Dichter compare le retrait de Cisjordanie à ceux qui ont sauté des tours le 11 septembre
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Dichter compare le retrait de Cisjordanie à ceux qui ont sauté des tours le 11 septembre

Comme ceux qui ont sauté des tours en feu, un départ précipité des implantations serait un suicide assuré, affirme l'ex-chef du Shin Bet

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud, Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet, en novembre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud, Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet, en novembre 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Moins d’une semaine avant que les Américains ne commémorent le 15e anniversaire des attentats du 11 septembre, Avi Dichter du Likud a mardi comparé un potentiel retrait unilatéral israélien de la Cisjordanie aux personnes qui ont sauté par les fenêtres des tours en feu du World Trade Center le 11 septembre, faisant valoir que dans les deux cas, cela constituait un suicide certain.

Tout en reconnaissant qu’il y avait des différences, Dichter a déclaré la demande souvent faite pour un retrait unilatéral est semblable aux « images difficiles du 11 septembre 2001 aux États-Unis, quand les gens étaient pris au piège dans les étages supérieurs des tours jumelles et qui ont sauté des fenêtres, même s’ils savaient qu’en fait, c’était un saut à la mort ».

Dichter, qui dirige la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, a fait cette remarque en réponse à la création d’un nouveau mouvement appelant à un référendum national sur l’avenir de la présence d’Israël en Cisjordanie. Dans un communiqué envoyé aux journalistes mardi Dichter a déclaré qu’il rejetait entièrement tout appel à une évacuation unilatérale des implantations israéliennes en Cisjordanie.

Mais, a ajouté Dichter, un ancien chef du service des renseignements intérieurs Shin Bet, Israël n’est pas actuellement sur le point de prendre une telle mesure.

« Pour vous dire la vérité, nous sommes très loin de là. Un retrait unilatéral est, en ce qui nous concerne, un saut suicidaire », a-t-il affirmé. Israël n’est pas en danger immédiat et le statu quo se poursuivra jusqu’à ce qu’une véritable occasion se présente pour négocier un accord avec les Palestiniens, a-t-il ajouté.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à l'aéroport de Khartoum, le 19 juillet 2016 (Crédit : AFP / Ashraf Shazly)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à l’aéroport de Khartoum, le 19 juillet 2016 (Crédit : AFP / Ashraf Shazly)

« Nous ne devons pas interpréter le fait que le président [de l’Autorité palestinienne] Mahmoud Abbas ne soit pas prêt à promouvoir un processus politique comme une situation nécessitant qu’Israël agisse unilatéralement contre ses propres intérêts pour plaire à n’importe quel gouvernement, aussi favorable soit-il à Israël ».

Dichter a expliqué qu’il était opposé à un retrait total de la Cisjordanie, déjà même en 2005, quand il dirigeait le Shin Bet, car une présence militaire israélienne dans la région est « essentielle » pour la sécurité du pays.

Dichter a commencé sa carrière politique dans le parti Kadima, le parti centriste fondé par le défunt Premier Ministre Ariel Sharon, afin de mener à bien le désengagement de Gaza en 2005, au cours duquel quatre implantations dans la nord de la Cisjordanie ont été évacuées.

La nouvelle campagne, « Décision à 50 », a été lancée plus tôt cette semaine par des organisations pacifistes telles que La Paix Maintenant et Blue Whit Future et d’anciens responsables de la sécurité, d’anciens politiciens, des artistes et des militants.

Ami Ayalon en 2008 (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)
Ami Ayalon en 2008 (Crédit : Olivier Fitoussi / Flash90)

‘Décision à 50’ utilise le 50e anniversaire de la guerre des Six Jours, au cours de laquelle Israël a conquis Gaza et la Cisjordanie, pour appeler à un référendum sur la question de savoir si Israël devrait rester dans les Territoires ou partir. Parmi les fondateurs du mouvement, on retrouve Ami Ayalon, qui a dirigé le Shin Bet entre 1996 et 2000 et qui a été à l’origine de divers efforts de paix au fil des ans.

