-réforme ont été accueillis par certains riverains par des pétards et par des rafraichissements pour d'autres

Des manifestants protestent contre les projets de réforme judiciaire du gouvernement, à Bnei Brak, le 23 mars 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Des manifestants protestent contre les projets de réforme judiciaire du gouvernement, à Bnei Brak, le 23 mars 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Les manifestations contre la réforme judiciaire se sont poursuivies jeudi soir et des milliers de personnes ont défilé dans la ville ultra-orthodoxe de Bnei Brak, près de Tel Aviv.

Portant un fac simile géant de la Déclaration d’indépendance, les manifestants ont parcouru la ville en scandant des slogans et bloquant les principales voies de circulation, au son des cornes de brume.

L’annonce de l’événement avait fait grincer des dents de tout bords, certains à droite reprochant aux manifestants de calomnier et harceler des populations non concernées par la question.

Des tenants mêmes de la manifestation ont déclaré qu’elle était inappropriée.

Ses organisateurs ont malgré tout persisté, assurant ne pas venir animés de mauvaises intentions, mais au contraire pour les sensibiliser au fait qu’ils ne pouvaient rester en marge de la question et laisser cette révolution judiciaire se faire.

Des riverains ont jeté des feux d’artifice sur les manifestants, mais aucun blessé n’a été signalé.

D’autres ont distribué des bouteilles d’eau et de la nourriture, aux manifestants comme aux contre-manifestants, afin de détendre l’atmosphère.

Parmi les contre-manifestants, on comptait des groupes de riverains, une banderole accueillant les « habitants de Tel Aviv » à Bnei Brak et une « unité mobile Habad pour la propagation du judaïsme », avec ses haut-parleurs diffusant de la musique religieuse.

Selon le quotidien Maariv, deux manifestants anti-réforme ont été arrêtés.

Dans le centre du pays, à Petah Tikva, des manifestants ont escaladé les barrières de l’hôtel à l’intérieur duquel Bezalel Smotrich (HaTzionout HaDatit) et le député Simcha Rothman, l’un des architectes du projet de réforme, assistaient à un événement.

Des affrontements ont eu lieu entre policiers et manifestants.

On a vu des policiers repousser l’ex-ministre de la Sécurité intérieure, Omer Barlev, qui était jusqu’à il y a quelques mois en charge de leur administration.

Les manifestants ont également bloqué Begin Road à Tel Aviv, en direction du sud, mais ils ont été évacués par la police montée et des canons à eau.

Par ailleurs, des dizaines de manifestants du mouvement pour la justice sociale Standing Together ont organisé un rassemblement alternatif à Tel Aviv, place Dizengoff.

Le mouvement a déclaré dans un communiqué que son combat portait « sur la politique du gouvernement, pas la population. La manifestation contre les haredim de Bnei Brak est inappropriée, car elle dresse les Israéliens les uns contre les autres, au lieu de les fédérer contre le gouvernement ».

Ces dernières manifestations ont eu lieu à l’issue de la « journée de blocage » qui s’est traduite par plusieurs manifestations nationales contre les mesures du gouvernement.

La police a arrêté pas moins de 92 personnes dans tout le pays et déployé brigade montée et canons à eau pour évacuer les manifestants qui bloquaient les routes à Tel Aviv et Haïfa.

Dans un communiqué publié jeudi soir, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est engagé à agir sur la question de la réforme judiciaire, et ce en dépit des termes d’un accord sur les conflits d’intérêts qui l’empêchent de le faire en raison de ses procès au pénal.

Il a promis de tenir compte des préoccupations de l’opposition et revoir le projet de loi, mais déclaré que le gouvernement poursuivrait quoi qu’il en soit le travail législatif pour asseoir son contrôle sur le comité de sélection des juges. Ce dernier devrait, selon Netanyahu, être adopté sous sa forme actuelle par la Knesset, dès la semaine prochaine.

