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Des résidents d’implantations attaquent une habitation palestinienne

Sur des images, des Israéliens allument des feux et jettent des pierres près de Burin ; les députés israéliens sont de plus en plus inquiets face aux violences en Cisjordanie

Des habitants israéliens d'implantation affrontent des Palestiniens à proximité de la ville de Burin, en Cisjordanie, le 16 octobre 2021. (Crédit : Yesh Din)
Des habitants israéliens d'implantation affrontent des Palestiniens à proximité de la ville de Burin, en Cisjordanie, le 16 octobre 2021. (Crédit : Yesh Din)

Des habitants israéliens d’implantations ont été filmés en train d’allumer des feux et de jeter des pierres sur une habitation palestinienne située près de la ville de Burin, en Cisjordanie. Les militaires apparaissant dans la vidéo semblent ne pas réagir. C’est le dernier d’une série d’affrontements violents survenus pendant la récolte des olives, qui est actuellement en cours.

Sur des images collectées par le groupe Yesh Din, des Israéliens – certains d’entre eux portant des tzitzit, des franges accrochées aux vêtements imposées par la loi religieuse – ramassent de l’herbe et y mettent le feu. La loi juive interdit d’allumer des feux pendant Shabbat.

L’incident a eu lieu sur la frontière entre Burin et l’avant-poste adjacent illégal de Givat Ronen. Une famille palestinienne vit dans une habitation située aux abords du village, à seulement quelques centaines de mètres des limites de l’avant-poste, ce qui en fait un endroit fréquent de tensions entre partisans du mouvement-pro-implantations et Palestiniens.

Un soldat israélien est bien visible dans le groupe de civils israéliens – mais les militaires semblent peu faire pour mettre un terme aux agissements de ces derniers. De son côté, l’armée israélienne a indiqué en réponse que les images ne reflétaient pas l’ensemble de l’incident.

« La patrouille initiale qui est arrivée sur les lieux n’était composée que de quelques soldats qui ont attendu des renforts pour disperser les personnes impliquées dans ces échauffourées », a expliqué Tsahal.

Selon l’armée, quand les renforts sont arrivés, les Palestiniens ont jeté des pierres sur les soldats qui ont utilisé des moyens de dispersion d’émeute. Un récit contesté par les Palestiniens locaux.

« Des jeunes du village sont arrivés pour s’opposer aux habitants d’implantation. Puis l’armée est venue et elle nous a lancés des grenades – sur nous, pas sur les Israéliens », a raconté un témoin palestinien de Burin, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat.

Selon le témoin, les débuts d’incendie ont été éteints par les pompiers des services de défense civile de l’Autorité palestinienne.

Il y a eu, au cours de ces derniers jours, des violences sporadiques entre habitants d’implantation israéliens et Palestiniens dans toute la Cisjordanie. Les Palestiniens et les Israéliens sont actuellement en pleine récolte des olives, une saison marquée par des tensions accrues qui s’illustrent souvent par des éclats de violence et des attaques.

Les groupes de défense des droits de l’Homme déplorent le fait que les violences commises par les partisans israéliens du mouvement pro-implantation donnent rarement lieu à des arrestations ou à des poursuites judiciaires. Selon les statistiques officielles de la police, 189 Palestiniens ont été arrêtés pour avoir pris part à des émeutes en Cisjordanie en 2020 contre 22 Israéliens. Un chiffre qui ne comprend pas les Palestiniens arrêtés par l’armée israélienne.

Vendredi, huit Palestiniens auraient agressé un habitant d’implantation israélien dans le sud des collines de Hébron, selon le Conseil régional de Har Hebron. Un adolescent de 17 ans gardait son troupeau de moutons, à proximité de l’avant-poste israélien de Havat Maon, quand des Palestiniens sont arrivés et l’ont frappé à coups de bâton avant de prendre la fuite, selon les responsables du mouvement pro-implantation israélien.

La victime, légèrement blessée, a été évacuée vers l’hôpital Soroka de Beer Sheva. Un porte-parole de la division de la Cisjordanie au sein de la police israélienne a noté qu’une enquête avait été ouverte.

Quelques heures plus tard, des dizaines d’habitants israéliens d’implantations et de Palestiniens se sont jetés de pierres près de Yasuf, une ville palestinienne du centre de la Cisjordanie. Au moins deux voitures palestiniennes auraient été gravement endommagées pendant cet éclat de violence. Le groupe Yesh Din a aussi accusé les Israéliens d’avoir aspergé le visage d’une Palestinienne d’une cinquantaine d’années avec du gaz au poivre.

Une voiture palestinienne qui aurait été gravement endommagée suite à des affrontements avec des habitants d’implantation israéliennes, le 15 octobre 2021. (Crédit : Yasuf Regional Council)

Les médias palestiniens ont fait savoir que les résidents de Yasuf récoltaient des olives sur leurs terres au moment où ils ont été attaqués. L’armée israélienne a noté que les Palestiniens étaient entrés dans un secteur situé à proximité de l’avant-poste illégal de Rehalim « sans coordination antérieure », entraînant les échauffourées.

Les responsables israéliens ont fait part d’inquiétudes de plus en plus vives face à ces incidents violents récurrents en Cisjordanie. Une attaque aux jets de pierres commise par des dizaines d’Israéliens dans le petit hameau d’al-Mufaqara, dans le sud des collines de Hébron, a entraîné les condamnations des politiciens de la gauche et du centre de l’échiquier politique, certaines évoquant un acte terroriste.

Au cours d’un autre incident récent survenu aux abords de l’avant-poste israélien d’Adei Ad, un résident d’implantation aurait attaqué deux soldats avec du gaz au poivre, blessant légèrement l’un d’eux. Les militaires étaient venus enquêter sur des faits rapportés par un Palestinien habitant le secteur qui avait affirmé que des partisans du mouvement pro-implantations avaient coupé des oliviers qui lui appartenaient.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a condamné « toutes les formes de violence » dans un communiqué, vendredi, et il a fait savoir qu’il allait ordonner aux forces de sécurité de réprimer les contrevenants.

Cette semaine, les parlementaires de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, à la Knesset, ont consacré une audience aux violences commises par les « extrémistes israéliens ». Mais la réunion a rapidement dégénéré entre députés de gauche et de droite, les deux parties s’accusant mutuellement d’être à l’origine et responsables de ces violences.

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