Deux ans après la fusillade, les Juifs de Parkland ne se sentent pas en sécurité
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Deux ans après la fusillade, les Juifs de Parkland ne se sentent pas en sécurité

La communauté de Floride commémore les 5 victimes juives de l'attaque qui a tué 17 personnes ; ses membres disent souffrir de traumatismes et ont renforcé la sécurité

Des personnes se recueillent lors de la commémoration des victimes de la fusillade du 14 février 2019 à Parkland (Floride). (AP Photo/Wilfredo Lee)
Des personnes se recueillent lors de la commémoration des victimes de la fusillade du 14 février 2019 à Parkland (Floride). (AP Photo/Wilfredo Lee)

PARKLAND, Floride (JTA) – Zoey Fox-Snider était en classe de Première quand un homme armé est entré sur le campus de son lycée Marjory Stoneman Douglas à Parkland.

La jeune fille de 17 ans se souvient que l’alarme incendie s’est déclenchée et qu’elle s’est précipitée vers la sortie avec ses amis, mais qu’on lui a ensuite dit de rentrer.

Soudain, elle a entendu des coups de feu. Fox-Snider a fini par se réfugier dans la médiathèque de l’école, où elle s’est cachée dans un placard pendant deux heures et demi avec des camarades de classe. Elle s’en est sortie indemne, mais le tireur a tué 14 élèves et trois professeurs avant de s’enfuir au cours d’une des fusillades en milieu scolaire les plus meurtrières d’Amérique.

Le semestre qui a suivi la fusillade s’est relativement bien passé pour elle, car les professeurs ont donné peu de devoirs. Mais l’année suivante, alors que les cours revenaient à la normale, elle a eu du mal à faire face. Elle était prise de panique en entendant des bruits forts et craignait qu’une autre fusillade n’ait lieu.

« C’était tout simplement insupportable », a récemment commenté Zoe Fox-Snider à la Jewish Telegraphic Agency dans un café près de son ancien lycée, dans cette banlieue tranquille de Fort Lauderdale, très réputée pour son système scolaire. « J’y pensais constamment ».

Cette expérience est partagée par de nombreux autres membres de la communauté juive de Parkland, selon le rabbin Bradd Boxman de la congrégation Kol Tikvah, la synagogue réformée dont la lycéenne fait partie. Cinq des 17 victimes étaient juives, et Boxman a organisé les funérailles de deux d’entre elles.

Zoey Fox-Snider, (à droite), et sa camarade de classe Talia Rumsky disent que la fusillade de 2018 à Parkland a bouleversé leur vie au lycée. (Josefin Dolsten/JTA)

« Vous essayez de vivre normalement, et soudain, vous êtes ramené à ce jour horrible, et cela vous oblige bien sûr à y faire face », a déclaré Bradd Boxman. « Je pense que cela concerne beaucoup de gens. Ils ont été capables de continuer à avancer, mais avec une sorte de boulet autour de la cheville, sachant qu’on ne peut jamais s’en éloigner ».

Associée à la fusillade d’octobre 2018 à la synagogue Tree of Life de Pittsburgh, celle de Parkland a changé l’ambiance au sein de l’importante communauté juive de Parkland, l’une des plus importantes de la région.

« Il y a beaucoup, beaucoup plus de préoccupations concernant la sécurité », a indiqué le rabbin Michael Gold du temple Beth Torah Shaaray Tzedek, une synagogue conservatrice dans la ville voisine de Tamarac.

Des personnes en deuil au Star of David Memorial Gardens et à la chapelle funéraire sur la tombe de la victime Meadow Pollack, abattue le 16 février 2018 à North Lauderdale, en Floride. (Mike Stocker/Sun Sentinel/TNS via Getty Images via JTA)

« Désormais, vous ne pouvez plus entrer dans notre bâtiment sans qu’un garde de sécurité armé ne s’y trouve », décrit M. Gold, qui a servi d’aumônier dans un hôpital voisin après la fusillade de Parkland et a assisté les familles des victimes.

Malgré les améliorations en matière de sécurité, commente M. Boxman, le sentiment de sécurité reste incertain.

« C’est un travail de vigilance constante que de trouver le meilleur moyen de se sentir un peu plus protégé, sachant que rien n’est à l’abri d’une défaillance », a-t-il déclaré. « Je pense que c’est quelque chose de plus, non pas parce que nous nous sentons plus ciblés, mais parce que nous l’avons vécu, nous sommes beaucoup plus sensibilisés à savoir à quel point ce genre de choses peut être aléatoire ».

La fusillade du lycée a propulsé Parkland et ses habitants sous les feux de la rampe nationale. Certains élèves et parents de victimes sont devenus des militants de premier plan, faisant pression sur les parlementaires pour une réforme du contrôle des armes à feu et organisant des manifestations et des marches dans tout le pays.

Parmi eux se trouvent Fred Guttenberg et Andrew Pollack, deux pères juifs qui ont chacun perdu une fille dans la fusillade. Les deux hommes sont devenus d’éminents militants des deux côtés des partis politiques.

Andrew Pollack, dont la fille Meadow a été tuée dans la fusillade, lors d’une réunion de la commission de sécurité publique du lycée Marjory Stoneman Douglas. (Amy Beth Bennett/Sun Sentinel/TNS)

Guttenberg soutient la réforme des armes à feu et a approuvé les élus démocrates. Récemment, il a été escorté vers la sortie lors du discours sur l’état de l’Union après avoir crié en signe de protestation lorsque le président américain Donald Trump a évoqué le contrôle des armes à feu.

Parallèlement, Pollack soutient le président et affirme que l’amélioration de la sécurité dans les écoles ne nécessite pas de modifier les lois sur les armes.

S’adressant à la JTA en 2018, ils ont tous deux déclaré que s’ils ne cesseront pas leur militantisme de sitôt, cela n’aide pas à guérir la douleur de la perte de leurs filles.

Pour les survivants de la fusillade aussi, la tragédie perdure encore et toujours.

La rabbin Melissa Zalkin Stollman, qui a récemment quitté son poste à la Congrégation Kol Tikvah pour un poste au sein de l’Union for Reform Judaism, a expliqué qu’elle travaillait avec des adolescents qui avaient opté pour des cours en ligne ou l’enseignement à domicile en raison du traumatisme causé par la fusillade.

« De nombreux élèves ne peuvent toujours pas passer une journée entière dans cette école », a-t-elle déclaré. « Cette partie de l’histoire est vraiment triste, de ne pas pouvoir se sentir en sécurité dans ses propres écoles ».

Zoe Fox-Snider est l’une d’entre elles. Après avoir parlé avec son conseiller d’orientation et ses parents, elle a décidé de suivre des cours en dernière année dans un lycée communautaire local afin de ne pas être plongée dans des souvenirs constants de la fusillade.

Ce changement a apaisé son anxiété, dit-elle, mais elle a hâte d’aller à l’université « aussi loin que possible » une fois qu’elle aura obtenu son diplôme ce printemps.

« J’ai besoin de changer d’air. J’ai besoin d’être dans un endroit où je ne suis pas constamment ramenée à tout ce qui s’est passé », a-t-elle confié.

Sa camarade de classe Talia Rumsky a dit qu’elle aussi envisageait de partir loin pour aller à l’université afin de prendre un nouveau départ. Mais elle s’inquiète aussi de ne pas être entourée d’autres personnes qui peuvent s’identifier à son expérience.

« Certains jours sont plus difficiles que d’autres pour faire face à ce qui s’est passé », s’est émue Talia Rumsky, « et il est important pour moi que d’autres personnes qui ont vécu la même chose en parlent ».

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