Avant le défilé dans Bnei Brak, le président Isaac Herzog a appelé les manifestants à la plus grande retenue.

Un communiqué précise que le président s’est entretenu avec plusieurs responsables au cours de la journée d’hier, parmi lesquels le maire de Bnei Brak, les forces de l’ordre, les élus, les organisateurs des manifestations et les dirigeants communautaires et religieux, afin de « prévenir les violences et limiter les tensions ».

Netanyahu a également appelé la communauté haredi à ne pas se confronter à la manifestation anti-gouvernementale à Bnei Brak.

Craignant des violences à Bnei Brak, les organisateurs des manifestants ont distribué des casques de chantier à certains participants.

« Au cas où on nous jetterait des trucs… comme des œufs ou des pierres », expliquait Roni Golan, 63 ans.

Golan avait fait le déplacement depuis Tel Aviv pour manifester contre le projet de réforme judiciaire certes, mais également pour faire passer un message aux Haredim.

Il a expliqué être venu jusqu’à Bnei Brak « pour expliquer aux religieux que leurs autorités les maintenaient dans la pauvreté en les privant de l’éducation nécessaire pour entrer sur le marché du travail ».

L’été dernier, les autorités haredim avaient conclu un accord avec Netanyahu afin d’améliorer le financement public de leur propre système éducatif, sans besoin d’intégrer les matières laïques de base telles que l’anglais, les mathématiques ou les sciences, pourtant nécessaires pour trouver un emploi.

Des rabbins avaient recommandé aux jeunes de se tenir à distance de la manifestation, ce qui n’a pas empêché certains d’entre eux de se rassembler en marge du défilé

Avraham, 16 ans, a déclaré qu’il ignorait les détails du débat sur la réforme judiciaire et qu’il était venu contre-manifester pour faire état d’un fait de société.

« Je ne comprends pas cette réforme, je sais juste qu’ils sont venus ici parce qu’ils sont contre nous », a-t-il déclaré, montrant les centaines de manifestants.

« L’un d’eux m’a dit que j’étais un parasite », a-t-il dit, reproche souvent fait à la communauté haredi d’Israël pour son manque d’activité économique et d’implication dans la sécurité du pays.

Interrogé sur son sentiment, il a répondu : « Pourquoi pensent-ils une chose pareille ? »

Son ami Yisrael, également âgé de 16 ans, s’est déclaré favorable au droit des manifestants à manifester au sein de leur communauté, ajoutant que « tout comme ils viennent à nous, nous pouvons venir à eux. »

« C’est bien cela, de l’égalité dont ils parlent, non? »

Les politiciens ultra-orthodoxes sont largement favorables à l’idée de passer outre le tribunal afin d’adopter une loi exemptant les membres de la communauté du service militaire – et de la protéger contre une annulation par le tribunal. La semaine dernière, des manifestants du corps de réserve de l’armée ont organisé une manifestation de moindre ampleur à Bnei Brak, en ouvrant un ersatz de « bureau de recrutement » dans le centre de la ville.

Cela fait maintenant près de trois mois que les Israéliens manifestent en nombre contre le projet de réforme judiciaire du gouvernement.

En l’état, le paquet législatif permettrait entre autre à la Knesset d’annuler des décisions de la Cour Suprême avec une faible majorité, mettre des lois à l’abri de tout contrôle de légalité et laisser le choix des juges aux membres de la coalition.

Les députés de la coalition souhaitent faire adopter la dernière partie de la réforme avant les vacances de la Knesset pour Pessah, au début du mois prochain.

Les partisans de cette réforme assurent qu’elle va équilibrer les pouvoirs d’une Cour suprême devenue trop activiste, là où ses critiques disent craindre qu’elle fasse disparaitre les nécessaires contrepouvoirs entre pouvoirs exécutif et judiciaire, mette en danger la démocratie et prive de droits nombre d’Israéliens.

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