Du « racisme ordinaire » au génocide: le stage de citoyenneté du Mémorial de la Shoah
La participation au stage est ordonnée par des magistrats en tant que condamnation ou alternative aux poursuites pour propos à caractère raciste, antisémite ou homophobe
Au Mémorial de la Shoah pour un stage de citoyenneté, Jérôme ne « fait pas le lien » entre le génocide des Juifs et sa « blague sur les Africains ». Avec d’autres auteurs d’infractions racistes, il y a passé deux jours, contraint par une décision de justice, pour « déconstruire les préjugés ».
En cette fin de printemps, dans ce haut lieu de mémoire au cœur du Marais parisien, se fond parmi les scolaires et touristes étrangers un groupe hétéroclite d’une douzaine de personnes.
Pour avoir tenu des propos à caractère raciste, antisémite ou homophobe, ils doivent y suivre un stage de citoyenneté, sous la houlette du directeur du lieu mais également de responsables pédagogiques, d’historiens et d’archivistes.
« On essaye (un par un) de les convaincre de l’absurdité » du racisme, explique à l’AFP le directeur du Mémorial, Jacques Fredj, admettant que le travail « se fait à l’échelle microscopique ».
Ce stage, ordonné par des magistrats en tant que condamnation ou alternative aux poursuites « n’est pas un remède miracle » mais autant « de tentatives (…) de faire réfléchir », selon M. Fredj.
Initiée en 2014 par le parquet de Paris, une convention noue désormais les parquets de Lyon, Aix-en-Provence, Versailles et Evry au Mémorial de la Shoah.
Pour « provocation publique à la haine raciale », on encourt actuellement un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende, rappelle la procureure d’Evry, Caroline Nisand.
Louant « ce bon outil de prévention » permettant de « déconstruire les préjugés », la magistrate y envoie aussi des mineurs, son « cœur de cible ».
D’autres lieux en France accueillent ce type de stage, tels le Camp des Milles à Aix-en-Provence ou le Struthof en Alsace, précise-t-elle.
« Trop d’Arabes dans le quartier »
Au Mémorial, tous les moyens sont bons pour convaincre : visite guidée du musée, consultation des archives originales de la déportation ou du régime de Vichy, modules sur la désinformation et le complotisme, rencontre avec des rescapés du génocide des Tutsis et de la Shoah…
Et les réactions montrent que chez certains, le message fait mouche.
Devant des photos de camps d’extermination, « c’est des sauvages, les Hommes ! » (sic), s’exclame Christophe qui, plus tôt, avait admis « n’avoir pas été longtemps à l’école ». « Des animaux », abonde Marie.
Cette dernière a trouvé « poignant » le récit « de la petite dame » tutsi.
« La question de la généralisation est fon-da-men-tale », martèle Jacques Fredj à l’adresse des participants, qu’il met un point d’honneur à accompagner à chaque session, deux fois par an environ. « On part de ses voisins et on en fait une généralité », alerte-t-il.
À l’issue du stage, les participants débriefent. Certains s’étonnent de ce qu’il soit focalisé sur les génocides et non « le racisme ordinaire, de tous les jours ».
Jérôme lui, ne comprend toujours pas ce qu’il fait là : « J’ai juste dit qu’il y avait trop d’Arabes dans ce quartier », s’étonne le trentenaire.
« Il n’y a pas de racisme ordinaire, il n’y a que du racisme », répète patiemment Jacques Fredj. « C’est le ‘racisme ordinaire’ qui est le terreau de tous ces évènements historiques, (…) qui contribue au changement de climat. »
« Ah, c’est plus clair », concède Jérôme.
Parmi les nombreux profils, il y a la « dame qui a un bon ami noir, qui s’est juste ‘défendue' », les « alcoolisés » qui ne maîtrisent plus leur discours et ceux « qui ont des convictions très affirmées », détaille le responsable adjoint à la pédagogie Hubert Strouk.
Et même si les stages n’ont pas totalement convaincu, « rien n’est perdu », se rassure celui qui les anime depuis plusieurs années.
« Quand vous voulez, vous revenez ! », lance Jacques Fredj. Et devant les regards interloqués et les rires, précise sa pensée : « Non, pas au stage, au Mémorial. »
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