« Après 50 ans d’indécision des gouvernements israéliens, il est temps de mettre la décision entre les mains du peuple israélien et de laisser les gens décider de leur propre destin : un état bi-national ou deux états, 50 années de régime militaire ou une résolution diplomatique », ont déclaré les partisans de l’initiative.

Dans sa déclaration aux journalistes, Dichter a mis en garde contre l’idée qu’un retrait unilatéral et rapide de la Cisjordanie serait une menace pour l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique.

« Avec chaque décision diplomatique, nous devons examiner ce que nous gagnons, si nous renforçons l’Etat d’Israël et si apportons plus de sécurité à ses habitants », a déclaré Dichter. Si cela s’avère être nécessaire, Israël pourrait décider de contrôler les Territoires pendant encore 20 ans, a-t-il ajouté.

« Le temps n’est pas nécessairement contre nous », a-t-il fait valoir, en se référant aux bouleversements apportés par le Printemps arabe.

L'ancien chef du Shin Bet, Avi Dichter, à droite, s'adressant aux journalistes à Jérusalem, le 5 septembre 2016 (Crédit : Autorisation)
L’ancien chef du Shin Bet, Avi Dichter, à droite, s’adressant aux journalistes à Jérusalem, le 5 septembre 2016 (Crédit : Autorisation)

S’adressant aux journalistes lors d’une conférence organisée par The Israel Project lundi, Dichter a également commenté le prochain combat pour le leadership palestinien, appelant les Israéliens à se préparer à une tentative du Hamas pour prendre le contrôle de l’Autorité palestinienne.

Le président de l’AP Mahmoud Abbas a 81 ans. Alors que beaucoup d’attention est accordée aux successeurs potentiels au sein de son propre parti, le Fatah, Dichter a déclaré que le Hamas envisageait tranquillement de prendre le pouvoir de l’AP en présentant son propre candidat à la présidentielle.

Le Hamas est prêt à remplacer Abbas à chaque fois que l’occasion se présente, que ce soit par le biais d’élections ou d’un coup d’Etat sanglant, a précisé Dichter.

« Ils se préparent. Ils forment leur candidat. Et qui va être leur candidat ? Il n’y a qu’un seul nom : Khaled Meshaal », a-t-il prédit, se référant au chef politique en exil du groupe terroriste. Meshaal a « une sorte de légitimité dans le monde – dans certains pays européens, sans parler de la Russie et du monde arabe ».

Dans ses discours en anglais, Meshaal laisse entendre qu’il est prêt à accepter une solution à deux Etats sur la base des lignes de 1967, a expliqué Dichter. Mais en arabe, il est clair qu’il cherche une Grande Palestine et exige le retour des Palestiniens à Jaffa, Lod, Acre, Safed et d’autres villes en Israël.

Le chef politique du Hamas Khaled Meshaal à Doha, au Qatar, août 2014 (Capture d'écran: Yahoo News)
Le chef politique du Hamas Khaled Meshaal à Doha, au Qatar, août 2014 (Capture d’écran: Yahoo News)

Une autre raison pour laquelle Meshaal espère devenir le prochain président de l’Autorité palestinienne est parce qu’il est de Silwad, une ville au nord de Ramallah, a ajouté Dichter. Le Hamas sait que les deux tiers des Palestiniens vivent en Cisjordanie (avec un tiers résidant dans la bande de Gaza) et « ils savent que le prochain président devrait venir de la majorité ».

Meshaal a donc deux avantages dans la course pour remplacer Abbas comme dirigeant palestinien, a soutenu Dichter : il est déjà le leader officiel du Hamas avec une certaine réputation internationale et il est de la Cisjordanie.

« Je recommande que certains se concentrent sur cette option. Je pense qu’il est l’une des options les plus pertinentes », a-t-il conclu.

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